‹ De l'Hystérie chez les enfantsChapitre 28 sur 34 · Clinique de M. Charcot · texte numérisé non relu

Clinique de M. Charcot

nous

die qui vient souvent compliquer l’hystérie infantile : voulons parler de la chorée rhythmique hystérique.

Dans certains cas, le tronc est animé de mouvements de va et vient d’avant en arrière. C’est une série de salutations profondes et répétées que leur monotonie et leur exagérations rendent ridicules. D’autres fois la langue sort de la bouche et y rentre également à intervalles très courts réguliers, tandis que les muscles de la face, secoués par un rictus étrange, donnent à la physionomie tout entière une expression bizarre et hideuse. Dans d autres circonstances, les bras et les jambes sont secoués de mouvements rhythmiqnes et systématiques. Quelquefois, un membre seul est animé de ces secousses régulières. Wilker rapporte l’observation d’un enfant de 9 ans qui était atteint de chorée malléoloire.

Il peut arriver que la chorée s'accompagne de cris, de grognements, d’aboiements. Elle est quelquefois continue. Le plus souvent, il existe des intervalles de rémission pendant lesquels le malade est immobile, puis une crise survient et c’est surtout dans ces chorées à répétition qu on entend au moment de l’attaque des cris rauques et inarticulés.

De toutes les affections qui peuvent venir joindre leur tableau symptomatique à l'hystérie, la chorée paraît être celle qui se généralise le plus facilement à plusieurs individus. Aussi dans les couvents de petites filles, dans le pensionnais de jeunes garçons, on peut être sùr que si un cas de chorée rhythmique hystérique se déclare il ne restera pas longtemps isolé, à moins qu’on ne s’empresse de séparer le petit malade de ses camarades.

On connaît du reste les tendances épidémiques de la chorée des adultes, et les relations d’épidémie de chorée rhythmique que M. lâcher a rapportées dans son intéressant chapitre sur l’hystérie dans l’histoire prouvent bien que a maladie une fois née dans un groupe d’individus ne demande qu’à s'étendre et à se généraliser.

Voici un de ces cas de chorée observé chez un jeune hystérique de quatorze ans.

Observation XXIII

Accidents hystériques variés chez un jeune garçon de quatorze ans.- Chorée rhythmique. - Grandes attaques convulsives ainsi composées ■ Phase de mouvements rhythmés remarquables par leur variété, période de délire qui revêt quelques-uns des caractères du somnamlisme.

Albert P..., quatorze ans et demi, se présente à la consultation

externe au mois de juin 1881 .

Il a un frère de douze ans qui se porte bien. Mere nerveuse. Strabisme interne de l’œil gauche à la suite d’une conjonctivite purulente. Les paupières de l’œil, autrefois malade, ne laissant entre elles qu un léger intervalle du côté interne, forçaient le malade à regarder par cette petite ouverture.

A sept ans, chute d’un premier étage ; perte de connaissance qui a duré deux jours. A la suite, chorée qui a duré six mois. Cette choree paraît ne pas avoir été une chorée vulgaire. Le père la décrit ainsi : les grimaces avec projection de la langue n’existent pas. Les membres surtout sont affectés. Il y d’abord trois à cinq mouvements de la jambe droite, puis de la gauche, enfin des bras. Le nombre des secousses peut aller jusqu’à sept et tous ces mouvements se succèdent dam, chaque membre. ,

A l’âge de dix ans, douleur dans le côté gauche. Cette plaque douloureuse^ paraît pas avoir été une dermalgie, il fallait une pression

aussi forte pour la provoquer. Elle était aussi spontanée. Cette douleur existe encore aujourd’hui.

Les attaques de chorée venaient par accès qui duraient de une demi-heure à trois quart d’heures, les yeux étaient fermés pendant l’accès (les mouvements de palpitation des paupières n’ont pas été remarqués). Pendant ces attaques, le malade avait le délire, semblait interroger quelqu’un, attendait la réponse ety répondait en commentant ou en niant.

Cette chorée a duré six mois. Les accès revenaient chaque jour et plusieurs fois par jour, jamais la nuit. Les trois premiers mois, il semble y avoir eu une parésie des membres inférieurs qui empêchait le malade de se tenir debout. Très raisonnable dans l’intervalle des crises, le malade ne se rappelle pas ce qu’il a fait pendant ses accès.

Depuis cette époque, les accès de chorée ont reparu à des intervalles de plusieurs mois. En même temps, ils se sont un peu modifiés. Il s’y est adjoint un certain nombre de phénomènes qui en précisait la signification en les rapprochant davantage de la grande attaque d’hystérie.

Dernièrement, les grandes crises de chorée sont demeurées onze mois sans reparaître, mais il y a eu de temps à autre de petites crises de mouvements rhythmés.

Aujourd’hui, les grandes crises offrent les caractères suivants :

Elles semblent être périodiques et reviennent le matin et le soir vers huit ou neuf heures. Elles sont annoncées par la vue de couleurs brillantes (blanc, noir, rouge, bleu). Ces couleurs arrivent sous forme de petites boules de feu d’artifice. Quand le malade voit le bleu, il sent une petite douleur à son point hystérogène et perd connaissance après avoir perçu des bruits dans les oreilles et des battements dans la tempe gauche. Il tombe ensuite et exécute une série de mouvements rhythmés plus ou moins violents. Ces mouvements ont un caractère varié; ils figurent la marche sur place ou le saut. Parfois ils reproduisent les mouvements acrobatiques que l’enfant a pu remarquer dans les cirques. Parfois, ce sont tout simplement des mouvements alternatifs de flexion et d’extension des bras ou des jambes.

Un iour il s’est acharné à taper avec les pieds sur un comptoir q U ’il a démoli. Il se renverse ensuite en- arrière dans un espèce de crucifiement les membres raidis, puis reprend tout à coup sa positron normale et recommence ses mouvements rhythmés du tronc et des mem-

h^Xl entre alors dans une troisième période durant laquelle il raconte des histoires, ou bien se lève, va chercher une plume, la met dans un norte-plume et écrit ainsi des choses très singulières (il fait ainsi la Lande en mariage d’une demoiselle qu’il connaît) Il Umt des djscours dont le sujet est tour h tour triste ou gai et le plus souvent puise dans les divJévénements de son existence. Une fois, ri s’ecne sur un ton pathétique. « Adieu, père, mère, adieu, je dors mourir » fait scs derniers apprêts et simule la mort. Cette scene lugubre est au sitôt suivie d’une autre d’un genre différent.

Pendant tout le temps de la crise, les yeux sont fermés, et le malade demeure complètement insensible aux excitations extérieures II se drr t ,ès bien pour aller où il veut. Si une personne s’approche de lui pendant sa période ambulatoire, il la tâte, la sent pour la reconnaître, L s la repousse à coups de poings si c’est un étranger. Si on lui montre ce qu’il a écrit pendant sa crise (la demande en mariage) par exemple, il nie avoir écrit quoi que ce soit.

En résumé, donc, le malade sent venir son accès ; s’endort, tombe les veux fermés. Vient ensuite la période des grands mouvements, puis le crucifiement, les membres raides et enfin une troisième période de délire et de somnambulisme.

Dans ses moments Incides, il parle vel.nliers de mariage d. bonheur du mariage. L'aulre jour il a avoué à son pere que charpie fois qu'il passe devant une charmante caissière d un bureau de tabac, elle lui fait un certain effet.

Dans l’intervalle des accès, le malade apprend bien, est intelligent, les organes génitaux sont à leur place, très développes. Pas de mauvaises habitudes. Durant celle année, le malade agrandi de 0».04

Hypéresthésie généralisée, mais plus prononcée à gauche. Beaucoup plus sensible au froid, à gauche qu’à droite.

Traitement. — Bromure de potassium 5 gr. par jour. Hydrothérapie dès le début de la maladie.

Le malade est hypnotisable par la pression sur les globes oculaires. Il reste immobile, les yeux fermés. Pendant ce sommeil, il n’est pas lucide, si on le panse, il marche, mais butte sur tout ce qui se trouve devant lui. Le sommeil dure de 10 à 15 minutes (1).

Parmi les troubles de sécrétion qui peuvent venir s’ajouter à la symptomatologie déjà si variée de l’bystérie infantile, nous n’avons guère qu’à nous occuper de la secrétion urinaire.

Les troubles de cette fonction ne sont pas très fréquents chez les jeunes hystériques.

L’augmentation de la secrétion de l’urine est rare : la polyurie ne s’observe presque jamais.

L’ischurie est beaucoup plus fréquente : elle peut aller jusqu’à l’anurie : dans ces cas, les petits malades ne paraissent pas très incommodés paf cette diminution dans la dépuration rénale et l’élimination des matières extractines, de l’urée surtout. Il est rare du reste, que l’anurie persiste longtemps.

Quant aux formations exagérées de gaz dans l’intérieur de l’intestin, nous avons vu plus haut, en parlant de la tympanile qu’elles en étaient les conséquences (barborygmes, fausse péritonite, etc.).

Comme les adultes, les jeunes hystériques sont susceptibles d’être hypnotisés. Nous avons eu trop peu d’occasions

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