PRONOSTIC
Le pronostic de l’hystérie infantile est moins sombre que celui de l’hystérie chez l’adulte : il faut cependant faire une réserve à cette proposition. Pour qu elle soit vraie, il faut que l’hystérie soit traitée chez l’enfant. Chez lui, en effet, les moyens thérapeutiques ont plus de chance de réussir que chez l’adulte, la maladie n étant pas encore assez ancienne pour avoir eu le temps de se cantonner et d’étendre, dans tout l’organisme, des racines bien profondes.
Briquet avait déjà fait remarquer que l’hystérie qui dé-
butait dès le bas âge durait toute la vie, à moins qu’au moment de la puberté ou du mariage, il ne se produise un changement favorable. Ce changement, croyons-nous, sera bien problématique si c’est sur le mariage que l’on compte pour le produire.
La jeune fille hystérique que la névrose a accompagnée depuis son enfance, a bien peu de chances d’en être abandonnée après le mariage et l’homme qui l’épouserait, confiant dans ce moyen thérapeutique pour amener une guérison jusque là rebelle, risquerait fort de ne récolter que l’inquiétude et le chagrin. * Malheur au mari d’une hystérique ! * a-t-on dit * Malheur à qui veut épouser une hystérique ! » pourrait-on ajouter. Mais ce que le mariage ne fait pas, la puberté, aidée d’une saine thérapeutique le fait souvent, aussi croyons-nous qu’il faut s’attacher avec le plus grand soin à soigner les enfants hystériques ; très souvent, àla suite d’un traitement bien suivi et bien dirigé, on verra les accidents quitter 1 enfant au seuil de l adolescence, lui permettre de remplir ensuite son rôle dans la vie et de se rendre utile à la société. Si, au contraire, le jeune hystérique est abandonné à lui-même, s'il franchit l’âge de la puberté avec son triste cortège d’accidents, bien rude sera la tâche du médecin et des parents qui devront l'en débarrasser par l’impossibilité où se trouvera désormais le maladede vivre delà vie commune. L'hystérie que l’on n’aurait pas pu voir et traiter chez l’enfant sèmera dans les familles le désordre et l’inquiétude : dans les ménages, la désunion, la femme sera inapte à remplir ses fonctions de mère ou d’épouse, la jeune fille se sera créé une situation particulièrement critique. Quant à l homme, il faut qu il
renonce le pins souvent à la vie active et laborieuse qui est son apanage dans la société et s’il reste inactif, ou la misère survient, ou, l’imagination travaillant, le malheureux devient vite un isolé, que son caractère force à vivre à l’écart de ses semblables.
On voit quelle est l’importance d’un diagnostic fait de bonne heure. C’est de laque dépend, on peut le dire, non seulement l’avenir pathologique de l’enfant, mais son avenir dans le monde et dans la société. Attaquée de bonne heure l’hystérie pourra céder. La puberté passée, elle pourra encore disparaître, mais ce sera aux prix d’efforts bien plus rudes, bien plus longs surtout.
Quoiqu’il en soit, la maladie ne menace pas directement la vie de l’enfant. On en fait généralement moins une maladie dangereuse qu’une affection désagréable. Dangereuse ! à la vérité elle l’est rarement. Désagréable 1 soit s’il s’agit de ce nervosisme léger qui n’entraîne après lui aucune conséquence. Mais quand l’affection atteint des proportions plus considérables, elle est des plus sérieuses, car derrière le nervosisme de l’enfant, il faut voir l’hystérie de la jeune fille, de la femme et de l’homme adulte et alors ce n’est plus seulement une maladie désagréable, c’est une affection toujours digne d’attirer l’attention du médecin et souvent une affection grave.