TRAITEMENT
Nous serons bref sur le thérapeutique de l’hyslérie infantile, celle-ci ne comportant rien de spécial. Les traitements préparés pour les adultes sont applicables aux enfants. Voici les principaux.
Le mode d’éducation et l’isolement, d’une part.
D’une façon générale, l’éducation doit être dirigée de telle façon qu’elle fortifie l’intelligence plutôt qu’elle ne suscite les passions. R faut éviter avec le plus grand soin, 1 eclosion d'un sentimentalisme exagéré. Les lectures, les distractions et les spectacles qui sont de nature à produire des émotions et à faciliter cette exagération de l’affectivité à laquelle ces enfants, nés de parents nerveux, ont une si fâcheuse propension seront sévèrement proscrits. En revanche, tous les exercices du corps, gymnastique, équitation, escrime, natation seront recommandés. Il faut fatiguer le physique de ces enfants, si l’on ne veut que la « folle du logis » ne prenne le dessus.
La contagion doit toujours être présente à l’esprit, et pour un enfant prédisposé à l’hystérie, rien n’est pernicieux comme le voisinage d’autres hystériques.
Quant à l’isolement, c’est un des plus puissants moyens de la thérapeutique infantile, et lorsque les moyens ordinaires n’ont pas réussi il ne faut pas hésiter à imposer aux parents une séparation qni seule peut désormais sauver l’enfant des terribles conséquences de sa maladie. Le petit
malade sera alors placé, soit dans un hôpital, soit plutôt dans un iustitut hydrothérapique où il ne verra pas sa famille ou le plus rarement possible, et lorsqu’à l’isolement on aura joint quelques pratiques de thérapeutique régulières et sévères on verra peu à peu les symptômes s amender pour disparaître enfin.
Les soins complémentaires sont l’électricité, et de préférence, l’électricité statique et l’hydrothérapie consistant en douches froides administrées malin et soir d’abord, puis une fois par jour, le tout accompagné d’exercices gymnastiques, en un mot, de tout ce qui peut fatiguer l’enfant, lui faire oublier son mal, distraire sa pensée des idées fixes, des préoccupations constantes qui le hantent le plus souvent.
Epidémies d'hystérie infantile
Avant de quitter définitivement l’étude de l’hystérie infantile, il n’est pas sans intérêt de remarquer que parmi les nombreux points de contact qui la rapprochent de 1 hystérie des adultes.il en est un que l’on a peu signalé et qui a cependant son importance. Nous voulons parler de son épidémicité. On connaît l’histoire des épidémies de possédées du moyen âge. Voici, de même, quelques cas d’épidémies d hystérie infantile que nous empruntons au chapitre « de l’Hystérie dans l’histoire » du livre de M. P. Richer.
HYSTÉRO-DEMONOPATHIE DE MORZINÉS
Perronne T..., âgée de dix ans, devait faire prochainement sa première communion, elle ne parlait que de son bonheur ; un jour, en sortant de l’église où elle venait de se confesser, c’était le 14 mars 4857, elle vit retirer de la rivière une petite fille qui avait failli se noyer. Quelques heures après, elle tombe comme morte; on la rapporte chez elle et cet état dure plusieurs heures.
Elle éprouva quelques jours après les mêmes accidents qui se répétèrent de temps en temps dans la suite.
Vers le commencement de mai, Marie X..., du même âge que Perronne T..., étant allée garder les chèvres avec elle, celle-ci tomba de son mal ordinaire. Marie tomba dans le même état. On les trouva étendues par terre, serrées l’une contre l’autre et on les transporta sans quelles parurent s’en apercevoir.
Après une heure environ, Marie se réveilla, demanda du pain, mais elle ne put manger.
Le lendemain elles retournèrent toutes deux faire paître les chèvres et furent encore prises du même accident.
A partir de celte époque, le mal les prit toutes deux cinq à six fois par jour, mais ce ne fut plus de la meme manière.
Il survint des hallucinations et les crises semblèrent un lambeau de la grande attaque hystérique, détaché de la période des altitudes passionnelles. Le souvenir des hallucinations persistait après la crise, et des visions d’animaux (serpents) en marquaient la fin.
« Elle restaient immobiles, dit le père de Marie, tournaient les yeux vers le ciel, puis tendaient les bras en haut, avaient 1 air de recevoir quelque chose, faisaient les mouvements de quelqu’un qui ouvre et lit une lettre. Cette prétendue lettre paraissait, tantôt leur faire un grand plaisir, tantôt leur inspirer un profond dégoût. Après cela, elles faisaient comme si elles repliaient le papier et le rendaient au messager invisible
qui l’avait apporté. Bientôt après, revenant à elles, elles racontaient qu’elles avaient reçu une lettre de la sainte Vierge qui leur disait des choses bien aimables ; que, sur son invitation, elles avaient été dans le Paradis, que c’était bien beau. Quand la lettre avait déplu, elles disaient qu’elle venait de l’enfer. Ma fille (Marie) manquait rarement dans cette occasion de dire qu’elle avait des serpents sur son chapeau, ce qui lui causait une grande frayeur, et elle demandait vivement qu’ou l’en délivrât.
« Peu à peu, les erises changèrent encore de forme ; les enfants se mirent à gesticuler, à tourner rapidement leurs mains l’une autour de l’autre, à parler, crier, jurer et à faire toutes sortes de contorsions. »
« Toutes deux commencèrent à faire des prédictions. »
« Perronne disait que mes deux autres filles auraient la même maladie dans trois semaines. »
* Ma fille dit à son tour que le père de Perronne l’aurait aussi et qu’il en mourrait. »
Une sœur de Marie, âgée de neuf ans, est prise au milieu de mai.
Quand des crises la prenaient, elle criait, ses yeux tournaient sans cesse, elle se sauvait de la maison et allait grimper sur les arbres.
Elle fut guérie par intimidation, son père menaçant à dessein de la tuer.
Une autre sœur (l’aînée), Juliette, âgée de quinze ans, devint malade vers la fin du même mois de mai.
« Un jour, dit le père, étant dehors, elle sentit une grande douleur à la cuisse droite au-dessus du genou ; en y regardant, elle vit qu’elle avait une énorme plaie au-dessus de la cuisse. Elle eut ensuite une crise très violente et continua d'eu avoir presque tous les jours : elle avait mal à l’estomac, et disait qu’elle sentait quelque chose qui lui remontait de l’estomac à la gorge et l’étranglait, que c’étaient des diables, qu’elle en avait sept, et elle disait leurs noms. »
Celle-ci et la cadette ont guéri sans cause connue.
T... (Joseph), âgé de douze ans, intelligent, d’une bonne santé, frère des malades précédentes, est tombé malade au commencement de juin.
Voyant on jour ses trois sœurs en crise, il devint tout à coup comme égaré, s’empara d’un bâton et s’en alla au milieu du ruisseau voisin ; il y resia au moins un quart d’heure à battre l’eau et à retourner les cailloux ; il se laissa ramener sans la moindre résistance.
Plus tard, c’était en revenant de l’enterrement de son père, il monta sur un énorme sapin, sur lequel personne riavait pu monter ; arrivé à la cime, il en cassa l’extrémité la plus déliée, la flèche, et se plaça la tête en bas sur le sommet en chantant et gesticulant.
En huit mois, vingt-sept personnes furent atteintes, ajoute M. Richer; les jeunes filles fournirent toujours le plus fort contingent.
Daus les maisons où il y avait plusieurs filles ou femmes, il était rare, si l’une devenait malade, que les autres ou quelqu’une d’entre elles ne le devînt pas aussi.