Boamevtlle. Progr. mid. 1880, p. 919, et 188S, p
seulement sur le père et la mère du sujet, mais aussi sur le grand’père, la grand’mère. Oncles, tantes, etc, doivent être interrogés. Il faut remonter quelquefois deux ou trois générations, mais presque toujours les recherches portent leur fruit. Ce n’est pas seulement la maladie dont est frappé le malade qu’il faut demander à ses ascendants, car le nervosisme peut s’être transformé en passant d’une génération à l’autre. Deux cas, en effet, peuvent se présenter : ou bien la même maladie nerveuse se transmet des ascendants anx descendants sous la même forme avec les mêmes caractères: l’épileptique engendrera un épileptique, l’hystérique un hystérique, l’ataxique un ataxique : c’est l’hérédité de similitude. Ou bien, sous l’influence de causes encore mal détermiuées, la maladie en changeant de terrain se modifiera : elle frappera toujours le même système d’organes, mais différemment et c’est ainsi que l’on verra l’alcoolique engendrer des éleptiques, l’aliéné des hystériques : c’est l’hérédité de transformation.
Ainsi envisagée, l’hérédité doit entrer en première ligne parmi les causes prédisposantes de l’hystérie infantile. 11 suffit de relire les observations de ce genre pour voir que toujours les ascendants du jeune malade portaient une tare nerveuse. Il est bien rare que dans une famille dans laquelle il est impossible de trouver un seul nerveux, on observe un enfant devenant hystérique sous l’influence des causes prédisposantes dont nous parlerons plus loin. Ce n’est pas à dire qu’elles soient négligeables : car là où l’hérédité a préparé le terrain, elles vont être toutes puissantes pour l’aider et le rendre encore plus apte à l’éclosion et au développement de la névrose que fera surgir la cause
déterminante ; ce que l'hérédité seule n’aurait pé»^j U faire, elles vont, aidées par elle, le produire ment; mais il faut avant tout le concours de 1 heredtte, et ce n’est qu’avee lui que l’influence des autres causes pre-
disposantes va devenir manifeste.
En un mol, supposons deux sujets : un, un ere ttaire conflrmê que l’on soustraira soigneusement a toutes les causes prédisposantes et déterminantes des névrosés l’antre dont tons les ascendants sont indemnes de tares nerveuses, mais que les exigences de la vie soumet ont constamment aux causes que nous venons de citer:, est infiniment probable que celui qui succombera, celui que choisira le nervos'sm'c, ce sera l’héréditaire.
D’autres points sont encore à examiner. Parmi les maladies nerveuses des ascendants qui peuvent déterminer ystérie infantile chez les descendants, quelle est celle qui y prédispose le plus. Briquet, sur 80 cas d’bystene chez es enfants, a trouvé 58 cas d’hystérie chez les parents, 2 cas d’aliénation mentale, 5 cas d’épilepsie, ce qu. donne une proportion de 28 1/2 pour 100 de parents hystérique , épileptiques ou aliénés, la plus large part revenant de beau-
C °Dans'lue antre série de 351 hystériques^adultes, dont les familles composaient un ensemble de 1 03 personnes Briquet trouve parmi les ascendants et eo latéraux : 214 hystériques, 13 épileptiques, 16 aliénés, 1 alcoolique, paraplégique. 3 somnambules, 14 maladies convulsives, 10 apoplexies, en tout 272 cas d’affeclions des centres nerveux pour 1103 personnes, c’est-a-dire près de 250/0. On peut encore voir dans celle série la grande majorité des
parents hystériques part rapport aux autres nerveux.
Dans un troisième tableau, sur 120 hystériques également adultes, on trouve chez les parents 87 cas d’hystérie, 5 d’épilepsie, 4 d’aliénation mentale ce qui donne une proportion de 27 parents nerveux pour 100.
Enfin dans un dernier tableau, sur 223 hystériques toujours adultes, il existe chez les parents 133 cas d’hystérie, 8 d’épilepsie, 3 de convulsion, 7 d'aliénation ce qui donne une proportion de 19 pour 100 de parents nerveux ; et comme dans les deux premiers tableaux, on voit l’hystérie des parents prédominer de beaucoup comme influence sur le développement de la même maladie chez les enfants.
Ainsi l’hystérie des parents est de toutes les maladies nerveuses celle qui prédispose le plus à l’hystérie infantile, les autres névroses ou affections du système nerveux à substration anatomique connue y entrant également en ligne de compte, bien qu’en moins grande proportion ; mais si nous avons tenu à mettre sous les yeux du lecteur les chiffres de Briquet concernant les hystériques adultes, c’est que nous croyons pouvoir en tirer une remarque importante. L’hystérie infantile relève de l’hérédité dans une proportion plus considérable encore que l’hystérie des adultes. En effet, dans le premier tableau qui concerne l’hystérie chez les enfants, nous trouvons une proportion de 28 1/2 pour 100 de parents nerveux, tandis que cette proportion ne s’élève qu’à 27, 25 et 19 pour 100 dans les autres séries concernant les hystériques d’un âge plus avancé.
Ainsi cette grande loi de l’hérédité, si fatale pour les adultes, parait l’être encore davantage pour les enfants. C’est pour cela que nous y insistons particulièrement.
Peugniez 4
Le père parait avoir beaucoup moins d’influence que la mère sous le rapport de la transmission de l’hystérie. Mais n’est-ce pas ce qui découle des chiffres précédents ? L’hystérie est, en effet, la maladie par excellence qui prédispose héréditairement à la grande névrose et on sait combien est plus grande sa fréquence chez la femme que chez l’homme : il en résulte donc fatalement que la mère entrera pour une bien plus large part dans la transmission de la maladie aux enfants.
Il y a encore une autre cause. La femme, nous l’avons expliqué plus haut, est plus facilement que l’homme, émue par les causes qui donnent lieu à des sensations affectives ; elle est plus profondément sensible aux impressions, et comme dans la vie, les impressions pénibles sont plus fréquentes et bouleversent plus que les impressions doucement agréables, la femme transmettra souvent à ses enfants une constitution irritable, un caractère très impressionnable. Et dans ces cas, l’hystérie pourra se développer chez l’enfant ; ce ne sera pas là une transmission de la maladie elle-même, mais une transmission de l’aptitude à la contracter. Une mère très impressionnable, mais qu’un heureux concours de circonstances a préservée de l’hystérie, donne naissance à une fille impressionnable comme elle, mais qui, placée dans des conditions moins favorables, devient hystérique : n’est-ce point encore là de l’hérédité ? Nous sommes sur la limite, il est vrai, et il a fallu faire intervenir là d’autres circonstances. Quelles sont-elles ? C’est ce qui nous reste à examiner pour compléter cette élude des causes prédisposantes.
Influences morales, condition sociale, éducation, etc....
— Nous serons bref sur ce point. En effet, les influences morales, la condition sociale, le genre d’éducation surtout, qui ont Une si grande influence sur le développement de l’hysiérie dans l’âge adulte, sont autant de causes qui n’ont plus le même poids, on le comprend aisément, dans léclosion de la névrose chez Tentant. Il ne faut cependant pas les reléguer dans l’ombre ou les négliger.
L’hystérie est commune chez les enfants dont l’éducation est mal dirigée. Les faiblesses des parents qui tremblent à l’idée de contrarier les volontés les plus tyranniques parfois du jeune garçon ou de la petite fille ont la plus fâcheuse influence. L’enfant « gâté », selon l’expression vulgaire, habitué à voir tout lui céder, lorsqu’il commencera, de par les exigences de la vie à subir des froissements ou des chocs auxquels il n’a pas été habitué, en ressentira des émotions pénibles, d’une intensité hors de proportion avec les causes qui les auront fait naître et cet étal de sensiblerie constituera-chez lui une prédisposition à l’hystérie.
Il en est de même des frayeurs souvent répétées, produites par les récits stupides dont certaines nourrices entretiennent l’esprit des enfants. L’envie, la jalousie, les livres de sentiment, certains romans, certains livres de poésies sont encore des causes prédisposantes. Les mauvais traitements doivent également entrer en ligne de compte : principalement toutes les passions ou affections morales influençant le cerveau d’une manière désagréable : il faut que cet organe souffre pour qu’il réagisse par toutes ses expansions dans l’économie pour y provoquer les accidents de l’hystérie.
On a encore invoqué comme cause prédisposante de la névrose la phthisie pulmonaire des parents : mais il est probable qu’il n'y a pas toujours dans ces cas rapport de cause à effet : d’abord parce que la phthisie est une affection des plus communes ; ensuite parce que, le plus souvent elle a pour conséquence la misère et par suite les privations, les mauvais traitements des enfants nés de parents tuberculeux. Quant à la chlorose, il est certain qu une alliance intime l’unit à l’hystérie et M. Guénaud de Mussy prétend qu’il n a jamais observé d’hystérie b.en dessmee sans chlorose (1). M. Guiraud dans sa thèse est moins affirmatif, mais il fait remarquer avec raison que la chlorose et l’anémie amènent un état de faiblesse de 1 organisme qui prédispose singulièrement au développement de
l’hystérie. . ,
En résumé, l’hérédité tient la première place comme agent prédisposant de l’hystérie. Elle a plus d’influence encore que les autres causes quand c’est à l’enfant que la névrose va s’adresser. Les autres causes prédisposantes, agissent moins sur l’enfant que sur l’adulte, et parmi cellesci, c’est aux influences morales qu’il faut donner le premier rang pour préparer le terrain à |a maladie et en faire naître l’explosion sous l’influence d’une cause déterminante quelconque. C’est celles-ci que maintenant nous allons passer en revue.