‹ De l'hystérie post-grippaleChapitre 13 sur 18 · MARCHE. — DURÉE ET TERMINAISONS · texte numérisé non relu

MARCHE. — DURÉE ET TERMINAISONS

L'hystérie, malgré le caractère transitoire de quelques-unes de ses manifestations, n'est cependant pas une maladie intermittente. Sa marche, que les diverses circonstances extérieures altèrent fortement, n'est assujettie à aucune règle fixe ; toutefois l'on peut néanmoins ramener à un certain nombre de types généraux toutes les variétés qu'elle présente dans son évolution.

Briquet (1) distingue, en effet, l'hystérie aiguë et l'hystérie chronique. La première sort de notre domaine, puisqu'elle naît « à la suite de l'action soudaine et instantanée d'une cause puissante, telles que les émotions violentes, la frayeur, les mauvais traitements, la vue inopinée d'une attaque d'hystérie, l'arrêt brusque des menstruations. » L'hystérie postgrippale est, en effet, au contraire chronique : nous avons vu que la grippe ne pouvait, de toutes pièces, créer la névrose. Nous avons donc toujours affaire à des individus prédisposés quant à leur système nerveux : il a fallu l'intervention de l'infection pour voir l'hystérie se faire jour.

On a voulu, avec raison, étudier les circonstances qui peuvent amener la suspension des accidents jusqu'à la guérison même de la névrose, et, après Briquet, Axenfeld et Huchard ont étudié cette question en détail (2). On s'accorde à reconnaître que, pour la femme, le plus important est le rélablisse-

(1) Briquet, loc, cit., p. 491.

(2) Traité des névroses, 1883, page 1064.

ment des règles. Le soulagement que produit cette fonction est sans conteste, et peut certainement expliquer les remarquables résultats que l'on peut voir en détail dans l'ouvrage de Briquet.

Le mariage a également de l'influence sur l'hystérie, non pas, comme le remarquent les auteurs, par la satisfaction que l'on donne aux besoins génitaux, mais bien mieux par le rétablissement de la menstruation que donnent les rapports conjugaux et par l'amélioration dans la position de la malade qui n'est plus sujette aux chagrins ni aux soucis de sa vie passée. Cette question du mariage dans l'hystérie date d'Hippocrate, qui la recommandait ouvertement : ego impero virglnes his morbis affectas quant citissime cum viro jungi. L'école moderne semble ne plus l'admettre et prétendre, avec Charcot, que « le mariage provoque plus souvent l'hystérie qu'il ne la guérit. » Nous croyons que l'exactitude est dans l'avis de MM. Grasset et Rauzier (1) : tout dépend des circonstances : un mariage heureux et désiré peut produire une grande amélioration, un mariage malheureux, au contraire, aggraver considérablement la névrose.

Il en est à peu près de même de la grossesse qui était conseillée par Hoffmann : Hystericx tempore gravidilatis quà impetum principii vitalis utérus at trahit, a spasmis et a/fectibus nerrosis liberx sunt. L'opinion moderne est changée sur ce point. La grossesse fatigue la femme en général, elle met son organisme en état de réceptivité, elle en fait un terrain bactéricole où l'infection sera plus facile.

La durée de l'hystérie post-grippale est tout à fait indéterminée. Une fois, en effet, que le système nerveux a été saisi par l'infection, il a une extrême tendance à y persister, et l'on ne peut pas prétendre corriger cette dernière d'une façon

(1) Loc. cit., t. II, page 811.

définitive. La guérison, comme celle de l'aliénation mentale, est toujours très précaire, et, pour déclarer guérie une hystérie, il faut l'avoir vue plusieurs années alors après sa guérison.

La terminaison de l'hystérie est, dit Le Joubioux, aussi satisfaisante que possible après la grippe. Nous ne pouvons souscrire à cette idée, car, ce serait alors admettre une pseudohystérie grippale, ce qui n'est pas.

La grippe, comme le dit Petit (1), est une maladie des plus infectieuses: elle modifie, en effet, les maladies ordinaires avec lesquelles elle coïncide, et c'est au moment de cette longue et pénible convalescence que le streptocoque détermine ses accidents. Comment admettre alors brusquement la disparition de la névrose ?

Avec M. Grasset, nous pensons, au contraire, que l'hystérie continue après l'infection, et les recherches que nous avons pu faire au sujet des malades de nos observations, viennent à l'appui de notre idée. Comme le dit Brissaud (2): « Les accidents nerveux survivent aux symptômes généraux de l'intoxication ou de l'auto-intoxication. Il y a longtemps que le malade estguéri, il y a longtemps que toute la substance toxique est éliminée, et cependant cet individu empoisonné reste paralysé et anesthésique. Sa paralysie est spéciale; son anesthésie est spéciale. Il a perdu la sensibilité cutanée, la sensibilité musculaire et articulaire, il a de la diplopie monoculaire ; il a un rétrécissement concentrique du champ visuel. »

La terminaison donc de l'hystérie post-grippale est presque toujours illusoire. Le caractère de l'individu reste toujours plus ou moins impressionnable : l'estomac devient d'une susceptibilité ridicule, la digestion demeure pénible et les sujets

(1) Petit, loc. cit.

(2) Brissaud, Hystéries provoquées, et Gaz. hôp., 23 novembre 1889.

sont affligés d'une constipation invincible. L'hystérie postgrippale devient peu à peu une maladie constitutionnelle qui ne peut se dissiper qu'après une modification préalable de la constitution. Aussi faut-il mettre au rang des fables toutes ces prétendues guérisons complètes : on peut suspendre les symptômes de l'hystérie, on peut en arrêter les attaques momentanément, mais il ne faut pas prétendre en arriver plus loin.

A côté de ce statu quo, l'hystérie post-grippale comme toute névrose peut aussi, quoique bien rarement, se terminer par la mort.

Briquet en cite trois cas, l'un publié par Royer-Collard (1), l'autre rapporté par M. Jacques (2), le troisième par Georget : l'auteur en ajoute quatre cas nouveaux.

Mollière a réuni (3) aussi un certain nombre de cas de mort subite survenue au cours de la crise hystérique.

M. Villard (de Marseille), avec une obligeance dont nous tenons à le remercier de nouveau, nous a communiqué également une observation d'hystérie, terminée par la mort.

Ce dénouement — peu fréquent, il faut l'avouer — arrive donc, soit par le fait direct en quelque sorte de l'hystérie, soit — et cela le plus souvent — par l'épuisement résultant des souffrances de l'insomnie ou de la non-alimentation, par la méningite, la tuberculose (4).

Notons enfin que le suicide, sur lequel Pitres (5) a récemment insisté, peut être quelquefois la terminaison de l'hystérie, comme M. Grasset en a publié un cas dans ses Cliniques (6).

(1) Mémoires de la Soc. de méd. d'Edimbourg, t. VI.

(2) Mémoires de la Soc. du département de la Seine, t. XXIX, p. 276.

(3) Mém. à la Soc. des se. méd. de Lyon, 1884.

(4) Grasset, Mal. du syst. nerveux, t. II, p. 720.

(5) Pitres, Cliniques, t. II, p. 48.

(6) Cliniques médicales, p. 401.

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