PRONOSTIC
Le chapitre qui précède montre ce que peut êire le pronostic de l'hystérie post-grippale.
J. Franck a une façon toute originale de faire le pronostic de la névrose. « Elle est désagréable, non seulement pour les malades, dit-il, mais aussi pour ceux qui les entourent. Peuton imaginer quelqu'un de plus malheureux que le mari d'une hystérique ; à moins qu'il ne trouve du plaisir dans la variété : en effet, une hystérique, dans l'espace de vingt-quatre heures, successivement triste, calme, dure, tranquille, irascible, douce, présente le caractère de dix personnes différentes. »
Les auteurs cependant ont plus fait que de considérer cette maladie comme « désagréable », et c'est avec raison que Landouzy a porté un diagnostic plus sévère : « Si l'on considère sa longue durée, dit-il, les souffrances qui l'accompagnent, les obstacles qu'elle apporte à l'exercice des fonctions vitales et même des devoirs de famille et de société, les modifications fâcheuses qu'elle produit dans la constitution et l'extrême susceptibilité qu'elle laisse au physique et au moral, on regardera avec raison l'hystérie comme l'une des maladies les plus redoutables. »
Le pronostic est toujours sérieux, en effet, lorsqu'on a affaire à une névrose, car il n'y a pas de maladie plus difficile à guérir. C'est une maladie totius substantix qui atteint toute notre économie, qui l'altère très profondément et finit par ne plus laisser qu'une organisation dégradée de laquelle il ne peut
plus rien sortir de robuste. Ajoutez à cela que la grippe a déjà très fortement altéré l'individu, et vous comprendrez facilement l'épuisement auquel on peut arriver sans peine.
Si l'on veut baser, quelque peu sérieusement, le pronostic de la névrose, il faut considérer l'âge auquel elle arrive, la constitution du malade et les symptômes enfin qu'il présente.
Briquet et Charcot ne sont point du même avis au sujet de l'influence de l'âge pour le pronostic. Tandis que le premier, en effet, prétend que l'hystérie dans le bas âge- dure toute la vie, et qu'elle dure beaucoup moins lorsqu'elle débute à vingtcinq ans; Charcot, au contraire, soutient que la guérison s'obtient plus facilement chez l'enfant que chez l'adulte, carie traitement a dans ce cas-là plus de prise. Toutes les observations que nous avons pu recueillir ne nous permettent guère de trancher nettement la question : nous penchons toutefois pour l'opinion de Charcot, car il nous semble, en effet, que le traitement de la névrose est certainement plus efficace dans l'enfance.
Pour ce qui est de la constitution da malade, Briquet n'est pas en contradiction avec les auteurs modernes. Plus l'individu sera lymphatique, débilité, et plus on aura chance de le rétablir relativement. On améliorera l'état général, et partant la névrose, ce qui, dans le cas contraire, est impossible. Cette idée semble contraire à la thèse que nous soutenons, car il semble, dans ce cas, qu'il doit suffire de rétablir l'asthénie post-grippale, pourvoir du même coup disparaître la névrose. Il n'en est rien toutefois, car nous avons bien vu qu'elle était due autant aux microbes qu'à leurs toxines. Le traitement n'aura donc qu'une très faible influence sur ces derniers. C'est ce qui fait, au contraire, que nous considérons le pronostic de l'hystérie post-grippale comme plus grave que celui de l'hystérie commune : en sus de la névrose, il y a, en effet, l'infection.
Enfin, au sujet des symptômes, il est naturel que moins les malades ont d'accidents, et plus il y a de chances de les guérir. Cela prouve, en effet, que l'infection n'est pas considérable, qu'elle ne s'est pas localisée sur tout le système nerveux, et par conséquent qu'elle est moins grave. Sur ce point, nous ne serons pas de l'avis de Frank, qui prétend que « plus les spasmes sont tumultueux, plus ils sont salutaires : les spasmes purgent le corps humain, comme les tempêtes accompagnées de tonnerre purgent l'atmosphère. » Malgré la spirituelle comparaison de l'auteur, nous ne pouvons souscrire à son idée.