Elle a été renvoyée chez elle
23. — Elle est revenue comme malade du dehors ; elle parle plus distinctement et sourit quand on plaisante avec elle ; elle paraît beaucoup plus intelligente.
6 août. — Amenée de nouveau à l'hôpital. Elle a presque repris son état normal, demande ce dont elle a besoin et joue comme à l'ordinaire avec les autres enfants. Sensation parfaite.
Cette observation détaillée est très intructive à plusieurs points de vue.
Elle nous démontre, en effet, avec quelle rapidité la contagion de l'influenza peut se faire. Ce fait est banal aujourd'hui, mais il ne l'était pas encore lorsque l'observation a été publiée.
Nous voyons de plus ici encore la névrose apparaître chez une jeune fille, sans antécédents héréditaires ni personnels, au moment de la convalescence grippale, c'est-à-dire après cet affaissement généra! procuré par l'infection même, et dont nous aurons l'occasion de reparler plus tard.
Bien qu'on ne trouve dans celte observation aucun stigmate hystérique, il est certain cependant qu'elle l'ait bien partie du groupe dont nous nous occupons. Cet état mental,
cette anesthésie générale, sont évidemment des phénomènes de nature hystérique.
Observation XIX
(In Thèse de Crespin, page 31) (Due à M. Teissier)
M mo X..., de Roanne. Antécédents héréditaires. — Arthritisme.
Antécédents personnels. — Anémique autrefois, métrite hémorragique.
Le 5 janvier 1890, elle est atteinte de l'influenza : la maladie dure à peine deux jours.
24. — Phénomènes d'hystérie : la crise clonique se développe à la suite de l'administration de la limonade Rogé. Vertige oscillatoire, sensation de jambes coupées. Ovarie gauche, espèce de crise angineuse avec douleurs dans le bras gauche.
De nouveau ici nous sommes en présence d'une névrose consécutive à une infection de peu de durée. Elle se développe chez une personne prédisposée autant par ses antécédents héréditaires que personnels.
Observation XX
(Grasset, Montpellier médical, 1894, n° 22, page 435 et suivantes)
Le malade occupe le n° 7 de Tune de nos annexes de la salle Martin- Tisson. Son observation a été prise par notre distingué confrère de l'armée, le D r Pégurier.
Il s'agit du soldat B... du 142 s de ligne, âgé de vingt-deux ans, cultivateur, au régiment depuis le 15 novembre 1892. Son père est âgé de cinquante-trois ans et très sujet à s'enrhumer. 11 est malade tous les hivers, ne mange pas, tousse fréquemment, et n'a jamais craché de sang. Sa mère est bien portante. Il a un frère en bonne santé et une sœur de même. Un autre frère, d'une constitution très faible, est mort à dix-huit ans, à la suite d'une maladie de très courte durée, ayant déterminé une hématémèse abondante.
Le malade a joui d'une bonne santé jusqu'à l'âge de huit ans. A cette époque, il eut quelques palpitations de cœur, s'accompagnant d'œdème des membres inférieurs, accidents qui forcèrent le malade à garder le lit pendant dix-huit jours. Aucune affection nouvelle ne survint jusqu'à l'âge de quinze ans. A cette époque, au mois de mai, il contracta une fièvre scarlatine, qui dura vingt-huit jours et qui laissa le malade dans un état de faiblesse extrême. C'était là la première infection. Un mois après, le 4 ou 5 juin, survint une crise dans les circonstances suivantes : des douleurs abdominales peu intenses apparurent tout d'abord ; leur intensité s'accrut peu à peu à un tel point que le malade fut pris d'une dyspnée notable. En même temps, il ressentait une constriction de la gorge, empêchant tout mouvement de déglutition. Il y avait là une observation délicate, et le premier diagnostic, après une scarlatine, n'aurait pas été celui d'hystérie, mais plutôt celui d'urémie.
Puis, soudain, le malade perdit connaissance. Lorsqu'il revint à lui, au bout de deux heures environ, il fut pris d'une faiblesse extrême qui dura une quinzaine de jours et qui s'accompagna de sensations vertigineuses et de céphalalgie.
Tous ces symptômes nous permettaient de pensera la possibilité de l'urémie, lorsque apparut un accident dont l'importance est discutable, mais qui pourrait faire songer à l'hystéro-traumatisme. Au mois de juillet de la même année, un rouleau servant à dépiquer les grains de blé lui passe sur la jambe gauche et lui fait une blessure profonde qui le maintient au lit pendant trente-cinq jours. Il ne put reprendre son travail que trois mois après.
L'année suivante se passa dans d'excellentes conditions, mais au mois de juin il eut une crise analogue à celle de l'année précédente, mais qui fut remarquable par sa grande intensité. Depuis ce temps, les crises se reproduisent à la même époque à un jour près.
Arrivé au régiment le 15 novembre 1892, il fait bien son service, prend part aux marches et aux manœuvres, sans s'arrêter une seule fois. Il n'est jamais venu à la visite. On ne relève chez lui ni alcoolisme, ni arthritisme, ni syphilis.
Le 8 juin 1892, commença la maladie actuelle : le malade était à l'exercice au terrain de manœuvres, lorsqu'il ressentit tout à coup de vives douleurs dans l'abdomen. Ces douleurs s'accompagnaient de sensations de vertige si intenses, qu'il futobligé de sortir des rangs. Il put cependant rentrer à la caserne avec sa compagnie. Il vint à la
visite et fut exempté de service. Alors, il se couche sur son lit et se sent pris d'oppression. Les douleurs abdominales deviennent plus violentes, le vertige plus intense. En même temps, il sent sa gorge se serrer, sans toutefois ressentir la sensation déboule. Ces phénomènes prennent peu à peu une intensité plus grande et le malade perd connaissance.
Appelé aussitôt, le docteur put constater les signes suivants : les membres supérieurs sont en résolution, les membres inférieurs sont dans un état de contraction assez marquée. Les paupières sont contracturées ; mais, si on les entr'ouvre, on voit que les globes oculaires sont convulsés en haut et à droite. Les pupilles, dilatées, ne réagissent pas à la lumière. La face est pâle, les lèvres anémiées.
On constate une anesthésie totale du corps, sauf à la partie supérieure et interne des cuisses, où la sensibilité est conservée, quoique très atténuée. La langue ne présente aucune trace de morsure. Pas d'écume sur les lèvres.
De temps à autre, se produisent quelques convulsions sans caractère particulier bien net. Le corps aurait quelque tendance à se voûter en arc de cercle. Pas d'émission anormale et involontaire d'urine ou de matières fécales, pas de vomissements. La respiration est normale, quoique ralentie, les battements du cœur sont faibles, mais normaux. Le pouls est petit, lent, mais régulier. Des vapeurs ammoniacales n'amènent aucune réaction de la part des muqueuses olfactives. La flagellation et les frictions faites sur le tronc et les membres n'ont aucun effet, à part toutefois celles qui sont pratiquées sur la partie supérieure des cuisses.
Seule, la pression du testicule gauche détermine une douleur assez légère au début, douleur qui se manifeste aussitôt sur la physionomie du malade. Sous l'influence de cette pression, la face reprend sa coloration normale et même se congestionne.
Quelques mouvements de réaction se produisent, et, la douleur devenant plus intense, le malade reprend peu à peu connaissance. La crise avait duré deux heures environ. On l'apporte à l'infirmerie, où il se plaint d'être très faible.
Actuellement, les mouvements dos membres sont normaux, on ne relève pas d'incoordination motrice. Le signe de Romberg fait défaut. La marche n'offre aucun caractère particulier à noter. La force musculaire, très diminuée, est un peu plus forte du côté gauche que du côté droit
La sensibilité au contact est presque abolie. On constate une anesthésie complète de tout le corps, sauf à la partie supéro-interne des cuisses, où elle est conservée, quoique très atténuée.
L'anesthésie à la douleur est complète sur toute la partie antérieure du tronc et des membres, excepté dans une zone de la face dorsale du pied droit. Elle est aussi complète à la partie supérieure du tronc et des membres supérieurs, sauf sur une ligne correspondant aux apophyses épineuses des corps vertébraux et en deux régions peu étendues à la partie inférieure et sur le trajet de cette ligne. La sensibilité est conservée, bien qu'amoindrie, dans les deux régions fessières et à la partie postéro-interne des cuisses, cependant la douleur paraît plus accusée du côté droit.
La sensibilité à la température est conservée dans les zones où la sensibilité au toucher persiste. Il y a abolition de la sensation gustative : une solution de sulfate de quinine est insipide, elle paraît même un peu sucrée. Le sens de l'odorat est intact.
Les réflexes rotuliens sont normaux ; le réflexe crémastérien du côté gauche est un peu atténué, il est normal du côté droit.
Les réflexes cornéens sont conservés, celui de gauche est un peu atténué. Le réflexe pharyngien est conservé, les réflexes pupillaires se produisent, mais ils sont lents et peu marqués.
On ne relève aucun trouble trophique. Pas de troubles auditifs.
L'acuité visuelle est normale, mais les yeux se fatiguent rapidement, et la vue se trouble avec une extrême facilité. Pas de rétrécissement du champ visuel, pas d'anomalie dans la perception des couleurs.
Le malade accuse des vertiges, des céphalalgies fréquentes et des bourdonnements d'oreille. Pas de tremblement spontané, ni de tremblement de la langue.
Les pollutions nocturnes sont fréquentes, les urines sont pâles et un peu troubles, mais ne renferment pas d'albumine.
Le cœur est normal. Le poumon gauche présente un peu de rudesse respiratoire et un peu d'expiration prolongée.
Le malade se plaint ordinairement d'inappétence, cependant la digestion se fait bien. Pas de diarrhée, ni de constipation.
Le foie, diminué de volume, ne descend pas plus bas que la neuvième côte. En ce moment tout est guéri.
Nous sommes évidemment en présence ici d'un cas d'hystérie post-grippale. Le diagnostic, en suspens pendant quelque
temps, s'est, en effet, confirmé lorsque l'on a pu constater la zone hystérogène au niveau du testicule gauche, l'anesthésie, la dilatation pupillaire et la paralysie des membres. Quant à l'influence de la première infection scarlatineuse, nous nous gardons bien de la dédaigner, et avouons qu'elle peut avoir contribué au développement de la névrose, ce qui, on le voit, diminue la valeur de nôtre observation. Toutefois, nous pensons malgré cela qu'elle n'a fait que préparer un peu le terrain, et que l'infection grippale seule a déterminé la névrose. Cette dernière, en effet, ne se déclare que sept ans après l'infection scarlatineuse ; au contraire, brusquement après la grippe, elle éclate avec tout son cortège de symptômes. N'eston pas en droit de considérer l'infection grippale comme l'agent provocateur de l'hystérie?
Observation XXI
(Grasset, Montpellier médical, 1894, n° 22, page 439)
Il s'agit du soldat M. ., âgé de vingt et un ans, du 2 e génie, entré le 1 er février, au n° 1 de la salle Martin-Tisson. Du côté paternel, nous n'observons pas d'hérédité névropathique. Son grand-père est mort de la variole en 1870, il ignore s'il était nerveux et alcoolique. Sa grand'mère paternelle vit encore, a soixante-dix-huit ans, mais n'a pas été nerveuse; son père, cinquante et un ans, est bien portant, il se met facilement en colère, mais il n'est pas alcoolique.
Du côté maternel, sa grand'mère mourut jeune, mais il ne nous fournit sur elle aucun renseignement. Sa mère a cinquante ans : elle eut la variole en 1870. Eile est très nerveuse et a des crises de nerfs depuis qu'il la connaît. Ces crises sont fréquentes, lorsqu'elle est fatiguée. Elle tombe, perd connaissance, mais ne fait pas de mouvements désordonnés. Enfin, elle est très émotive.
La malade a un frère et trois sœurs, tous bien portants; aucun d'eux n'est nerveux. Il ne peut fournir aucun renseignement sur les autres membres de sa famille. Jusque-là nous remarquons surtout une hérédité névropathique du côté maternel.
Quant au malade, nous savons qu'il a eu la grippe il y a quatre ans. Étant jeune, il était vif, s'emportait très facilement; il eut une première crise de nerfs entre dix et onze ans, mais il ignore absolument la cause occasionnelle de cette crise, il ne se rappelle pas s'il a eu peur, ou si elle arriva à la suite d'un traumatisme. En somme, ici, l'infection initiale, si elle a eu lieu, nous échappe, aussi bien que toute autre étiologie.
Le malade ne peut pas nous fournir des renseignements sur l'évolution et la durée de la crise ; il ne se rappelle pas s'il a perdu connaissance. Ces crises se sont reproduites par la suite, mais il ne se rappelle pas au bout de combien de temps elles se répétaient. Tout ce qu'il peut dire, c'est qu'elles étaient très espacées; il restait plusieurs mois sans en avoir. Au moment de la puberté, ces crises ne sont pas devenues plus fréquentes. En somme, on n'a pas de renseignements sur ces crises, le malade ne se rappelle de rien et, ce qui frappe à l'interrogatoire, c'est le vague de ses réponses.
Passons maintenant à son histoire actuelle. Il rentra au régiment le 16 novembre et ne fit pas de réclamation au conseil de révision. Sa première crise eut lieu au régiment, une huitaine de jours après qu'on l'eut vacciné, au moment où le bras lui faisait mal. On pouvait ici se demander si c'est le traumatisme ou l'infection qui déterminèrent la crise. Mais, il eut une vraie poussée d'hystérie le 28 janvier, au moment de l'apparition de la grippe qui le fit entrer à l'hôpital. Il eut ce jour-là une attaque absolument typique.
Le jeudi 1 er février, il eut la dernière. Celle-ci a été observée par le médecin-major Morer, qui l'a notée de la façon suivante : « L'attaque eut lieu subitement, l'homme tombani, 'l'une façon foudroyante et paraissant inattendue pour lui. La chute est arrivée au moment où il sortait de l'infirmerie pour aller dans le jardin.
» L'attaque se compose d'une longue convulsion tonique qui paraît prendre tous les muscles du tronc et des membres qui sont complètement tétanisés, avec tendance à conserver la position dans laquelle on les place. En même temps, tendance de la nuque et du tronc à se mettre en arc, avec position du corps sur un des côtés. Il y a de l'écume blanche à la bouche, l'insensibilité paraît générale, la face est congestionnée, la pupille est dilatée et insensible à la lumière.
» L'attaque prend fin par une détente générale, mais le redressement en position verticale, l'homme étant couché, fait reparaître l'attaque, et, à mesure que les attaques cessent et qu'on les fait repren-
dre, elles paraissent prendre de l'amplitude, les symptômes prenant une accentuation de plus en plus grande. L'attaque s'est reproduite ensuite spontanément et puis a cessé de même. »
Telle est la description du docteur Morer qui envoie le malade à l'hôpital avec le diagnostic hystérie convulsive. Le jour de son arrivée, 1" février, à un examen sommaire, on constate une anesthésie absolue des membres supérieurs des deux côtés, en même temps qu'une anesthésie moins forte des membres inférieurs et de la face. Le champ visuel est extrêmement rétréci, il n'y a pas d'abolition du réflexe pharyngé, mais le réflexe cornéen n'existe pas. Au niveau de la zone pseudo-ovarienne, la pression détermine de la douleur avec sensation d'étouffement au gosier et angoisse de la face. Le malade est un peu rouge.
Sa grippe continua à évoluer pendant quelques jours, sans localisations respiratoires, ni pharyngées, et pendant ce temps il n'eut pas de nouvelles crises. Le 10 février, le malade a l'air un peu concentré sur lui-même ; il répond lentement, avec peine, et ne peut donner aucun renseignement sur la marche de sa maladie. II ne se souvient de rien. La sensibilité au contact est diminuée dans toute l'étendue du corps, des deux côtés, également à droite et à gauche, peut-être un peu plus dans les membres inférieurs que supérieurs.
La sensibilité à la douleur est très diminuée par tout le corps, mais non abolie. Pour que le malade déclare souffrir, il faut le piquer fortement; mais on ne peut pas, comme lors du premier examen, lui traverser la peau sans douleur.
La sensibilité au froid et au chaud paraît normale.
Le réflexe pharyngé est très bien conservé ; le réflexe conjonctival est aboli. Les pupilles se contractent bien à la lumière. Le réflexe rotulien est un peu exagéré ; il y a aussi exagération du réflexe antibrachial.
La pression de la zone pseudo-ovarienne est douloureuse et détermine une sensation d'étouffement au gosier avec anxiété de la face. La pression des points sous-mammaires et de l'angle de l'omoplate est douloureuse, mais bien moins que la zone pseudo-ovarienne.
Le malade de cette observation est un prédisposé par ses antécédents héréditaires et par ses antécédents personnels.
Les vagues renseignements que nous avons sur les crises qu'il éprouvait dans sa jeunesse, nous forcent à rester dans le doute pour caractériser son état, mais toutefois nous suffisent pour affirmer que c'était un nerveux.
Le rôle de la grippe néanmoins est des plus nets ici encore. Ce n'est, en effet qu'après cette infection que la névrose se confirme et devient caractéristique.
Observation XXII
(In Montpellier médical, 1895, n° 29) (Par M. le D r Dargelos, d'Aix-en-Provence)
M m0 A..., cinquante-trois ans, non réglée depuis six ans. Tempérament lymphatique. Arthritique sans symptômes appréciables d'artério-sclérose (rhumatismes musculaires qui ont nécessité deux cures à Lamalou et à Aix-les-Bains. Urines riches en urates, tendance à l'obésité). A habité, avant de venir à Aix, Paris, Constantinople et les îles de l'Archipel ; n'a jamais eu de fièvres paludéennes ni de troubles intestinaux, n'a jamais présenté d'accidents nerveux.
La suppression des règles a eu lieu sans autres troubles qu'une recrudescence de son rhumatisme musculaire, dont elle souffre encore quelquefois, surtout aux régions deltoïdiennes, et l'apparition d'une sciatique peu intense, qui semble alterner avec les rhumatismes des épaules.
Fièvre typhoïde à vingt ans.
Antécédents héréditaires. — Père goutteux, décédé à l'âge de soixante-quinze ans. Mère morte de pneumonie à l'âge de soixantedouze ans, après une vie passée dans un parfait état de santé. Tante paternelle atteinte de coliques hépathiques. Les grand-père et grand'mère maternels sont morts âgés (sans autre renseignement): une sœur, âgée de quarante-six ans, très bien portante.
Pendant le courant du mois de janvier 1895, M me A. . . a dû supporter des fatigues assez grandes par suite des soins qu'elle a eu à donner à son mari atteint de crises d'aslhme. Le 6 février, elle a passé la nuit près du lit de M. A. . .
Le 8 février, au matin, elle'a ressenti en se levant des frissons erratiques et une céphalalgie frontale survenue subitement. Elle est obligée de se remettre au lit. Il survient de la douleur dans les muscles de la nuque. Antipyrine 0,50 et 0,50 de poudre de Dower. Bouillon. >
Le soir, disparition de la céphalalgie, qui est remplacée par des coliques très vives. T. 39°5.
Dans la nuit du 8 au 9, douze selles diarrhéiques, s' accompagnant de douleurs atroces, sans vomissements.
Rien, dans l'alimentation prise le 7, n'expliquait ce dérangement. M m0 A. . . suit, du reste, un régime ordinaire très simple. Je la vois à minuit. T. 38°7. Piqûre de morphine. Cachets contenant : salicylate de bismuth 0,40, poudre d'opium brut 0,02, benzonaphto) 0,20. Un toutes les trois heures. Chaleur sur le ventre. Boisson albumineuse pour combattre la soif. Vers cinq heures du matin, les douleurs de la diarrhée cessent. Sudation abondante.
9. — A dix heures du matin, je constate une chute complète de la température. M me A . . . me dit qu'elle ne sent plus aucun malaise, sauf de la fatigue et un grand besoin de sommeil. Cessation des cachets précédents. Régime lacté. A six heures du soir, T. 37°8 ; état général excellent.
10. — Nuit très bonne. Potages au lait, œuf en coque, fruits cuits. Aucune fatigue dans la journée.
11. — M me A. . ., après avoir passé une excellente nuit, veut se lever pour aider sa bonne à compter le linge de la blanchisseuse. Elle lui dit qu'elle sent un peu de lassitude dans les jambes, mais qu'elle est très bien et qu'elle a faim : on lui sert un œuf en coque qu'elle prend avec plaisir; elle va ensuite s'occuper de son linge. Elle note sur son livre les quantités qu'elle reçoit et celles qu'elle donne; elle établit le compte de la blanchisseuse et fait ensuite, pour sa bonne, la note des provisions à faire pour la journée et celle du lendemain. Elle quitte alors sa cuisine pour rentrer clans son appartement : il est neuf heures quarante-cinq du matin. A dix heures, le marchand de lait sonne ; la cuisinière, ne sachant pas la quantité qu'il faut prendre, appelle M"" A. . . qui ne répond pas ; elle ouvre la porte de sa chambre, et, ne l'apercevant pas, elle va la chercher dans la chambre de son mari qui lui répond qu'elle n'y est pas. La bonne retourne vers la chambre de M m ° A... et y pénètre ; elle la trouve alors assise dansun fauteuil, les bras pendants, la face très pâle, la bouche un peu dé
viée à droite, les jeux entrouverts. Sur ses cris, M. A. . . accourt ; M mc A... est inerte, sans parole et sans mouvement.
Je la vois à dix heures quarante. La parole est un peu revenue ; M mo A. . . est encore assise dans son fauteuil et me dit : « Qu'est-ce que c'est?. . . qu'ai-je eu? Enfin. . . c'est très drôle. . . Je ne pouvais pas parler. » Elle se lève, passe devant sa glace, se tient debout pour ramener ses cheveux et se coiffe seule. La bouche n'est plus déviée. Les pupilles sont égales et sensibles. Il n'y a aucun trouble de la motilité. Elle s'inquiète avec sa bonne de l'avenir de son mari. J'ordonne le repos au lit. Je songe à une poussée congestive d'une lésion latente, un foyer de ramollissement, par exemple. Cataplasmes sinapisés. Lavement laxatif. Potion avec valérianate de quinine 0,60 et bromure de sodium 3 grammes. T. 37°3. P. 68. Bruits du cœur bien rythmés
11, midi. — M me A. . . ne peut plus parler. Je la vois à une heure La physionomie est calme, même souriante ; quand je lui demande ce qu'elle éprouve, elle me répond : « Oui. . . , oui. . ., oui. . . » C'est la seule réponse qu'elle puisse faire à toutes mes questions. Je la prie de ne pas faire d'effort de parole et de me répondre par signes. Dites : « Je veux manger. » — R. « Oui . . . , oui . . . , oui . . . » — Je ne vous demande pas si vous voulez manger. Dites par signe : « Je veux manger. . . » Elle fait immédiatement le geste significatif. « Tirez la langue. » Elle tire immédiatement la langue. « Donnez- moi la main gauche. » Elle me donne la main gauche. « Donnez-moi à présent la main droite. » Elle me donne la main droite aussi facilement que la gauche (ce qui m'a du reste surpris). « Remuez la jambe droite, n Elle relève la jambe droite. « Remuez la jambe gauche. » Elle relève la jambe gauche. « La tête vous fait-elle mal à gauche? » — R. « Oui..., oui...>i — « La tête vous fait-elle mal à droite? » — R. « Oui..., oui... » — « Ne me parlez pas, répondez par signes. La tête vous fait-elle mal à droite? » — R. Signe affirmatif. * La tête vous fait-elle mal à gauche? — R. Signe négatif. Pendant tout ce temps, elle fixe sur moi un regard très intelligent. Il n'y a aucune trace de paralysie dans les muscles des yeux. Les pupilles sont, des deux côtés, sensibles à la lumière ; la pupille gauche paraît plus rétrécie que la droite, a Ce ne sera rien, lui dis-je, nous allons bien vous soigner et cette crise sera passagère comme celle de ce matin. » Elle fait un signe de doute en branlant la tête et son regard a une expression de soumission.
L'intelligence est parfaitement conservée ; la motilité est intacte. Mais il existe une anesthésie complète de tout le côté droit : face,
bras, tronc, membre inférieur. Pendant que je recherche les troubles de la sensibilité, très vive à gauche et assez émoussée sur tout le côté droit pour me permettre de fixer des épingles sur la peau, je constate à la main une différence marquée de la thermalité au préjudice du côté droit. Cette sensation me suggère l'idée de faire des applications locales du thermomètre au bras et à la cuisse.
Je quitte la malade pour aller préparer un thermomètre. Je colle sur la cuvette une bande de caoutchouc, de façon à recouvrir le tiers de sa surface. Revenu chez M mc A. . . (2 h. 1[2), je constate à la main les mêmes différences de sensation et j'applique successivement, en des points symétriques, le thermomètre sur les bras et les cuisses droite et gauche. La partie non recouverte de la cuvette est appliquée sur la peau, et la cuvette est maintenue à l'aide d'une cravate de gaze. La durée de l'application a été d'un quart d'heure pour chaque partie observée.
T. du bras gauche 35°1
— du bras droit 33°2
— de la cuisse gauche 35°
— de la cuisse droite 33°4
Les indications thermométriques, malgré les imperfections, pouvant résulter de la difficulté d'application de l'instrument, sont en accord parfait avec les sensations éprouvées par la main. C'est, en effet, la netteté de ces dernières qui a fait que j'ai eu la curiosité d'employer le thermomètre.
Un flacon de sels anglais, placé sous la narine gauche, fait exécuter à M mc A... un mouvement de recul. L'application sous la narine droite la laisse insensible. C'est aussi la joue droite qui est insensible ; la main, appliquée sur une et sur l'autre, ressent une différence bien marquée de la température au préjudice du côté droit.
M m ° A... suit mes recherches avec curiosité ; elle sourit quand je la pique à gauche, elle dit : «Ah ! oui » ; quand je la pique à droite, elle dit : « Oui, oui. » Les deux pupilles sont sensibles à la lumière. Du côté droit, elle est manifestement rétrécie. Les deux conjonctives sont comme à l'état normal sans arborisations sanguines. Elles semblent sensibles toutes les deux ; cependant le réflexe est plus accentué à gauche. Les réflexes rotuliens n'ont pas été examinés. Révulsifs aux membres inférieurs. Continuation du bromure et de la quinine.
M m ° A a rendu 400 centimètres cubes d'urine depuis huit heures
du matin (densité, avec correction de la température du liquide : 1007, sans albumine).
12. — Même état du pouls. T. 37° : même différence de la thermométrie locale à U 02 près ; persistance de l'anesthésie droite, même différence de la température à la sensation ; intelligence parfaite : la malade ne fait que des signes et se fait ainsi très bien comprendre.
Nous lui demandons de vouloir écrire son nom ; on lui donne un crayon. Elle le prend, le place dans sa main dans la position voulue, mais elle le regarde avec étonnement, le lâche, le reprend, le serre, le lâche encore, le reprend et le serre de nouveau en faisant signe : donnez-moi le papier. Elle tient celui-ci sur un livre avec la main gauche et vient résolument pour mettre son nom; — mais elle ne trace que des lignes irrégulièrement brisées, comme une choréique. Elle essaie de nouveau, commence le jambage de la première lettre de son nom : M, et, ne réussissant pas mieux qu'avant, elle nous rend le tout en haussant les épaules et en nous faisant signe qu'elle ne peut pas.
13. — Même état. Emulsion de ricin par cuillère à café, toutes les heures, pour combattre la constipation qui a remplacé la diarrhée. Continuation du bromure, de la quinine, du régime lacté. Le 13 au soir, lorsque j'entre dans la chambre, la malade répond avec justesse
.aux demandes par oui ou non, selon le cas. D. Comment allez-vous? R. Mieux. — D. Voulez-vous prendre du lait? R. Non. — D. Aimeriez-vous mieux prendre du bouillon? R. Oui. — Dormirez-vous cette nuit? R. Ah!
14. — Lorsque j'arrive, la bonne me dit : « Madame va mieux, elle a passé une bonne nuit, elle parle un peu. » J'entre, M me A... se met à rire et me dit tout de suite avec un grand air de satisfaction : « Bonjour, Docteur. . . » D. Comment vous sentez-vous? R. Je vais mieux. D. Comment avez-vous passé la nuit ? R. J'ai bien dormi. — M me A. . . prononce aussi certaines phrases, mais elles sont toutes de deuxou trois mots. Si elle veut prononcer une phrase plus longue, comme celle-ci qu'elle a voulu prononcer : « Je voudrais manger des huîtres à mon déjeuner, » elle dit bien « je voudrais manger, » puis elle bredouille : «Voui, voui, voui, je voudrais manger.... » ; elle recommence ainsi quatre fois et finit par dire : « Je ne peux pas. »
Je lui dis alors : Vous voudriez manger un potage ? — R. Non, pas ca . — D. Quoi donc ? — R. Huîtres.
L'écriture s'améliore de la même façon ; elle écrit assez bien. « Je
vais mieux. » Je veux lui faire écrire « Je voudrais manger des huîtres à mon déjeuner ». Elle écrit «Je voudrais manger — assez lisiblement ; le reste de la phrase n'est qu'un griffonnage qui la fait rire et lui fait dire : « Comme c'est drôle. »
En mettant la main sur son bras droit je le trouve plus chaud que la veille. Comparant les sensations données par la température au contact des deux bras, je ne saisis pas une grande différence. Application du thermomètre :
T. du bras gauche 35°3
— du bras droit 34°6
— de la cuisse gauche 35°2
— de la cuisse droite 34°1
La malade sent les piqûres d'épingle à droite et sur tout le côté droit. Elle ne distingue deux piqûres faites en même temps que lorsque les deux épingles ont 0,04 centimètres d'écartement.
15. — La température est égale des deux côtés. Elle est même supérieure à droite de 0°,02. Je suppose, malgré les précautions prises, que cela tient à la manière dont le thermomètre a été recouvert et maintenu.
L'anesthésie a entièrement disparu, les deux piqûres sont ressenties avec un écartement de 0,009 millimètres.
La malade prononce des phrases complètes, mais dans lesquelles il manque un ou deux mots. Quelquefois, lorsque le mot lui manque, elle s'arrête et donne à sa phrase un autre tour. Ainsi elle me dit : « Je voudrais me lever pour. . . j'irai sur ma chaise longue. » Elle lit son journal.
Les deux jours précédents, elle le demandait, essayait de le lire et le rendait à son mari pour qu'il le lui lise. — D. Lisez-moi ce fait divers. — R. Aujourd'hui, oui, hier je voyais blanc et noir. — D. Eh bien, lisez. — Le bruit court que, à la suite de. . . l'enquête de. . . Montceau-les-Mines. . . Oh! non, cela me fatigue. — D. Pourquoi alors tenez-vous à avoir le journal entre les mains? — R. Je regarde. Je lis quelques mots. Si vous saviez comme cela me fait plaisir. — D. Vous rappelez-vous ce qui s'est passé? — R. Oui, je me souviens, excepté du commencement. — D. Vous saviez ce que vous vouliez dire ou écrire et vous ne pouviez pas? — R. Oui, très bien. C'est très curieux. Je fiais ou je me serais fâchée. . .
Les 16, 17, 18, 19, l'amélioration ne fait que s'accentuer. Le 20, M mo A. . quitte sa chambre, promène dans tout l'appartement, reprend la direction de son ménage. « Il me semble que j'ai fait un rêve, me dit-elle. Il me semblait que je ne pourrais plus ni parler, ni lire, ni écrire. C'est affreux et cependant je vous ai obéi. Je ne me suis jamais fâchée. . . »
Le 14 mars, la guérison ne s'est pas démentie. M m ° A... suit un traitement bromo-ioduré et le régime lacté, avec un repas plus solide à midi. Les urines ont une densité moyenne de 1017, sans albumine.
16. — Etat toujours parfait. M 010 A. . . fait des promenades à pied de trois kilomètres depuis trois jours.