HISTORIQUE
Nous nous sommes souvent demandé, en compulsant les divers traités écrits sur l'Hystérie, si l'hystérie pulmonaire n’a pas dû être souvent méconnue et considérée plutôtcomme le symptôme d’une tuberculose : nous avons été amené à
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LAVER cette idée par la rareté des communications et écrits se rapportant à cette manifestation particulière. Et cependant l’hystérie si fréquente à notre époque, a sévi avec une grande intensité à certains moments de notre histoire : les beaux travaux de Charcot et Richersur les «Démoniaques dans l’art» de M. Gilles de la Tourette dans les monographies intéressantes de quelques grandes névrosées du moyen âge nous ont initié à quelques-uns des drames qui se sont déroulés autrefois : ces drames ont eu pourtant leurs historiens, mais nulle part nous ne trouvons d'indications sur les hémoptysies nerveuses.
L'ouvrage de Pomme (Traité des vapeurs, 1760-1782) est le premier qui fasse mention de divers cas qualifiés nettement d'hémoptysies hystériques : l’auteur en fait, d’ailleurs, un supplément des menstrues, il les attribue à « l’impétuosité du sang qui reflue de l’utérus vers les vaisseaux pulmonaires et provoque ainsi des ouvertures par lesquelles le sang s’échappe avec plus ou moins de vigueur par la contraction des vaisseaux et nerfs de la matrice. »
Nous ne devons pas omettre cependant l'observation d’une guérison de vomissements de sang chez une femme, par Carré de Montgiron (1747) dans son curieux ouvrage sur les miracles accomplis au tombeau de l’archidiacre Paris.
On ne trouve plus aucune mention d’hémoptysie hystérique jusqu'aux travaux que suscitèrent sur la névrose divers concours proposés vers 1840 par l'Académie de médecine ; mais on se contentede consigner et d'admettre les relations du crachement de sang et de l’hystérie, sans les expliquer ni montrer leur importance. Joseph Franck (Pathologie médicale, 4842) reconnaît que quelquefois « les passions de l’âme et les autres stimulations données par le cerveau et les parties génitales favorisent la pneumorragie. »
Dans le tome I de sa Clinique médicale, Trousseau fait res-
Sat sortir la fréquence des hémorragies hystériques et relate l’observation d’une vieille dame de ses amies qui avait présenté dans sa jeunesse des crachements de sang abondañts sans que « l'examen attentif des organes fasse découvrir chez elle aucune lésion de l’appareil circulatoire et respiratoire. »
Mais ce n’est réellement qu'avec Debove (1882) que la question est bien étudiée, au point de vue de son importance clinique : dans sa communication à la Société de médecine de Paris, Debove relate l'observation de trois hystériques qui avaient provoqué des erreurs de diagnostic de la part des médecins qui les avaient soignées : l’une avait été jugée phtisique par les meilleurs médecins de Paris et d'Allemagne, une autre désespérée du pronostic fatal d’un professeur de la Faculté, s’étaitretirée à la campagne où le changement d’existence avait amené une guérison rapide.
Camus et Voisin (Archives de Neurologie, 1888), Laurent rélatent les observations du même genre. Enfin Huchard, Josserand, Strümpell apportent leur contribution à l'étude de ce syndrome et font ressortir l’utilité de sa connaissance en apportant des exemples des erreurs de diagnostic auxquelles peut donner lieu la grande névrose simulatrice.
Nous sommes heureux de pouvoir apporter à notre tour sept faits du même genre à ce trop succint contingent, et d'essayer de synthétiser les conclusions développées par chacun des auteurs pour présenter de cette manifestation clinique une étude d'ensemble.
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SYMPTOMATOLOGIE
Nous avons éprouvé de très fortes difficultés à essayer de synthétiser les faits rapportés par divers observateurs, pour présenter de l’hystérie pulmonaire une symptomatologie exacte et pour ainsi dire pathognomonique : ses caractères sont, en effet, très variables, suivant les malades, et se prêtent peu à leur réduction en un type général.
L’abondance des hémoptysies est diverse: nos trois malades ont des crachements de sang plutôt fréquents qu’abondants : Une des malades de M. le professeur Rauzier a eu trentecinq hémoptysie en trois mois et demi, et presque toutes ont été fort prononcées. Dans la majeure partie des cas la quantité du liquide expectoré est assez abondante, et constituerait même, d’après Tostivint, un caractère clinique important pour le diagnostic différentiel avec les hémoptysies tuberculeuses qui sont bien moins fortes.
Leur apparition est irrégulière : parfois elles viennent immédiatement après les crises dont elles semblent former : la phase terminale, à moins qu’elles ne constituent la crise elle-même : c’est du moins ainsi que nous interprétons ces cas où le malade est agité, inquiet, et ne retrouve son calme qu'après que l’hémoptysie s’est produite.
D'autres fois, elles en sont absolument indépendantes. Elles peuvent se reproduire tous les jours pendant des semaines , ou bien revenir périodiquement, tous les mois ou tous les ans. Quand elles surviennent plusieurs fois par jour, elles sont généralement moins abondantes et se produisent à intervalles réguliers. La malade qui fait le sujet de notre
MC) troisième observation eut des hémoptysies deux fois par jour, à heures fixes, pendant huit jours.
L'étudiant en médecine observé par Debove avait tous les ans des poussées congestives. Cette périodicité et cette ténacité de l’hémoptysie sont très importantes à connaître, car dans mainte circonstance leur présence permettra d’éliminer, avec juste raison, l’idée d’une manifestation de phtisie.
Le sang est expectoré facilement, sans effort et sans bruit; ou bien, et c’est d’ailleurs ce que nous avons constaté dans la majorité des observations, il s'accompagne de toux. Cette toux peut être quinteuse, sèche, monotone, avoir en un mot les caractères de la toux hystérique de Lasègue, elle précède alors l’expectoration et persiste toute la journée, ou bien elle se réduit à une simple quinte expiratoire précédant Phémoptysie et est produile par l’arrivée du sang dans l'arrière-gorge. Ces différents signes nous permettront de différencier l’hémoptysie hystérique de l’hématémèse de même nature qui est toujours silencieuse, et de l’hémoptysie tuberculeuse toujours précédée de quintes pénibles.
Le sang est rouge, rarement aéré et spumeux, coagulable, et ne contient ni fibres élastiques, ni bacilles.
Les sueurs nocturnes ne sont pas rares chez les malades atteints d’hémoptysies hystériques, elles constituent même une des causes d’erreur de diagnostic les plus fréquentes. Elles proviennent de l’anorexie dont ceux-ci sont ordinairement les victimes, et de la défectuosité de leur alimentation ; elles disparaissent rapidement avec un régime alimentaire approprié et avec le traitement de la dyspepsie. Elles sont moins abondantes que celles des tuberculeux et ne constituent pas comme chez ceux-ci la phase terminale d’un accès de fièvre.
Mais ce sont surtout les signes pulmonaires qui prêtent à confusion et qui ontété toujours à incriminer dans les erreurs
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ee de diagnostic : c’est, en effet, d’après les constatalions données par l’auscultation qu'une des malades de Debove parut avoir le poumon droit farci de tubercules, et qu'une des nôtres fut jugée perdue par deux praticiens distingués. L’inspection du thorax ne donne aucun renseignement.
La percussion indique souvent une submatité aux deux
sommets, submatité qu'Huchard attribue à une contraction
des masses musculaires excitées par la percussion et que nous expliquons d’une façon identique à cause de la sensibilité très vive, de l'hyperesthésie qu’on constate en certains points de la poitrine chez ces malades.
L'auscultation donne, suivant les malades, des signes négatifs ou des râles de congestion très nombreux survenant surtout après l'hémoptysie: l'abondance de ces râles, leur ressemblance parfaite avec des râles sous-crépitants expliquent qu’un professeur à la Faculté de médecine de Paris ait pu, après des praticiens très distingués d'Allemagne, les attribuer à une phtisie avancée. L'erreur eût été probablement évitée, si ces médecins avaient pu suivre l’évolution de la maladie au lieu d’être bornés à un simple examen; ils auraient constaté, ce qui est un caractère pathognomonique de ces symptômes respiratoires, leur fugacité et leur rapidité à disparaître d'un moment à l’autre: c’est là, en effet, un signe constant et précieux qui permet l'appréciation exacte des phénomènes constatés.
Certains auteurs ont également noté de la polypnée, le malade de Tostivint avait même des accès de dyspnée violente, d’autres ont observé de l’affaiblissement de la respiration. La température est le plus souvent normale. Tostivint et Carre, Petit et Debove l'ont vu anormale chacun une fois, sans en préciser le degré exact. Mais les meilleurs symptômes sont constitués par les stigmates de la malade: que
ces stigmates soient accompagnés d’une hystérie franche ou
ete fruste, ils doivent être toujours recherchés avec soin, seuls, ils sont véritablement concluants.
Pour nous résumer, nous pouvons dire que le diagnostic doit se baser sur la réunion de plusieurs symptômes, chacun pris à part, ayant une valeur clinique insuffisante pour imposer un diagnostic; que l'esprit doit être surtout porté sur la présence de stigmates hystériques, sur la fugacité des phénomènes respiratoires et sur l’état général. Celui-ci, en effet, ne se modifie pas d’une façon aussi profonde qu’on le croirait à la suite des pertes de sang parfois abondantes et répétées: ce n’est point cet amaigrissement progressif, cette perte de forces, cette déchéance physique qui aboutissent à la consomption tuberculeuse, c'est un élat assez marqué d’anémie tenant moins aux hémorragies qu’à l’anorexie et à la chlorose, dont sont atteintes la plupart de nos malades : — quelques-uns se ressentent même fort peu de leurs hémoptysies et, malgré 35 hémoptysies considérables, une des malades de M. le professeur Rauzier n'avait pas beaucoup changé: cette persistance d’un bon état général est très importante à noter, car elle nous mettra souvent sur la voie de la névrose.