OBSERVATIONS
Observation I (PERSONNELLE) Louise X..., aujourd'hui âgée de vingt-huit ans, à Alger.
Père, d’origine sémite, mort à cinquante-quatre ans-(?), a présenté des signes manifestes de nervosité et amené
sde) nf 2 né à
0e une existence fort agitée. Mère morte jeune de suites de couches.
Trois frères, dont l'un soufirait dès l’âge de quinze ans d'accès de migraine et de troubles gastriques.
Antécédents personnels. — Louise n’a eu dans son enfance aucune maladie sérieuse, levée dans un couvent, choyée par sa famille, elle était expansive et capable de succès scolaires brillants ; mais tendance à l’apathie, émotivité excessive.
Réglée à treize ans, jamais de régularité dans le flux menstruel.
Elle se marie à dix-huit ans, et devient veuve à vingt et un ans sans avoir eu d'enfants, mais après avoir eu deux fausses couches de trois etcinq mois ; elle ne fut pas heureuse en ménage et eut à supporter les caprices d’un mari brutal, jaloux et adonné aux plaisirs, son existence devint un véritable martyre pendant les six derniers mois que son mari passa au lit, terrassé par la phtisie pulmonaire : cette cohabitation de tous les instants, les soins assidus qu’elle donna jusqu'au dernier jour, les exigences auxquelles elle eut à se soumettre, ébranlèrent fortement sa santé.
Le jour même de l’agonie de son mari, elle fut prise de tremblements nerveux qui s’achevèrent en une grande attaque convulsive : l’hystérie était franchement déclarée chez elle, et les crises, d’abord très fréquentes, ne la quittèrent jamais complètement. Fortement anémiée, souffrant de points névralgiques disséminés sur tout le corps, notamment sur la paroi thoracique, ayant du dégoût pour les aliments, Louise effraya sa gamille par des crachements de sang, parfois assez abondants, qu’elle eut à cette époque quatre ou cinq fois par jour; l'idée d’une contagion tuberculeuse fut admise, et la malade, après avoir consulté deux médecins qui n’osèrent se prononcer, vint
en France passer huit mois ; le rétablissement fut complet, et
permit le retour en Algérie et ja reprise de la vie normale.
PISE Te
À vingt-deux ans elle épouse un jeune homme dont elle
était devenue amoureuse et mène une existence très heureuse
avec lui: l’état nerveux persiste ; les crises sont très espa-
cées, mais reviennent tous les six à sept jours, surtout à la
suite de contrariétés et de fatigues provoquées par une vie mondaine un peu trop active.
État actuel. — Quelques mois après son mariage, nous avons l’occasion de voir Louise et de pouvoir la suivre d’une façon attentive.
Louise est grande, forte, élancée, brune: son visage, d’un ovale très pur et très régulier, est un peu pâle, mais de cette pâleur « physiologique » des climats tropicaux. Elle est très gaie, fort intelligente, et aime beaucoup la distraction.
L’appétit est capricieux, elle s’alimente d’une façon irrégulière, n'aimant que les mets fortement épicés; toutefois l’appareil digestif est en bon état, et les digestions, quoique un peu lentes, se font normalement.
Louise présente en moyenne une attaque convulsive par jour et cette attaque évolue d’une façon franchement hystérique ; un quart d'heure, vingt minutes avant l’accès, Louise devient inquiète, soucieuse, elle « sent » sa crise : bientôt, en effet, une boule semble se détacher du flanc gauche, monte à l’'épigastre et vient provoquer au larynx une sensation affolante de suffocation : à ce moment perte de connaissance, phase tonique avec contracture généralisée de tous les muscles volontaires, puis, phase de convulsions cloniques. Le réveil survenait au bout d’une demi-heure, d’une heure, de deux heures parfois, amenant une lassitude extrême, une céphalalgie sourde, un peu d’hypocondrie : la pression ovarienne ne parvenait pas à arrêter l’attaque, elle semblait plutôt l'exaspérer, alors que la pression sous-mamelonnaire gauche avait une influence inhibitoire notable.