PERSONNELLE
Jeanne P..., aujourd’hui âgée de trente ans.
Père et mère vivants, grand-père mort à quatre vingt-quinze ans ; à plusieurs frères et sœurs, tous en bonne santé.
Antécédents personnels. — N'a eu aucune maladie dans son enfance: impressionnable et volontaire, réglée à quatorze ans; à dix-neuf ans, ses parents veulent la marier à un jeune homme qu’elle n'aime pas : elle résiste avec opiniâtreté, et, devant l’insistance de sa famille, s'embarque à l’improviste pour Alger, rejoindre une tante qui tenait un fonds de mercerie. Les émotions violentes par lesquelles elle avait passé, les fatigues du voyage, l'accueil un peu froid de sa parente,
CLR se traduisirent bientôt par de violentes attaques convulsives
qui effrayèrent la tante: un médecin appelé rassura cette dernière et diagnostica l’hystérie. Les crises étaient fré-
quentes ; elles étaient provoquées par la moindre contrariété. Jeanne fait à cette époque la connaissance d’un jeune homme,
qu'elle quitte assez rapidement, préférant une existence plus variée: deux ans après elle tombe amoureuse d’un de nos amis, étudiant en médecine, et c'est dans cette période de dix mois qu’ils passent ensemble que nous eûmes l’occasion de la soigner.
Jeanne présentait les zones hystérogènes très développées, et la pression même superficielle de l’une d’elles {ovaire, sein gauche, vertex) suffisait à provoquer une attaque.
Les muqueuses de l'arrière-gorge, de l'œil, étaient anesthésiées.
La vue était bonne.
Les attaques étaient celles d’une hystérie franche et normale.
Elle avait le caractère fort changeant, plutôt enclin à la gaieté et au plaisir; de taille moyenne, elle était un peu maigre mais bien portante.
L’appétit était nul. Jeanne avait souvent des nausées, des envies de vomir, et ne s’alimentait qu'imparfaitement; ce défaut de nourriture modifia bientôt sa santé el amena chez elle de l’anémie avec des battements de cœur, des essouflements rapides, surtout à la montée des escaliers ; des vomisements alimentaires survinrent et se compliquèrent bientôt de erachements de sang. Cet état nous alarma et nous voulûmes nous adresser à un de.nos maitres, mais Jeanne s’y refusa d’une manière énergique, ne voulant pas, disait-elle être condamnée une seconde fois; elle nous apprit, en eftet,
. que, sitôt son arrivée à Alger, elle avait présenté des symp-
tômes analogues et que deux praticiens qui l’avaient vue à
(pe VAE
quelques jours d'intervalle avaient diagnostiqué une phtisie pulmonaire.
N'osant enfreindre les désirs de la malade, nous procédâmes avec notre ami à un examen minutieux qui nous rassura : Jeanne en effet n'avait pas de fièvre, toussait fort peu et d’une façon intermittente; elle avait jusqu’à trois et quatre hémoptysies par jour, elle venait d'avoir ses règles assez abondamment; habituellement ses crachements de sang remplissaient un demi-verre par jour: jamais l’analyse bactériologique (deux fois) ne fut positive.
A l'inspection du thorax, rien d’anormal.
A la percussion, submatité au sommet droit, vibrations normales.
A l’auscultation, des points localisés de râles de congestion.
Ces divers signes pulmonaires disparurent subitement au bout de cinq jours, laissant la malade dans le même état de
prostration et de fatigue ; nous essayâmes de modifier l’état
digestif, et, comme Jeanne présentait assez fréquemment des attaques de sommeil qui semblaient remplacer ses crises, notre ami eut l’idée de l’endormir et de la faire manger dans cet état ; l'expérience réussit merveilleusement, le dégoût des aliments disparut, l'appétit revint et Jeanne put reprendre une existence plus active et plus en rapport avec ses goûts. Les hémoptysies s’amendèrent sans disparaître, et ce n’est que quatre mois après qu’elles cessèrent.
Malgré la séparation qui survint, nous pûmes avoir des nouvelles continues de Jeanne et nous apprîimes qu’un an
après elle menait une existence très irrégulière, sans que sa
santé eût été modifiée.
Depuis nous l'avons complètement perdue de vue et nous ignorons ce qu’elle est devenue. S
Pan)