OBSERVATION XI
Salpingo-ovarite gauche. — Rétroversion adhérente. — Ablation des annexes gauches. — Hystéropexie. — Grossesse ultérieure.
Mar... Stéphanie, 27 ans, entrée le 10 mars 1891 dans le service de M. le P' Laroyenne.
A eu la rougeole et la coqueluche dans son enfance ; a toujours été faible de santé ; était très sujette aux angines. A eu, il y a quatre ans, une forte bronchite et depuis cette époque s'enrhume facilement ; a eu, il y à un mois, des hémoptysies en même temps qu'un point douloureux sous l’omoplate gauche.
Réglée à 14 ans, irrégulièrement pendant la première année et avec de vives douleurs, puis régulièrement, mais toujours avec douleurs.
Ses pertes menstruelles ont toujours été très abondantes ; leur durée était autrefois de 4 ou 5 jours mais depuis ces dernières années elles persistent plus d'une semaine; a eu plusieurs fois des crises de nerfs à ces époques.
Il y à 8 ans, la malade aurait subi ici dans le service une opération avec anesthésie dans le cours de laquelle on lui aurait placé un pessaire,
Il ya un an et demi elle a eu une fausse couche de trois mois. A la suite elle a eu des hémorrhagies abondantes pendant 3 ou 4 mois mais pas de phénomènes fébriles. Depuis cette époque la malade a toujours souffert beaucoup, principalement au moment de ses règles, soit dans la région lom-
baire, soit surtout dans le côté gauche de l'hypogastre. Un pessaire placé par un médecin de la ville n’a pu être toléré.
Au moment de son entrée dans le service tout travail lui est devenu impossible; la marche est très difficile, elle à beaucoup de peine à accomplir un trajet d'une demi-heure.
À l'examen, on trouve l'utérus en rétroversion fixé par des adhérences au niveau des annexes gauches. Ces annexes ne Sont pas volumineuses mais on sent très nettement la trompe qui est adhérente.
25 mars. — OPÉRATION par M. le D' Goullioud. Incision médiane de 10 centimètres.
Quelques adhérences filamenteuses et une en lame fixent l'ovaire et la trompe gauche en arrière. Elles se laissent détacher aisément. L’ovaire étant amené à la plaie, on voit nettement quelques brides adhérentes qui unissent sa surface au pavillon ; celui-ci est perméable après la rupture des adhérences. Sous ces adhérences, entre l'ovaire et la trompe, on trouve un petit kyste séreux. |
On extirpe l'ovaire et la trompe en formant un seul pédicule dont on cautérise la surface de section au thermocautère.
Aucune hémorrhagie ne se produit auniveau des adhérences rompues,
Les annexes droites sont saines ; elles sont laissées en place.
L'utérus est alors amené facilement contre la paroi abdominale antérieure.
Il est transfixé par le procédé de M. Laroyenne avec deux grandes aiguilles. On avive au bistouri la face antérieure de l'utérus sur une étendue de 3 centimètres carrés. On fixe alors l'utérus à la paroi abdominale par deux fils de catgut quicomprennent toute l'épaisseur des lèvres de la plaie y compris même la peau.
On ferme la plaie dans l’espace compris entre ces deux fils par une suture soignée au catgut.
21 avril. — Les-suites de l'opération ont été simples. La température rectale a oscillé entre 38° et 38,4 pendant les 5 jours qui ont suivi l'imtervention ; depuis elle est restée normale. Pendant quelques jours la malade n’a pu uriner spontanément mais ce trouble fonctionnel n'a pas persisté.
Actuellement elle ne se plaint d'aucun malaise : l’utérus est parfaitement fixé contre la paroi abdominale, le col est très haut. On juge inutile de lui mettre un pessaire. Elle quitte le service.
pes
fer juin. — La malade est revue. Elle va très bien.
19 janvier 1892. — La malade est revue à la consultation gratuite. Elle se plaint dun peu de faiblesse générale, mais elle est toujours très satisfaite du résultat de son opéralion ; elle n’a plus les douleurs dont elle souffrait jadis ; elle doit cependant se ménager un peu. Ses règles durent en général 6 jours; elle souffre alors un peu à gauche et est même quelquefois obligée d'interrompre son travail.
Ayant repris les rapports sexuels, :a dû les suspendre parce qu'ils occasionnaient des douleurs pendant et après, avec nausées.
15 mars 1892. — La malade vient à la consultation parce qu'elle se croit enceinte. Elle n'a en effet pas eu ses règles depuis le 4 février. Elle va bien à part quelques malaises nerveux.
L'utérus est un peu à droite, plaqué contre l'abdomen. Le cul-de-sac gauche est d'une souplesse extrême plus souple même que normalement.
24 avril 1892. — La malade, non mariée, a eu à la suite d’un effort une fausse couche de 2 mois 112 à la fin mars. Soins antiseptiques donnés pour préserver de l'infection les annexes droites conservées. Actuellement elle va aussi bien que possible; elle travaille toute la journée, fait aisément des marches de 2 à 3 heures; ses règles qui autrefois étaient trop abondantes et duraient 8 jours ne durent plus que 3 jours; mais elle est pourtant toujours obligée de garder le repos le premier jour. Son utérus est en bonne position. Les culs-de-sac vaginaux sont parfaitement souples des deux côtés.
Présentée à la Société des Sciences médicales le 9 novembre 1892, allant.toujours très bien.