CHAPITRE III
Avantages fournis par la méthode du professeur Laroyenne.
Le procédé de Caneva, que nous avonsdécrit dans le premier chapitre, était un procédé aveugle. On n'ouvrait point La cavité abdominale, il est vrai, mais on courait d’autres dangers plus sérieux. L'opérateur était incapable de se rendre compte si son aiguille n'allait point rencontrer une anse intestinale ou l’épiploon. Le cas de ÆRoux (de Lausanne) en est une preuve. Roux (1} venait de placer sur l’utérus deux points de suture sans ouvrir le péritoine. Au troisième point il fut pris de crainte, ouvrit la séreuse et trouva, interposée entre l’utérus et la paroi abdominale, une anse intestinale aplatie qu’il n’avait pu sentir et qu’il avait failli traverser deux fois.
Edmond Blanc (de St-Etienne) et Assaky (de Bucarest) trouvèrent de même des anses intestinales adhérentes à la face antérieure de l’utérus. Enfin, chez quatre maladesopérées parnotre maître, M.Laroyenne, pour prolapsus utérin, il fallut récliner l’épiploon pour permettre à l’utérus de venir se mettre en contact avec la paroi abdominale (observations X : XV ; XXI et XXIIT).
Ce sont là assez de faits pour montrer combien la
(1) Société de Chirurgie (séance du 4 décembre 1889). (2) Audry : Note sur trois observations d’hystéropexie ; emploi d'un procédé nouveau ( in Progrès Médical, 5 juillet 1890).
méthode de Caneva, même pratiquée avec l'élégance du professeur Mangiagalli (de Milan) qui l’emploie de préférence à toute autre, peut parfois être dangereuse. Nous sommes donc d'avis, avec la majorité des auteurs, qu’on doit rejeter d’une manière absolue la méthode extra-péritonéale.
Voici du reste les observations d'Assaky et de Roux qui sont les pièces justificatives de ce que nous venons d’énoncer.
OBSERVATION D'ASSAKY.
Ventrofixation de l'utérus sans laparotomie
Je viens d'exécuter l'opération de la ventrofixation sans laparotomie, dans les conditions suivantes :
Il s'agit d’une vieille femme de 70 ans, atteinte d'un prolapsus complet de l'utérus, datant de quelques semaines. La chute avait eu lieu à la suite d’un effort, et la tumeur qui dépassait la vulve d'une dizaine de centimètres, renfermait a sa partie inférieure, un utérus en involution sénile, petit et mou, mesurant environ 6 centimètres.
J'ai cherché à suturer l'utérus à la paroi abdominale, sans ouvrir la cavité péritonéale.
Après avoir endormi la malade, réduit l'utérus et vidé la vessie, un aide appliqua l’utérus contre la paroi abdominale, au moyen de deux doigts introduits dans le vagin, et sur cet utérus qui faisait saillie et servait de point de repère, j'ai fait une incision médiane, comprenant la peau, le panicule adipeux et le fascia superficialis.
Grâce à cette incision, longue de 3 à 4 travers de doigt, nous avions, pour ainsi dire, l'utérus sous la main. La paroi musculaire est relàâchée par le chloroforme, et, en s'aidant des doigts introduits dans le vagin, il devient extrêmement facile de présenter à la main, qui palpe dans la plaie, le fond, la face antérieure, les bords du corps de l'utérus.
Après avoir fixé l'utérus entre le pouce et l'index, nous avons traversé, avec une aiguille de Reverdin courbe, la paroi abdominale, ainsi que l'utérus, pour ressortir à quelques centimètres du point d'entrée. Eu égard au petit volume que pré-
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sentait l'utérus de cette vieille femme, nous n'avons placé qu'un seul point de suture (fil de soie tressée, n° 4).
Pendant que je me préparais à faire la suture, à la suite d'une inspiration de la malade, une anse intestinale vint s'interposer entre l'utérus et la paroi. Je fis alors placer les genoux de la malade sur les épaules d'un aide, qui la tint ainsi quelques instants, le temps nécessaire à la suture, le bassin surélevé et la tête basse, dans la position déclive, adoptée par Trendelenburg, pour la taille hypogastrique. Dès que la malade fut ainsi pendue par les pieds, la forme du ventre fut légèrement modifiée, et je pus m'assurer à plusieurs reprises, que rien ne venait plus masquer l'utérus.
Je nesais quel sera le résultat de cette intervention opératoire, et si cette tentative est appelée à devenir le point de départ de recherches sur la ventrofixation sans laparotomie.