CHAPITRE II
recherches expérimentales
Chimie physiologique de Victère hématique traumatique.
Après avoir constaté cliniquement l’ictère hématique des blessés, nous avons, dans quelques expériences, recherché l’explication d’un tel phénomène; déjà l’examen des urines des malades nous avait fourni de précieuses indications, et quand, par des procédés d’une exactitude plus absolue, nous avons pu nous mettre à l’abri de toute cause d’erreur, les résultats ont concordé de tous points avec ceux que nous avions déjà obtenus.
A l’absence de pigment biliaire dans les urines, à leurs colorations variées dans l’ictère hématique, se rattache la démonstration de cette nouvelle forme d’ictère; on comprendra dès lors que nous entrions dans quelques détails sur la teinte normale et pathologique de ce liquide.
Malgré nos connaissances encore très-incomplètes' sur les matières colorantes de l’urine, nous savons cependant, par les travaux de Schunk (1854) et de Thudicum (1864), que ses diverses teintes sont dues à deux substances qu’elle contient normalement;
1 une, 1 indican qui n’existe qu’en très-petite quantité dans toutes les urines; l’autre, Yurochrome qui chimiquement se rapproche beaucoup de la précédente et qui communique à l’urine sa couleur jaune
ambrée habituelle. Suivant Thudicum, cette dernière substance existerait seule normalement dans les urines. C. Neubauer, distinguant au point de vue médical les colorations normales et les colorations anormales de l’urine, lui fait jouer un rôle exclusif dans les teintes de l’urine normale, qui peuvent varier depuis l’incolore et le jaune-paille jusqu’au rouge foncé et même jusqu’au noirâtre.
A la suite de nombreuses observations, il est parvenu à déterminer les colorations correspondant aux différentes nuances de l’urine, qui sont évidemment en rapport avec certaines variations dans la proportion de la matière colorante.
Il a trouvé qu’en étendant avec de l’eau une urine rouge brun, par exemple, on pouvait produire toutes les teintes intermédiaires (rouge, jaune rouge, jaune, jaune clair, etc.). Ces diverses nuances forment une série et les couleurs de l’urine peuvent être considérées comme les différents degrés de dilution d’un seul et même pigment.
Le tableau des couleurs de l’urine qui se trouve à la fin de l’ouvrage, ainsi qu’une table pour les déterminations quantitatives du pigment urinaire (2) permettent, par un calcul des plus simples, d’apprécier très-approximativement la richesse relative en matière colorante des diverses urines.
Nous avons toujours, chez nos malades, comparé aux couleurs du tableau leurs urines filtrées et exa-
(1) C. Neubaner et J. Vogel. Loc. cit.
(2) "Voir Neubauer et "Vogel, p. 180. Paris, 1870.
Poucet. 7
minées par réfraction sous une couche épaisse de 12 à 15 centimètres. Nous reviendrons bientôt sur ce sujet.
Jusqu’à ces dernières années Yurochrom e > isolé par Thudicum, était considéré Comme la matière colorante normale de l'urine; depuis, M. Méhu ayant eu l’occasion d’analyser ides urines colorées en rouge foncé teinté de jaune (coloration particulière aux urines dites hémaphéiques ), provenant d’un sujet atteint d’une affection hépatique, isola une matière Colorante à laquelle il ne donna pas de nom, mais qu’il considéra comme la matière colorante de l’urine normale, excrétée-dans une proportion tout anormale. Quoique très-ressemblante à la bilirubine par ses caractères extérieurs, cette substance en était cependant parfaitement distincte.
Peu après, Jaffé (2), expérimentant sur ides urines rouge-acajou, très-foncées, pouvant être considérées comme des urines ictériques, en retira la même matière colorante qu'il nomma urobiline , par un procédé plus simple, basé sur le traitement successif de l’urine par l’ammoniaque et le chlorure de zinc; l’oxyde de zinc précipité fixe la matière colorante de T urine. « Si, en effet, dit M. Mëhn (3), on verse de l’ammoniaque en excès dans de l’urine et que, le précipité séparé par le filtre, on verse ensuite du chlorure de zinc, tant qu’il se produit un précipité, la matière colorante de l’urine se fixe sur ce précipité. L'ayant recueilli sur un filtre, lavé à l’eau froide, puis à l’eau
(1) Méhu. Chimie médicale. Paris, 1870.
(2) Yahresbericht de Virchow et Hirsch, 1871.
(3) Archives générales de médecine. Paris, 1873, t. XXI, p. 100.
chaude tant que les eaux de lavage se troublent par l’azotate d’argent; on reprend ce précipité par l’alcool -bouillant et on le dessèche à une température peu élevée. La masse est pulvérisée, dissoute dans l’ammoniaque, et la solution colorée précipitée par l’acétate de plomb. Le précipité rouge qui en résulte, lavé à l’eau froide, séché et décomposé par l’alcool contenant de l’acide sulfurique, cède à ce liquide la matière colorante de l’urine ou urobiline . »
Dans ses Leçons sur les humeurs, M. Robin considère Yurobiline comme le seul principe colorant normal des urines; à l’opinion du savant professeur, nous ne pouvons mieux faire que d’opposer celle de M, Gautier qui, dans le deuxième volume de son ouvrage de Chimie biologique, n’accorde pas tout exclusivement à l’urobiline dans la couleur des urines, mais fait aussi la part de l’urochrome.
Pour M. Gautier, urobiline et urochrome ne sont pas synonymes ; ces deux substances se différencieraient par leurs réactions chimiques et pourraient être isolées séparément des urines,
L’urochrome est une matièrecolorante-, solide, janne, amorphe, qui se dissout dans l’eau et la colore en jaune. L’alcool la dissout difficilement, elle est plus soluble dans l’éther, les acides minéraux et les alcalis. D’après sa préparation et ses propriétés, elle se rapprocherait beaucoup de l’indican et, par l’analyse spectrale, ses raies d’absorption seraient différentes de celles de l’urobiline. M. Gautier fait de plus remarquer, contrairement à Vogel et à d'autres observateurs, que, quelle que soit la proportion soluble
d’urochrome dans les urines, leur coloration ne peut dépasser les teintes jaune, jaune ambré et rougeâtre; si la couleur d'une urine est rouge, rouge brun, brunâtre ou verdâtre, elle contient une substance colorante autre que l’urochrome et le pigment nouveau qu'on y rencontre est Yurobiline àe Jaffe.
Dans les urines normales, l’urobiline n’existe pas ou bien on la trouve en très-minime proportion . C’est elle qui donne la couleur rouge à l’urine des fiévreux et surtout à celles que l’on appelait autrefois urines bémaphéiques, c’est elle qui dans l’ictère dû à la résorption des épanchements sanguins donne aux urines des malades une teinte plus foncée. Elle dérive très-nettement de la bilirubine et peut s’obtenir artificiellement.
Maly a, en effet, obtenu par l’hydrogénation de la bilirubine au moyen de l’amalgame de sodium, un composé rouge brun (hydrobilirubine), que Jaffe et Stokvis ont reconnu comme identique avecl 'urobiline. Isolée, l’urobiline est une poudre jaune rougeâtre, elle se dissout facilement dans l’alcool et dans l’eau, surtout si elle est alcalinisée. Au contact de l’acide azotique elle prend une couleur rouge-hyacinthe vif, l’acide chlorydrique la fait passer du violet au rouge violacé. D’après M. Gautier, en s’oxygénant l’urochrome deviendrait l’urobiline.
Les détails dans lesquels nous venons d’entrer étaient nécessaires au point de vue de l’historique de la question ; mais, pour les faits qui nous occupent, il importe peu que lurochrome et l’urobiline soient ou non deux matières colorantes distinctes, deux
pigments urinaires différents, puisque l’on peut passer de l’une à l’autre par une simple oxydation. Le fait important est l’augmentation du pigment urinaire quel qu’il soit, en même temps que l’absence de toute matière colorante de la bile.
Dans le cours de ce travail, nous nous servirons, pour désigner le pigment urinaire, du mot urobiline, car c’est elle que le procédé de Jaffe a permis de retirer des urines des malades et des animaux en expérience.
Dans nos recherches sur la présence du pigment biliaire, nous avons employé chez nos malades l’acide azotique, contenant un peu d’acide azoteux qu’on avait laissé s’y former en l’exposant à la lumière. Quoique ce réactif ne soit pas d’une exactitude absolue, ainsi que nous l’avons dit déjà, il permet cependant de déceler de très-petites quantités de pigment biliaire lorsque l’on prend certaines précautions dans l’essai des urines. Nous avons plusieurs fois, sur une faible quantité d’urine contenue dans un tube effilé, fait couler le long de la paroi du tube quelques gouttes d’acide azotique qui s’étalaient à la surface de l’urine, nous n’avons jamais vu, au point de contact des deux liquides, se produire la réaction caractéristique. Ajoutons, en faveur de l’acide azotique, que si les teintes foncées, jaune rouge et rouge jaune des urines dans ces cas avaient été dues à la matière colorante de la bile, il ne se fut point agi de quantités infinitésimales de pigment biliaire, et l’acide nitrique aurait assurément révélé sa présence.
D’autres procédés moins pratiques, mais plus exacts, nous autorisent à affirmer d’une façon absolue l’absence de toute matière colorante biliaire.
Chez le malade de l’observation III, les urines, examinées chaque jour et comparées au tableau de Vogel, avaient une teinte rouge jaune, rouge brun qui s’accentua en même temps que la teinte subictérique du sujet.
Par des procédés chimiques très-précis, nous avons constaté qu’à cette augmentation du pigment urinaire ne se joignait pas la présence du pigment biliaire.
Acidifiant légèrement l’urine par l’acide acétique nous l’avons évaporée au bain-marie jusqu’à consistance sirupeuse; reprenant alors par le chloroforme qui ne dissout pas le pigment urinaire, nous n’avons obtenu aucune trace de matière colorante ; le chloroforme, complètement incolore, soumis à l’évaporation spontanée, n’a abandonné qu’un peu de matière grasse.
Reprenant par l’eau le liquide traité par le chloroforme, et faisant agir la teinture d’iode, nous n’avons pas obtenu, dans ce double essai, la teinte verte caractéristique des matières colorantes de la bile.
La solution aqueuse présentait uniquement la teinte foncée qui résulte de l’oxydation du pigment normal par l’évaporation à l’air.
La teinte foncée des urines doit donc être attribuée à l’augmentation du pigment urinaire; aux études chimiques le soin de corroborer les données de la physiologie en précisant la nature véritable de cette matière colorante et en établissant par une équation exacte les relations du pigment sanguin avec le pigment urinaire. Actuellement, l’expérimentation physiologique semble donner plein droit à notre manière
de voir sur la transformation de l’hémoglobine en urobiline.
Nous n’avons pas chez nos animaux en expérience recherché l’ictère hématique par la simple raison qu’il nous eût été impossible de le constater, soit du côté de la p eau, soit du côté des conjonctives ; il suffisait,du reste, pour l’explication de ce phénomène, d’établir que les variations de teinte des urines étaient sous la dépendance directe de la résorption des épanchements sanguins, et qu’elles ne contenaient pas de matière colorante biliaire, quitte à déterminer ensuite la nature de cette substance tinctoriale.
Frappés des analogies bien connues entre l’hémato- •cristalline et la matière colorante de la bile, quelques expérimentateurs ont cherché à transformer l’une en l’autre, mais inutilement.
A la suite des expériences d’Baumman’(1859) qui, en injectant simplement de l’eau distillée dans les veines jugulaires, produisit des urines ictériques, la possibilité de la transformation dans l’économie de l’hémoglobine directement en bilirubine semblait nettement établir l’ictère hématogène.
Nauyn, en 1868, ne fut pas aussi heureux, il injecta, sans pouvoir trouver de pigment biliaire dans les urines, des solutions d’Jhémoglohine dans les jugulaires de chiens et de lapins.
Tarcbanoff (1) a repris dernièrement ses expériences dans .le laboratoire de Hoppe Seyler ; iêO à 150 gr.
{!) Ueber die bildung von Gallenpigment aus Blutfarbstaff in thierkôrper. — Formation du pigment biliaire aux dépens de la ma ïère colorante -du sang dans l’èconamie animale. fPfiugers, Arch., 1874. Bd IX, pp. 53-65.
d’une solution d’hémoglobine injectés dans la jugulaire d’un chien donneraient des quantités incontestables de pigment biliaire dans les urines. Nous ne pouvons discuter ici cesdiverses expériences qui, exécutées de la même façon, ont fourni des résultats dissembables ; en voulant se mettre à l’abri de l’altération des urines, Tarchanoff a, croyons-nous, manqué à une des premières règles de l’expérimentation.
Qui nous dit, en effet, que les incisions faites pour recueillir les urines par les uretères n’ont pas déterminé des troubles soit dans la circulation du foie, soit dans l’excrétion biliaire ? Il ressort, au contraire, de nos expériences que l’hémoglobine ne peut se transformer directement en pigment biliaire, et que l’ictère hématogène n’est pas dû à cette matière colorante. Jamais, en effet, nous n’avons trouvé dans les urines des malades et des animaux, la matière colorante de la bile; les analyses négatives, faites dans le laboratoire de M. Gautier, nous rendent à cet égard trèsaffirmatif.
L’injection sous la peau d’un animal d’une certaine quantité de sang défibriné, à la température de 37° à 38°, provenant d’un animal de même espèce tué au moment même, est tout à fait inoffensive. L’animal n’est nullement incommodé, et les phénomènes locaux sont aussi simples qu’après une injection d’eau pure. Quelques heures après l’injection, toute trace de bosse sanguine a disparu, le sang gagne de proche en en proche, il filtre un peu dans toutes les directions, suivant les lois que nous avons énoncées. La résorption s’effectue rapidement, comme le prouve l’examen,
au bout de deux ou trois jours, des épanchements sanguins.
Nous n’avons pas toujours procédé de la sorte ; à des chiens ncms avons injecté, en quantité notable, dans le tissu cellulaire sous-cutané, du sang défibriné, froid, de bœuf, de mouton. De même que dans les expériences précédentes, nous avons constaté la diffusion prompte et étendue de la masse sanguine. Le sang s’étendait en nappe, pénétrant dans les mailles du tissu cellulaire, et se montrait dans des points très-éloignés du foyer primitif. Dans les deux cas, les animaux ont succombé avant même que des accidents locaux aient eu le temps de se développer.
Il ne nous a pas toujours été possible de recueillir la quantité totale des urines par vingt-quatre heures, et par conséquent de doser l’urobiline.
Lorsque nous nous sommes servi de petits animaux (chats et cobayes),- nous les avons tenus enfermés dans une cage en toile métallique, dont le plan cher en tôle, formé par quatre plans inclinés, présentait à son centre une ouverture destinée à l’écoulement des urines.
Une toile métallique à mailles serrées retenait les matières fécales. Pour avoir un terme de comparaison, on notait avec soin le volume et la coloration normale des urines, puis on pratiquait sous la peau de l’animal une injection de sang. Dans tous les cas, les urines, dont le volume n’avait pas sensiblement varié, se sont montrées plus foncées comme teinte, et par suite beaucoup plus riches en urobiline.
Il en a été de même pour les urines des chiens.
A l’autopsie de l’un d’eux (Expér. III), l’examen Poncet. 8
histologique nous a montré une destruction partielle des globules rouges avec passage de l'hémoglobine dans la sérosité ambiante, et de nombreux cristaux d’hémoglobine cristallisée, que nous avons fait constater par M. Robin. Ces cristaux s’offraient sous la forme de vastes tablettes rectangulaires, ayant la coloration normale du sang. Solubles dans l’eau, ils étaient d’une analogie complète avec les cristaux que l’on obtient en traitant le sang de chien défibriné par de l’éther parfaitement pur.
Dans ces conditions, en effet, l’éther exempt d’alcool ne coagulant pas l’albumine du sérum, détruit les globules rouges et permet, au bout de quelque temps de contact, d’obteair une cristallisation d’hémoglobine. Cette cristallisation d’hémoglobine dans les tissus est un phénomène intéressant; il constitue pour nous une période de transition entre la mise en liberté de la matière colorante des hématies et la formation d’hématine.
Ce fait jusqu’à ce jour n’a pas été signalé, très-probablement en raison du peu de durée des cristaux d’hémoglobine; cette substance est, en effet, d’une altérabilité très-grande et doit passer rapidement à 1 état d hématine ou d’hématoïdine que l’on rencontre au bout de peu de temps dans les épanchements sanguins.
Expérience I. Chat blanc et noir, âgé de trois mois et demi, enfermé dans la cage, le 9 août 1873.
On laisse de côté les urines des premières heures, puis, à l’aide d’un flacon fixé au plafond en tôle de la cage, on recueille les urines de vingt-quatre heures. L’animal est nourri exclusivement avec de la viande et du lait.
Pendant quatre jours, nous recueillîmes ainsi la quantité totale des urines par vingt-quatre heures, et, après les avoir filtrées, nous cherchâmes à l’aide du tableau de Vogel à déterminer leur coloration. Elle était rouge jaune; nous pûmes considérer cette teinte comme la teinte normale. Quant à la quantité des urines excrétées normalement, la moyenne des quatre jours, nous donne 198 centimètres cubes.
14 août. Les poils préalablemet rasés, injections dans le tissu cellulaire sous-cutané, sous la peau du dos et du ventre, de 30 centimètres cubes de sang défibriné, provenant d’un gros chat tué au moment de l’expérience.
Temp. rect. de l’animal avant l’injection, 39°. Par la pression du doigt, on s’efforce de r diffuser le sang dans le tissu cellulaire.
Le 15. L’animal ne paraît nullement incommodé, il est aussi gai que la veille. Temp. rect. 39° 1/10. Les piqûres seules témoignent des injections faites le jour précédent. Pas de bosses sanguines, pas d’empâtement, le sang a filtré au loin.
Urines de vingt-quatre heures, 200 centimètres cubes. Coloration plus foncée que la veille. Teinte rouge brun.
Le 16. Urines de vingt-quatre heures, 195 centimètres cubes, teinte rouge-brun. Par l’acide azotique, pas de pigment biliaire.
Le 17. Urines de vingt-quatre heures, 204 centimètres cubes, teinte intermédiaire entre rouge jaune et rouge brun. La coloration est moins foncée.
Le 18. Les urines paraissant se décolorer, nous voulûmes faire à l’animal de nouvelles injections de sang, mais, pendant l’expérience, il fut accidentellement étouffé. A l’autopsie nous cherchâmes ce qu’était devenu le sang injecté sous la peau du dos et du ventre.
Dans le tissu cellulaire sous-cutané, se trouvaient deux plaques de sang noir, à peine de la largeur d’une pièce de cinq francs, envoyant de côté et d’autres des prolongements. Cette couche sanguine mesurait 2 millimètres environ d’épaisseur. Lorsque nous l'examinâmes au microscope, l’ensemble de la préparation avait une teinte rouge-brique, toute apparence globulaire avait disparu, et au milieu de nombreuses granulations colorées, on voyai des cristaux d’hématoïdine.
Expérience IL Chat jaune et blanc de trois mois.
On prend les mêmes précautions que pour le chat précédent.
6 septembre. Injections dans le tissu cellulaire de la peau du dos et du ventre, de 25 centimètres cubes de sang défibriné, provenant d’un chat sacrifié au moment même.
Le 7. Urines de vingt-quatre heures, 197 centimètres cubes, rouge brun.
Le 8. Urines de vingt-quatre heures, 192 centimètres cubes, id. comme teinte.
Le 9. Urines de vingt-quatre heures, 203 centimètres cubes. Coloration intermédiaire entre le rouge jaune et le rouge brun.
Le 10. Urines de vingt-quatre heures, 187 centimètres cubes. Coloration rouge jaune.
Les jours suivants la quantité d’urine excrétée fut sensiblement la même, et la coloration resta rouge jaune.
Nous ne rapporterons pas des expériences analogues faites sur des cobayes, quoique nous ayons fait à peu près les mêmes remarques que pour les chats. Les urines de ces herbivores étant opaques, lactescentes en raison de leur richesse en carbonate de chaux, il est plus plus difficile d’apprécier des changements de teinte, et si, pour comparer les urines au tableau de Yogel, on les clarifie à l’aide de l’acide azotique, on s’expose par le fait seul d’une plus ou moins grande quantité d’acide, à éclaircir ou à foncer la coloration.
Les expériences suivantes exécutées sur des chiens dans le laboratoire de chimie biologique de M. Gautier, confirment de tout point les observations que nous avons faites, sur les urines des chats, après des injections de sang dans le tissu cellulaire souscutané. Quoique la quantité totale des urines excrétées en vingt-quatre heures n’ait pu être recueillie, et quoique, par cela même, il fût impossible de doser la matière colorante urinaire, deux faits importants ressortent cependant de ces expériences : 1° l’augmentation considérable de l’urobiline dans les urines de ces
animaux; 2® l’absence de toute trace de pigment biliaire.
. Expérience III. Chienne boule-dogne blanche de taille moyenne.
19 mai. L’animal étant solidement maintenu sur un chevalet, nous lui injectâmes sous la peau, à la partie interne de chaque cuisse, une demi seringue de sang de mouton défibriné, recueilli le matin même à l’abattoir.
Sous la peau de la paroi thoracique de chaque côté, nous injectâmes une seringue pleine. Total des quatre injections, 110 centimètres cubes. Faisons remarquer que dans nos deux, expériences, la canule qui servait de trocart dépassait à peine comme volume celui d’un stylet ordinaire de trousse. La canule était introduite assez profondément, mais avec beaucoup de précaution dans le tissu cellulaire sous-cutané. L’injection était poussée très-lentement, et à mesure que le sang formait tumeur, par la pression modérée du doigt, on s’efforçait de le faire cheminer.
Au moment de l’expérience, la chienne émit quelques centimètres cubes d’urine que nous pûmes recueillir. La coloration était jaune, elle correspondait au n° 3 du tableau de Vogel. Par la dilution du bichromate de potasse, on fit une liqueur étalon de même teinte que l’urine, afin d’avoir un terme de comparaison exact. Temp. rect. 40°. (On sait que l’urine, exposée à l’air, se fon;: j en couleur.)
Neuf heures après l’injection, l’animal est abattu, il se meut difficilement et paraît malade. Temp. rect. 40°. Pouls pris à la fémorale 134. On ne trouve presque pas de traces des injections faites à la partie interne des cuisses. En dehors du sternum de chaque côté se voit une tumeur oblongue, molle, non fluctuante, il semble, au toucher, qu’il y ait des caillots.
Le 20. Matin. Les bosses sanguines ont complètement disparu, au toucher on ne constate pas d’empâtement, les piqûres sont les seules marques des injections.
On parvient à recueillir quelques gouttes d’urine, qui, comparée à la liqueur étalon, a une teinte plus foncée. La coloration est rouge jaunâtre. T. R. 40° 5/10.
Le 21. L’animal est couché sur le dos, il ne fait aucun mouvement. On le place dans une caisse en tôle, lavée avec soin; à la fin de la journée, 200 centimètres cubes d’urines filtrées, ont une coloration rouge brun.
L’animal est de plus en plus abattu, il est insensible aux caresses, il peut encore se tenir debout ; mais, s’il essaie de marcher, il tombe aussitôt. Affaiblissement du train postérieur. Temp. rect. 40° 5)10.
Mort le 22 mai, à une heure de l’après-midi.
Autopsie, 20 minutes après la mort. Incision de la peau sur la ligne médiane, depuis la fourchette sternale jusqu’au pubis. On remarque que le sang a diffusé bien au delà des parties injectées, le tissu cellulaire sous-cutané, sur une grande étendue, est infiltré d’un liquide sanguinolent d’un noir foncé ou d’un rouge sale. Le sang s’est répandu uniformément, et nulle part il ne forme de tumeur. Il semble qu’en quelques points seraient survenus des abcès si l’animal eût vécu. Peut-être a-t-il succombé à des accidents septicémiques.
A l’examen histologique du sang extravasé, on notait la décoloration des hématies altérées, et en même temps la couleur rouge grisâtre du liquide inter-globulaire. On remarquait, en outre, de nombreux cristaux d'hémoglobine.
Le cœur était mou, flasque, les divers organes n’offraient aucune altération. Vessie revenue sur elle-même, point d’urine.
La peau du ventre et des mamelles, au niveau de l’épanchement sanguin, commençait à se colorer en rouge.
L’analyse des 200 centimètres cubes d’urines, faite par M. Cazeneuve, suivant le procédé que nous avons décrit, démontra qu’elles ne contenaient pas la plus faible trace de matière colorante de la bile (1). Il isola, au contraire, une quantité notable d’urobiliné par le procédé de Jaffé.
Expérience IV. Chienne boule-dogue rouge de taille moyenne.
22 mai. Avant l’expérience, urines de coloration jaune. Temp. rect. 40°. Injection de 70 centimètres cubes de sang de bœu défibriné, en deux points dans le tissu cellulaire sous la peau des régions thoraciques droite et gauche. Bosses sanguines.
Le 23. L’animal n’est pas abattu comme le précédent. On recueille 50 centimètres cubes d’urines qui, filtrées, ont une teinte jaune rouge.
Temp. rect. 40° 1110.
Le 24. Matin. La chienne est couchée dans la caisse en tôle, les paupières sont closes, elle ne répond en aucune façon à la voix. On recueille dans la caisse 75 centimètres cubes d’urine, d’une coloration rouge jaune foncé, se rapprochant de la teinte rouge brun (2).
L’animal crève dans la soirée.
(1) Voyez p. 56.
(2) Cette richesse en urobiline ne peut être rapportée à l’état fébrile de l’animal, c’est-à-dire à une exagération des combustions organiques. La température rectale, en effet, est restée à peu près normale , elle ne s ? est pas élevée de plus de 5/10 de degré.
Autopsie, 15 minutes après la mort. Par la dissection, on voit que le sang a filtré dans le tissu cellulaire sous-cutané des régions thoraciques et abdominales*, à rincision, il s’écoule des gouttes d’un sang noir fluide. Dans ce sang examiné au microscope, on remarque très-peu de globules rouges, ceux qui existent sont déformés 5 quant au liquide inter-globulaire, il a une coloration jaunâtre.
Dans différentes préparations, nous n’avons pas trouvé de cristaux. Au pourtour des piqûres, on percevait de la crépitation gazeuse.
Les urines ont été soumises aux mêmes procédés d’investigation que celles de l’autre chienne, elles ont été trouvées sans pigment biliaire, mais en revanche très-riches en urobiline.