‹ De l'Ictère infectieux chronique splenomégaliqueChapitre 23 sur 30 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

Sophie V..., âgée de 50 ans, journalière, entrée le 27 décembre 1897, salle Moïana, n° 14 bis. 2

Antécédents héréditaires. — Père mort jeune, de cause inconnue. | Aa

Mère morte à 45 ans d’une tumeur abdominale (?).

Deux frères et une sœur bien portants.

Trois frères morts un à 24 ans de cause inconnue, un autre à 20 ans d’une angine, le dernier à 26 ans accidentellement.

Mari mort d'affection pulmonaire à 32 ans.

Remariée. Mari bien portant.

N'a jamais eu d'enfant.

Antécédents personnels. — Ne se rappelle avoir fait aucune maladie d'enfance.

. Réglée à 15 ans régulièrement. Rien d’'anormal de ce côté. Ménopause à 45 ans.

Jusqu'à il y a environ 10 ans la malade s’est toujours bien por-

tée, aucun signe de tuberculose ni de syphilis. Son travail consistait à mettre des conserves en botte.

S'est toujours convenablement nourrie, mangeant à des heures régulières et ayant tout le temps nécessaire pour manger tranquillement.

- N'a jamais fait d’excès de boissons. Deux fois par jour du café, mais sans liqueurs. Ne présente du reste aucun signe d’éthylisme.

Il y a une dizaine d'années, à Pâques, vers deux heures de l'après-midi, elle se sent subitement mal à l'aise et est prise de douleurs très violentes dans l'hypocondre droit, douleurs irradiant vers l'épaule ou plutôt entre les deux épaules, et arrachant des cris à la malade. Il ÿ aurait eu des vomissements bilieux (P), amers. Les douleurs durèrent toute la nuit et le matin la malade se fit amener en voiture à l'hôpital Saint-Antoine. Dans la journée, à l’hôpital, elle aurait eu des vomissements abondants de matières solides, noirâtres, ressemblant à de gros caillots sanguins (la malade dit qu’elle vomissait son foie en morceaux). En outre, elle était en proie à une dyspnée violente la forçant à rester assise dans son lit. Cette crise douloureuse qui ressemble assez à une colique hépatique avec hématémèse, fut suivie d’un soulagement marqué mais aussi de l'apparition d’un ictère très foncé, plutôt verdâtre (cet ictère aurait été précédé depuis quelques jours, au dire de la malade, par un léger subictère). Pas de renseignements sur l'aspect des matières à cette époque. Après un séjour de trois semaines à l'hôpital où elle fut soumise au régime lacté, la malade rentre chez elle, ne souffrant plus, mangeant de bon appétit, mais présentant encore une teinte ictérique manifeste. Elle fait son ménage, mais pendant un mois sé sent encore fatiguée.

Depuis lors, à part quelques malaises durant 2 à 3 jours, elle a toujours pu vaquer à ses occupations. Ces malaises se traduisent par la disparition de l'appétit, quelques douleurs épigastriques, des vomissements d’abord alimentaires, puis muqueux.

En même temps la teinte, qui, dans l'intervalle, restait toujours subictérique, devient plus foncée.

Pas de fièvre.

nn

Ni constipation, ni diarrhée.

La malade n'a plus présenté d’hématémèses et n'a pas remarqué si ses selles étaient quelquefois noires.

Le jeudi 23 décembre 1897, dans l'après-midi, elle est de nouveau prise de douleurs dans la région hépatique. Ces douleurs sont très violentes, restent bien localisées, sont accompagnées de vomissements bilieux, jaunâtres, très amers. Douleurs et vomissements durant toute la nuit, puis tout se calme.

Le lundi suivant, la malade vient à la consultation de l’hôpital et rentre dans le service.

État actuel, 27 décembre :

On est frappé par la teinte subictérique plutôt qu’ictérique de la malade : cette teinte est plus foncée au niveau des conjonctives.

Rien d'anormal du côté du tronc et de l'abdomen.

Varices aux jambes : A la partie inférieure et interne de la jambe droite se voit une cicatrice lisse et pigmentée d’un ulcère quis'ouvre de temps en temps.

Femme bien conformée : elle n'est pas très grasse, mais ne semble pas avoir maigri notablement.

Appareil digestif :

Dents en très mauvais état.

Langue propre.

Rien du côté du pharynx.

Estomac : La percussion, la recherche du clapotage stomacal montrent que la grande courbure descend jusqu'à deux travers de doigt au-dessous de l'ombilie.

Suceussion hippocratique.

L'estomac est donc manifestement dilaté, mais il n’est douloureux ni spontanément, ni à la pression.

La palpation de l'abdomen ne permet pas de sentir de boulettes fécales retenues dans l'intestin.

Les selles sont régulières et non décolorées.

Pas d'hémorrhoïdes.

Foie. — Dépasse le rebord des fausses côtes de deux travers de doigt environ.

Di

Sa consistance semble normale.

La vésicule biliaire n’est pas sensible.

La palpation du foie n’est pas douloureuse.

Au-dessous du foie on sent le rein droit prolabé.

Rate. — Elle est énorme et dure.

Elle n'est pas douloureuse à la pression.

La palpation fait sentir nettement son bord antérieur et inférieur mince et dur, avec une encoche en avant sous le rebord des fausses côtes.

Le diamètre vertical atteint 21 centimètres.

— EANSVErS Al NS —

Elle atteint l’ombilic sur la ligne médiane.

Son bord inférieur est à 7 centimètres de l’épine iliaque antérieure et supérieure.

Une ponction pratiquée par M. Thiercelin, le 5 janvier, n’a ramené qu'une très petite quantité de sang, dont l’ensemencement n'a rien donné, non plus que l'examen direct.

Appareil respiratoire :

Ni toux, ni expectoration.

Rien à la percussion ni à l’auscultation.

Appareil circulatoire :

Le cœur est normal. La pointe bat dans le quatrième espace en

dedans du mamelon.

Bruits réguliers, bien frappés.

Pas de soufiles.

Le pouls, un peu faible, est régulier. Il bat à 72.

Appareil urinaire :

Rein droit abaissé, sensible sous le foie, non douloureux.

Les urines foncées ne contiennent ni sucre, ni albumine.

Pas de réaction de Gmelin.

Urobiline en abondance.

Appareil génital :

Rien à signaler.

Ménopause il y a 5 ans.

AN re

Appareil nerveux :

Pas de troubles de la sensibilité, ni de la motilité.

La malade ne dort pas bien, mais n'a pas de cauchemars.

Traitement :

Régime lacté absolu.

17 janvier. Depuis son entrée dans le service, la malade n'a rien présenté d’anormail : elle n’a point eu de crises douloureuses.

Sa teinte subictérique est permanente,

Seule la rate présente quelques modifications : sa consistance reste la même, mais son volume a diminué d'un travers de doigt environ dans tous ses diamètres.

Au point de vue des symptômes fonctionnels, la malade se trouve très bien. Toujours au régime lacté, elle ne cesse de réclamer à manger.

Les selles sont régulières et de coloration normale.

L'urine contient toujours une quantité notable d'urobiline.

Pas de température.

Le 20. État stationnaire.

La malade refuse de se laisser tuber, de se laisser examiner le sang à nouveau.

Le 21. La malade quitte le service sur sa demande.

EXAMEN Du sANG, 4 janvier 1898 :

R = 1.255.694 G=—= 1087 Be

Examen du sérum, 4 janvier 1898 :

Le sang recueilli par piqüre au doigt vient assez facilement. Sa couleur est normale.

Coagulation en 10 minutes environ.

Déjà au bout de 20 minutes on voit une quantité appréciable de sérum.

La rétraction du caillot est complète au bout d'une heure et demie environ.

se

Le sérum a une teinte jaunâtre, un peu plus foncée que norma-

lement.

Avec l'acide nitrique on trouve un léger liséré bleuâtre.

13 janvier. Les résultats de cet examen sont presque calqués sur

ceux du 4 janvier.

La réaction de Gmelin semble plus accusée que la première fois.

Examen des urines, 18 janvier 1898 :

Gite Re cu tes CNOEUrTeS Rs re Phosphates........

Élu Acide urique.......

ANDUMINER Eee Mucine: rc srue Peptones.:........

Pigments biliaires.….

ET Tan lue: RO Pre Lirobiliné she Glucose. ue

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