‹ De l'idée de la mort en Grèce à l'époque classiqueChapitre 3 sur 20 · IV AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

IV AVANT-PROPOS

intelligents et des faibles d'esprit , des croyants et des incr6dules. Mais les disparates 6laient bieii moindres, et il sen fallait que les differences fussent aussi sensibles. A tout prendre, les citoyeas 6taient le petit riombre : de par la constitution m^me de I'^tat, gr&ce ci I'organisation de la cit6, a I'exislence des classes serviles, aux « demicitoyens, » strangers ou mdteques, une minority dirigeait les affaires et formait I'opinion. Cette 6lite, d'esprit curieux, nalurellement intelligente, 6tait, de plus, i la meilleure des 6coles : la pratique des triburiaux, le soin constant des inter^ts publics, la vue des ceuvres d'art, le spectacle des Ktes, I'audition des drames sacr^s, tout contribuait h I'affiner et k d^velopper son goiit. Par suite, le peupte 6tait, inQniment moirts que partout ailleurs, s6par6 de la classe lettree : les auleurs, poetes, historiens ou philosopbes, 6taient, ou pen s'en faut, tt son niveau, ou tout au moins n'expriraaient rien qu'elle ne pilt comprendre, Aussi partageait-elle en quelque raesure leurs sentiments et leurs pensfies. Et nous sommes assures de trouver dans ces textes 6crits plus d'un endroit ou les id6es courantes n'ont pas 6t6 modi06es ; la forme en est seulement plus pure et plus saisissante, mais le fond est le mfime, et, sur ces points, I'auteur etait en communion complete avec son auditoire ou ses lecteurs.

Matgr6 cette conformite de pens^e g6n6rale entre les 6crivains et le public, il pouvait y avoir des cas ou I'opinion exprim^e etait particuU6re a celui qui I'enon^ait et la d6veloppait. Les jugements individuels ne sont guere plus rares dans la litterature grecque que dans toute autre litt6rature. Mais la difEcuIte de les distinguer, qui n'est parfois que trop reelle, n'est pas particuliere a notre etude. En tout etat de cause, il est souvent malaise de separer les cas oil I'auteur parle et oil il fait parler ses personnages, ceux oil il donne son opinion et ceux, au coiitraire, oil il exprime I'opinion generale. Si dtilicat que soit le discernement de ces coujonctures diverges, il ne semble pas qu'il soit impossible, et il n'a gu6re arr6t6 les historiens de la litterature. Aussi bien la difBcuUe est d'ordre

Page 1