‹ De l'idée de la mort en Grèce à l'époque classiqueChapitre 4 sur 20 · AVANT-PROPOS. V · texte numérisé non relu

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prevu, et, partout ou nous pourrons nous appuyer sur une serie d'opinions concordantes, nous serons Slirs qu'il n'y a pas la simple coincidence ni rencontres purement fortuites : nous y verrons Texpression d'un sentiment commun et d'idees ^eneralement recues. Dans tel ou tel cas isol6, nos exemples pourront etre contestes ; nous mettrons notre efifort a reduire le nombre des objections possibles et a ne rien avancer qu*une serie de temoignages semblables n'etablisse et ne vienne confirmer.

Quant aux poetes tragiques, ce serait se tromper 6trangement que d'y voir, comme dans certains poetes alexandrins, des 6rudits et des archeologues. lis se preoccupaient fort peu de reconstituer les choses du passe et d'elablir* entre les legendes qu'ils mettaient en scene et Tepoque historique a laquelle ces fables les reportaient, une liaison manifeste et sensible. La civilisation mycenienne, depuis longtemps disparue, leur 6tait absolument inconnue, et Ton eut fort 6tonne Sophocle si Ton avait donne pour decor k ses tragedies les palais qu'avaient habitus les anaktes acheens ou minyens. Les poemeshomeriques, si eloignes encore des fails qu'ils chantaient, et dont quelques parties etaient par contre si voisines de leur 6poque, formaient presque toute leur science et satisfaisaient a toute leur curiosity. Sauf des cas exceptionnels et tenant a de rares coutumes disparues, ils n'imaginaient pas leurs personnages autrement que comme des contemporains ; ils leur pr^taient les sentiments et les passions qu'ils auraient eux-m6mes ressentis, les pensees qu'ils auraient eues a leur place. Comme ces sentiments, ces idees etaient celles de tout Athenien, celles des juges qui decidaient du combat dramatique , comme des simples spectateurs qui les entendaient et qui les voyaient exprimer. — D'autre part, il est vrai que le sujet choisi imposait certaines consequences necessaires et que les passions etaient parfois outrees, comme il convenait a cles situations singulieres et tout exceptionnelles, mais on sait avec quel art et quel souci de la verite les poetes attiques ont su attenuer ces discordances et rendre vraisemblable et humain

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Irame strange et barbare qu'ils avaient a trailer. D'ail-

's, les mSmes l6gendes ont et6 souvent mises k la le, par Escbyle comme par Sophocle, par Euripide ime par tous les dramaturges secondaires dont les !es ne nous ont pas 6te conservees ; dans ces chefsuvre, les passions dominantes, imposees par la silua- 1, 6taient forcement identiques ; d'ou venait pourtant liff^rence des drames? De ce que la forme oil s'exprient ces sentiments etait infiniment vari6e et diverse, ;e que les arguments employes n'etaient pas les mfimes jue I'esprit en etait parfois oppose. Or ces raisons , quelles chaque poete a recours, ne sont pas toutes gin6es par lui ; le fond en est empruntfi aux id^es eoules et aux arguments populaires. Et c'est ainsi quo, la ; faite de I'individualite du poete, les tragedies peuvent s repr^senter des conceptions de la vie diEferenles, et 3 montrer, d'epoque en 6poque, le progres des opinions 'ennes.

nfin, k supposer m^me que tous les documents 6crits ;nt suspects de parti cularisme et d'exag6ration, ne nous e-t-il pas la ressource des monuments figures? Je sais ci encore il faut fairs des reserves et ne pas ouhlier les ditions mfimes de I'art ; toute peinture ou tout bas- 3f n'a pas pour premier et pour unique objet de nous ruire, ni m6me de nous emouvoir ; la maniere dont un it donn6 est traits, le choix des details, le style m6me 'oeuvre peuvent trahir inrtireclement, voire m^me invoairement, une Intention dotermin^e chez le peiutre ou 1 le sculpteur, mais une interpretation, souvent deliet dangereuse, est alors necessaire. — Cette reserve !, nous sommes stirs d'avoir la des oeuvres qui repont au golit public, car non seulement elles etaient vues ippr^ciees par tous, mais la plupart des monuments iraires etaient faits a I'avance et devaient s'appliquer j distinction, et souvent sans ajustage ni raccord, k i les cas que Ton pouvait pr6voir. N'etant faits pour ionne, ils devaient convenir a tous; aussi devaient-ils ■imer des id6es courautes et represenler la moyenne

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des' exigences populaires. — Nous avons done la tous les 6l6nienls d'une contre-enqu6te dont les r6sultats sonl decisifs et incontest6s. Si elle confirme nos premieres conclusions, auxquelles T^tude des textes nous aura seule conduits, nous pourrons 6tre assures que celles-ci sont certaines ou du moins les plus certaines qu'il se puisse. Nous aurons- atteint , par ces recherches successives et contradictoires, a toute la verite que comporte notre sujet.

Pour toutes ces raisons, il ne semble pas que nous nous proposions rien qui soil irrealisable, ni qu'il nous soit impossible d'atteindre. Les id6es moyennes sont, en Grece plus qu'ailleurs, exprimees par les ecrivains; ceux-ci formeront done les elements premiers de notre 6tude. En y ajoutant les usages et les lois funeraires, les influences des religions mystiques, et, en dernier lieu, les monuments, nous aurons les moyens les plus divers de connaitre les idees courantes et les sentiments communs k tous les Grecs. Si nous y 6chouons, la faute en sera, non aux ressources insufiBsantes que nous aurons eues a notre disposition, mais k Temploi mal habile que nous en aurons fait.

Ainsi, Tobjet de notre etude reste nettement deflni. Nous voulons rechercher, — et nous avons montre que nous pouvions le faire, — comment les Grecs du cinquieme et du quatrieme siecle se representaient leur mort prochaine et quelle influence ces idees pouvaient avoir sur leur conduite et sur leur maniere d'envisager la vie.

Or, il nous semble , — et nous essaierons de le d6montrer par la suite, — que, sur ce point essentiel, les idees des Hellenes out change du tout au tout dans la periode riiSme que nous etudions. La mort, d'abord tenue, ou peu s'en faut, pour complete et totale, est bient6t presqu'universellement regardee comme un moment de transition et comme un simple changement de I'^tre : par suite, la vie, d'abord priiicipe unique d'acliou, tend a n'etre bient6t plus que la preparation, plus ou moins directe et s6rieuse, k une existence ulterieure et prochaine.

Dans ces conditions, notre plan sera simple.

Dans une premiere partie, nous chercherons comment,

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