‹ De l'idée de la mort en Grèce à l'époque classiqueChapitre 8 sur 20 · L^IDEE DE LA MOM · texte numérisé non relu

L^IDEE DE LA MOM

n*etaient pas sinc^res. EUe n'^tait pas plus t6t venue qu'ils la pr6f6raient au tr^pas (1).

Aussi ne se r6signaient-ils pas k croire qu'un tel fleau ptlt 6lre la condition n^cessaire de la nature humaine. II fallait qu'une cause sup6rieure, divinity jalouse ou chatiment supraterrestre, ou se jouat m6chamment de Thomme, ou le punit de forfaits inconnus. Tant6t c'est Ar^s qui se repait du sang des mortels (2), tant6t la Fatalite, champ funeste, dont la moisson est la mort (3). A cette conviction se rattache la croyance, fr6quemment exprim6e par les pontes et les historiens, que les crimes inexpi^s des anc^tres poursuivent leurs descendants. Le chdtiment, sous quelque forme qu'il s'exer^at, 6tait toujours la mort. Le mystere qui s'attachait k ces exemples tragi ques, les legons m^morables qu'on en tirait ajoutaient a la frayeur naturelle qu'on avait de la mort.

II ne faudrait pourtant pas croire que le peuple grec v^cilt dans I'oppression continiielle et dans la terreur non ralentie de la mort. Avec leur imagination singulierement/vive et leur mobility, toute m^ridionale, d'impressions, les Grecs avouaient de bonne gr§,ce, et sans pudeur aucune, tout sentiment qu'ils ressentaient. Aussi n'h6sitaient-ils jamais a se contredire et ne cessaient-ils point alors d'etre naifs et sinc^res. Quand ils pensaient a la mort, ils la craignaient et s'effrayaient de sa venue prochaine, mais rien ne les contraignait d'y penser toujours. Et ils 6taient trop insouciants , ils avaient Tesprit trop libre de pr6jug^s superstitieux pour ne pas gouter sans reserves la belle vie facile qui leur 6tait faite et pour s'inqui^ter outre mesure d'un mal qu'ils ne pouvaient emp^cher.

La preuve qu'ils n'avaient pas I'esprit tourn6 uniquement de ce c6t6, c'est que leur enfer n'^tait pas, comme celui des Etrusques, peuple de figures grimagantes et hideuses qui maltraitaient et torturaient le mort. Certes, nous verrons qu'ils avaient aussi leurs monstres infernaux, mais ils 6taient et moins nombreux et reserves a la punition de crimes tout exceptionnels. Pour toute autre faute, comme pour le commun des tr^passes,

(1) Antiphane, fr. 238 (Kock).

(2) Eschyle, Perses, v. 230.

(3) Eschyle, Les Sept^ v. 588.

3 l'idi5e de la. mort en grece a l'^poque CLASSIQUE. joies 6taient incertaines et pr^caires, les douleurs 6taient et I'absence de plaisirs 6tait peut-6tre la plus forte d'entre

s la raison principale est que leur conception de la vie lifFfirente ; non seulement ils la tenaient pour agreable et souverainement desirable , mais ils la regardaient comme ;n divin , et la crainte d'en 6tre un jour priv6 ne pouvait, devait mfime, les empteher d'en jouir librement. En agir nent e6t Ht non seulement folic, niais presque un sacrilant I'existence leur paraissait une favour qu'ils n'avaient ,6rit6e et dont ils 6taient comptables envers les dieux m&- Aussi se fussent-ils jug6s impies, s'ils I'avaient souill6e ■egret et s'ils I'avaient profan^e par leurs plaintes.

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