‹ De l'identité de certains maîtres anonymesChapitre 2 sur 8 · I. — AELBRECHT BOUTS · texte numérisé non relu

I. — AELBRECHT BOUTS

ET

le Maître de l'Assomption.

Le tableau-type de V Assomption qui a servi à grouper les œuvres du maître et à lui donner une désignation provisoire est un triptyque, avec portraits de donateurs sur les volets, lequel se trouve au Musée de Bruxelles (Catal. officiel n*" 70 = Catal. Wauters n^ 534), en compagnie de six autres peintures de la

même main. Le maître dailleurs nest pas rare, il se rencontre dans grand nombre de musées et de collections particulières.

Déjà M. Edw. van Even avait identifié l'Assomption du Musée de Bruxelles (auparavant attribuée à Hugo Van der Goes (Waagen) à l'inévitable et insaisissable Gérard Van der Meere, à Gosvyin Van der Weyden, etc.) — avec une œuvre citée par l'exact historien louvaniste Molanus, comme exécutée par Aelbrecht Bouts, le second fils de Dieric, pour la chapelle de Notre-Dame du petit chœur, dans l'église collégiale de St. -Pierre à Louvain. Ainsi qu'on va le voir, cette identification était fondée, bien que la preuve ne fut pas alors fournie.

M. Friedlânder; s'appuyant sur les liens d'élève à maître qui rattachent l'œuvre du peintre anonyme à Dieric Bouts, concluait dans le même sens, et, sans connaître ces travaux, nous étions déjà arrivés par la même voie à la même attribution, lorsque notre attention se porta sur les armoiries que présentent les volets du triptyque de Bruxelles.

Celles-ci, mieux qu'une signature, dont l'authenticité pourrait être suspectée, fournissent la preuve complète et indéniable de l'identité du maître.

En effet, le volet senestre du triptyque contient les portraits d'un homme et d'une femme, d'âge mûr, l'un et l'autre agenouillés. Dans les airs, au-dessus d'eux, un ange tient un écu : d'azur à trois écussons

'argent (qui est du métier des peintres), au chef de 'ueules chargé de deux carreaux d'arbalète, (vulgo : èches émoussées) en sautoir, surmontées d'un A.

Ce blason prouve que le personnage représenté st un peintre : son écu représente ses armoiries de imille, combinées avec celles de sa corporation (nous ourrions citer d'autres exemples d'une telle pratique, urtout chez des doyens de métiers). — Or ces careaux d'arbalète constituent des armes parlantes, car out, en flamand, signifie clieville, et spécialement : arreau darbalète ; c'est pourquoi ce meuble figure ans les armes de la plupart des familles dont les lOms se terminent en bout ou haut: Aerlebout, Baut ie Rasmon; Everbaut, Rombaut, Spillebaut, etc. — lien plus, voici un personnage appartenant vraisemilablement à une branche de la famille du peintre, ar ses armes comme son nom sont trcs semblables : .'Armoriai de Gand de iSjS, cite parmi les officiers es échevins des Parchons, un 7055e Btiu/, lequel porte in écu écartelé, dont le i^"^ et le 4""^ quartier sont : te gueules à deux flèches en sautoir.

Enfin, ce qui ne laisse aucune place au doute, n remarquera qu'Aelbrecht, sans doute afin de se listinguer de son frère aîné, peintre comme lui, a itroduit dans son écu un A, initiale de son nom de •aptême.

Aelbrecht figure dans ce tableau à titre de donateur ïvec sa seconde femme : Elisabeth de Nausnydere).

De cette circonstance, jointe au sujet du triptyque, il résulte que celui-ci est bien, comme l'avait deviné M. van Even, le retable dont Molanus parle en ces termes : « Albertus Bouts, filius Theodorici, multa dévote Lovanii depinxit ad Augustinenses et alibi. Cappellae beatae Mariae donavit, in parvo choro, Altare Assumptionis beatae Mariae y quod audio eum non potuisse triennio absolvere. »

Le volet dextre représente un autre personnage, auquel le peintre cède donc la préséance; celui-ci, qui paraît plus âgé, porte d'autres armoiries, et, circonstance curieuse, ressemble à Aelbrecht Bouts. Ne peut-on songer à Henri van der Bruggen, dit Metten Gelde, son oncle maternel, qui avait été son tuteur? — Il serait intéressant de rechercher à quelle date celui-ci mourut.

Il y a lieu d'observer en effet qu'Aelbrecht ne ressemble pas du tout à son père. Autant celui-ci avait le visage allongé, autant le fils cadet a la face arrondie, aux gros yeux saillants. Nous le connaissons ' par d'autres portraits :

Dans le chef-d'œuvre de Dieric Bouts : la Cène^ de Louvain, la muraille du fond est percée d'un guichet ouvert : pass'e-plats, à travers lequel on aperçoit deux jeunes gens. L'un, maigre, aux joues creuses, ressemble au portrait que Lampsonius donne comme celui de Dieric Bouts père: c'est sans doute le fils aîné, nommé aussi Dieric, qui mourut relativement

— L'autre, gros, aux yeux à fleur de tête, nous : de reconnaître facilement, en très jeune, notre cht Bouts, lequel était appelé à atteindre l'âge

de plus de quatre-vingt-huit années, circonstance cplique à la fois l'abondance de sa production, iversité d'aspect de quelques-unes de ses œuvres. DUS croyons reconnaître abssi son portrait, assez lirement exécuté par lui-même, dans un petit 1 du Musée de Bruxelles : Jésus chei Simon

officiel n'^ 5o « école de Schongauer, catal. rs, 626 « inconnu »), copie en sens inverse d'un 1 de son père, lequel appartient à M. Thiem lî" 39), avec lequel il présente la différence que ine donateur est remplacé par un adolescent . Il y paraît très jeune encore, et l'exécution ilredit pas à cette supposition; elle est fort inex- ;ntée,

ans la petite Cène du même Musée (catal. officiel Thierry Bouts," catal. Wauters n" 542 « inconnu ») ; peut-être encore voir un portrait de notre : dans un personnage debout à senestre. Assomption de Bruxelles n'est pas le seul tableau irte la marque non équivoque d'Aelbrecht Bouts.

en est de même de \' Annonciation de la Pinacothè-

Munich (n" 1 14). Celle-ci, qui est encore étrangeattribuée à « Hugo van der Goes » (sans doute ; de Waagen, qui avait créé un pseudo-œuvre de er Goes à l'aide des tableaux d'Aelbrecht Bouts},

montre, dans la verrière de la fenêtre, trois écussons : i" au milieu, en haut : de gueules à la fasce d argent (armes de la Ville de Louvain), 2"" plus bas, à dextre, les armes d'Aelbrecht Bouts : d'azur à 3 écussons d'argent (corporation de S^ Luc), au chef chargé de 2 carreaux d'arbalète en sautoir, surmontés d'un A, donc comme ci-dessus, sauf que le champ du chef est ici laissé en blanc ; enfin 3^ à senestre : un écu chargé d'un monogramme formé comme suit : un A, sur le pied du premier jambage duquel vient s'appuyer une croix. La traverse de l'A est constituée par un os, nouvelle allusion au nom du peintre (de même que lé mot français cheville a une seconde acception anatomique, de même le mot flamand bout signifie aussi Vos de la cuisse, d'où, par extension, gigot). Cette signature qui rappelle celle du peintre italien Dosso Dossi, se complète par une lettre plus petite placée au-dessous : le catalogue de la Pinacothèque reproduit celle-ci comme un R, mais nous croyons qu'il faut y voir un P, à la hampe barrée obliquement : abréviation ordinaire de pinxit ou pingebat.

Une annonciation analogue se trouve au Musée de Berlin (n"" 53o) De nouveau, le vitrail est orné de trois écus : le premier est celui de Louvairij le deuxième est chargé de 3 signes que nous n'avons pu déchiffrer, et le troisième est Técu de la confrérie de S^ Luc (cette fois sans les armes de la famille). C'est sans doute le deuxième écu qui contenait la désignation personaelle.

y a fort peu de peintres du XV' siècle, ou ■■, dont il nous reste des œuvres qui présentent des ; d'identification aussi variés et aussi sûrs que je nous venons de citer. Il faut vraiment qu'Ael- Bouis n'ait pas eu de chance pour que de ionasmes de signatures soient restés méconnus 2mps. On peut sans inconvénient, nous semble-t-il, tomber désormais l'appellation : Maître de iption, et la remplacer par le nom d'Aelbrecht

>ur la biographie de celui-ci, voir : L'ancienne

'e Peinture de Louvain, par Edward van Even. —

es-Louvain 1870, pp. 144 à i53.

îxposition de Bruges contient deux œuvres de

:ux volets avec donateurs et patrons, n" 141 et

■ et deux volets joints : Le Buisson Ardent et

son de Gédêon, n" 41.

- JOOS VAN DER B£KE dit VAN CLEVE

le Maître de la Mort de Marie.

est à MM. Justi et Firmenich-Richarlz que revient ;ur d'avoir proposé l'identification de cet impor-

tant maître anonyme avec Joos Van dèr Beke dit van Cleve, peintre reçu dans la gilde de S* Luc à Anvers en i5ii et décédé dans la même ville, en 1540.

Nous n'entrerons pas dans l'exposé des raisons qu'on a invoquées en faveur de cette identification, ni des difficultés qu'elle peut présenter, nous contentant de renvoyer aux travaux des auteurs que nous venons de citer ; nous nous bornerons ici à apporter quelques faits nouveaux, ou que du moins nous croyons inédits.

On sait que le Maître de la Mort de Marie montre dans son oeuvre à la fois une profonde influence de Quinten Massys, et une proche parenté avec un maître colonais : Bartholomaeus Bruyn, quelque peu son cadet. L'un et l'autre semblent avoir subi l'influence du maître harlemois Jan Joest, qui peignait à Calcar de i5o5 à i5o8, puis retourna à Harlem en iSog et y mourut. — Tout cela s'explique fort bien, si Bartholomaeus Bruyn a été l'élève du maître de la Mort de Marie, ou si du moins l'un et l'autre se sont formés à la même école (dans le pays de Clèves)

Le nom de Joos van der Beke dit van Clepe, ne suffirait pas à prouver que le peintre était, lui-même, originaire de cette ville, car il pourrait Tavoir hérité : on trouve le nom pan Clepe, avant lui, dans le registre des peintres d'Anvers. 11 faut donc prouver que Joos avait complété son éducation technique, et même formé sa personnalité artistique, dans une partie de ses traits essentiels, apant son arrivée à Anvers en 1 5 j 1 .

i la preuve : jusqu'ici, on n'a cité de lui que ;aux datés de i5i2 à i525.

Musée du Louvre possède un tableau qui est nent une œuvre de jeunesse du maître : ce vo\ets d'Adam et Eve (don de M. Lemonnier).

ts sont doublement datés : iSo^, donc quatre it la réception à Anvers de Joos van Cleve.

t à remarquer : i^ que le maître avait donc i maîtrise avant le départ de Calcar de Jan •que Bartholomaeus Bruyn, né en 1493, a pu 1 apprentissage chez Joos van Cleve avant le le celui-ci pour Anvers. Il est à noter aussi Adam et cette Eve présentent déjà tout fortraits typiques du S' Georges et de la S'* Chrisson œuvre-type : le retable de la Mort de (Pour Eve, cf. aussi la S« Vierge, de la ille de Bruxelles.)

le Maître de la Mort de Marie travaillait Anvers et non à Cologne (malgré les nomcommandes qu'il reçut de cette ville), c'est ce ive, entre autres, l'œuvre du Maître brugeoh ■Satig (voy. n*^ 360 de ce catalogue; cf. n" 126 i5). Ce peintre est un Brugeois, qui a subi :e de l'école d'Anvers, alors si brillante. Il anifestement Quinten Massys et le Maître de de Marie. Or il ne serait certainement pas rcher ses modèles à Cologne.

Maître de la Mort de Marie est représenté à

l'exposition de Bruges par un bon portrait de luitnêmey appartenant à M. Richard von Kaufmann (n^ 259), par ï Annonciation de M. Porgès (n° 276) et par le Calvaire de M. Kleinberger (n** 347).

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