‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 100 sur 150 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

que les circonstances dans lesquelles on a pris ce repas, les convives près desquels on a pris place, les propos qui Tont égayé, lamine appétissante des mets.

L'idée des sensations de la vie organique renaît encore plus difficilement. Essayez d'imaginer la sensation de la faim, vous n'y arriverez qu'avec peine, et vous ne pourrez guère penser qu'aux circonstances dans lesquelles se produit la faim; la difficulté sera presque insurmontable si justement vous venez de manger. Il est difficile de se représenter, même à un faible degré, la douleur d'une coupure ou d'une brûlure, ou du mal de tête. Cependant la mémoire de ces sensations ne se perd pas tout à fait, comme l'atteste la vive sympathie que l'on ressent pour ceux qui les éprouvent.

Les idées que nous laissent les sensations d'odeur semblent de toutes les plus obtuses, les moins durables, les moins promptes à revenir. On nç conserve que celles que nourrit une expérience quasi-quotidienne. Il faut presque toujours une excitation extérieure pour les renouveler, et alors même, on ne s'y arrête que rarement. Leur rôle est à peu près insignifiant dans l'ensemble des conceptions.

On voit en somme que, parmi les perceptions, celles-là ont la plus grande aptitude à renaître qui sont le plus notre œuvre, où nous avons mis le plus de notre activité et de notre intelligence. C'est, je crois, Maine de Biran qui a fait le premier cette remarque. Dans les perceptions de la vue, presque tout est acquis. On ne peut avoir quelque idée de l'étendue colorée, des dimensions des objets, de leur situation relative, de la distance à laquelle ils sont de nous, que par une série de mouvements volontaires ou instinctifs des yeux ou de la tête; et il faut que l'esprit compare et interprète les mille petites sensations musculaires qui accompagnent ces mouvements. L'ouïe est déjà plus simple; elle s'exerce pourtant encore par un organe compliqué, et suppose de petits mouvements dans les muscles de l'oreille interne; elle exige de plus le travail d'intelligence nécessaire pour compter le nombre des vibrations, travail inconscient, à la vérité, mais très-réel, et qui, comme tout autre mode de l'activité spirituelle, devient plus facile et plus sûr par l'habitude. Le tact, à peu près passif dans les sensations de température, devient actif, au contraire, lorsqu'on s'en sert pour apprécier

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