CHAPITRE IX
Ce qui dépend de nous, ce n'est pas de penser à quelque chose ou de n'y pas penser, mais de nous arrêter à cette pensée, de façon à Téclairer et à la compléter, ou bien, au contraire, de nous laisser entraîner à une autre. Nous sommes tout à fait passifs dans le premier moment que l'image apparaît. Et en effet, elle n'apparaît que parce qu'elle est associée à une idée ou à une sensation présente, parce qu'elle a* un point d'attache dans l'état actuel. On conçoit dès lors que la chance de renaître pour une image dépend de sa compréhension. Plus une image est riche d'idées, plus ces idées sont liées à un grand nombre d'autres, plus aussi il y a de causes capables de la rappeler. Par exemple, Tidée que .j'ai de la ville de Gondokoro n'est guère associée qu'à cinq ou six autres ; aussi, peut-il se passer des mois entiers sans qu'elle reparaisse. D'où vient, au contraire, que l'image de la ville de Rome me revient si souvent. C'est qu'elle est jointe à une multitude d'autres; c'est qu'il y a pour ainsi dire dans mon esprit toutes sortes d'avenues qui y conduisent : qu'il s'agisse de droit, d'histoire, de littérature, de politique, presque toujours je vois, au bout de la perspective, Rome. Les idées religieuses m'y
ramènent aussi bien que les souvenirs profanes, si bien qu'il ne se passe peut-être pas iin jour sans que je pense à cette ville au moins une fois.
Reconnaître une image, c'est savoir qu'on l'a déjà eue. Maintenant, comment peut-on le savoir? C'est bientôt fait de répondre, parce qu'elle ressemble à une image passée. Mais, pour apercevoir cette ressemblance, il faudrait que les deux images fussent présentes à la fois, et que l'on pût ainsi les comparer ; ce qui est impossible, puisque les images passées n'existent plus. Les choses ne se passent donc point du tout comme dans la reconnaissance des objets extérieurs, où il y a vraiment deux choses en présence, une perception et une image. La reconnaissance dont il s'agit ici n'est précédée d'aucune comparaison; l'image porte avec elle les marques qui servent à la reconnaître, le critérium qui permet de décider si elle est ancienne ou nouvelle.
Or, il n'y a dans une image que deux choses : les