‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 106 sur 150 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

les transformations qu'il me plaît sans rencontrer de résistance. Je puis dire tout aussi bien : Un cerf se désaltérait dans un ruisseau ; ou bien : Un cerf étanchait sa soif dans un étang; toutes ces formes me satisfont également , aucune ne me paraît plus naturelle que l'autre, aucune ne se représente spontanément après avoir été écartée. Si, au contraire, je pense à cette phrase : Un agneau se désaltérait dans le courant d^une onde pure, les choses ne se passent plus de la même façon. J'ai beau tâcher d'employer d'autres termes : Un agneau buvait dans un ruisseau limpide; un agneau se désaltérait dans une eau pure et courante; je demeure inquiet et mécontent; tout de suite je retourne à la phrase primitive , et à cela je reconnais que c'est bien à un souvenir que j'ai/'afFaire. Aussi, arrive-t-il souvent que l'on s'y trompe, lorsque, pour une cause ou pour une autre, une image vraiment nouvelle présente la fixité qui est le. caractère ordinaire des souvenirs, comme on l'observe quelquefois pour les images très- vives.

Reconnaître une image revient donc, en dernière analyse, à constater une association plus ou moins étroite entre ses parties.

Une fois averti par là que c'est bien à un souvenir que Ton a affaire, il ne reste plus qu'à compléter ce souvenir en le rattachant aux images qui l'ont autrefois précédé ou suivi, en le replaçant pour ainsi dire dans son milieu.

En effet, lorsque l'image, dont le souvenir est la copie, s'est produite pour la première fois, elle n'était pas isolée de toute autre, et comme suspendue dans l'espace ; elle avait des attaches avec une perception ou une image antérieure, comme aussi avec l'image à laquelle elle a fait place. Elle est apparue parce que l'une des idées qui la composent appartenait déjà à l'état de conscience précédent, et presque toujours elle s'en est allée parce qu'une autre de ses idées a rappelé des images auxquelles elle était associée d'ailleurs. D'où l'on voit qu'il est à peu près impossible de connaître le commencement et la fin d'une image sans connaître aussi quelque peu celles qui sont venues immédiatement avant ou après.

L'association que ces images ont conservée avec l'image intermédiaire est quelquefois assez forte pour que celle-ci, en reparaissant, suggère tout de suite les autres ; parfois aussi, lorsque cette association

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