CHAPITRE X
I. Formation d'images nouvelles par l'oubli. — II. Par l'intermédiaire d'idées communes ou par les deux moyens précédents à la fois. — III. Rêverie. — IV. Constructions en vue de l'utile. — V. En vue du vrai. — VI. En vue du bien.
La puissance de rimagination n'est point bornée à une reproduction servile du passé. Elle crée à chaque instant des images nouvelles ; parlons-en mieux, elle sépare les idées qui étaient unies, elle unit celles qui étaient séparées ; elle analyse, elle abstrait, et du débris des anciennes conceptions, elle édifie d'autres images pour les renverser à leur tour. Les choses se passent à peu près comme dans la nature, où des
terrains nouveaux se forment sans cesse de l'usure
des vieilles roches.
Ce n'est point peut-être que l'imagination ne puisse en certains cas créer des idées tout à fait neuves. Il faut pourtant convenir que ces conceptions originales ne se rencontrent guère et que le pouvoir créateur de l'esprit s'exerce bien moins sur la matière que sur la forme des images.
L'imagination créatrice, en prenant le mot dans ce sens restreint, n'est point un pouvoir spécial de l'âme ; elle ne dispose pas d'autres moyens que de ceux qui ont été précédemment décrits. Les lois ordinaires de l'association des idées et de la mémoire doivent donc suffire à expliquer la naissance de nouvelles images; et pourvu que j'aie réussi à les faire bien entendre, je serai dispensé d'entrer à présent dans un trop long détail.
On a déjà vu au chapitre de la mémoire que les différentes idées, bien que toutes capables de conservation et de renaissance, ne le sont cependant point au même degré. Par exemple, les idées de la vue sont plus vivaces que toutes les autres , et parmi les idées de même espèce, ce sont les plus fortes qui se conservent le mieux. On conçoit donc que si quelquesunes des idées qui entrent dans la composition d'une