CHAPITRE X
moins de regrets, si rhomme, commençant la vie par là, allait rajeunissant sans cesse. En vain chaque année lui apporterait une vigueur nouvelle, en vain il verrait de jour en jouf ses rides s'efFacer, et sa tête chenue se parer de cheveux blonds qu'elle n'aurait jamais connus, il conserverait toujours un tendre souvenir de cet âge de doux repos, de sagesse paisible et recueillie ; il maudirait les années inexorables qui l'en éloignent pour le précipiter dans les passions et les orages de la jeunesse. Il se plairait à conter aux vieillards qui entreraient à leur tour dans la vie les respects dont il était jadis entouré ; il soupirerait en songeant à la belle chevelure blanche qui lui donnait un air si vénérable ; il oublierait les infirmités et les longs ennuis de ses premières années, ou s'il s'en souvenait, ce serait pour répéter le vers mélancolique :
« Nous étions malheureux ; c'était là le bon temps ! »
De nouvelles images résultent aussi de l'adjonction à une image précédemment formée de quelques idées
qui, d'abord, ne lui appartenaient point. On comprendra sans peine qu'une image puisse s'enrichir de cette façon, si l'on se souvient de ce qui a été dit au sujet des idées qui font partie à la fois de deux groupes différents et servent ainsi à les unir. Concevons les deux groupes ABC, CDE, on voit bien que grâce à l'idée commune C, il doit se former un ensemble nouveau ABC DE réunissant en lui seul la compréhension des deux autres.
Par exemple, on lit dans le premier chant de VArt poétique les vers bien connus :
« Malherbe d'un héros peut vanter les exploits, « Racan chanter Philis, les bergers et les bois ; «Mais souvent un esprit qui se flatte et qui. s'aime « Méconnaît son génie et s'ignore soi-même, « Ainsi, tel autrefois qu'on vit avec Faret « Charbonner de ses vers »
On lit ceux-ci dans le troisième :
« Souvent, sans y penser, un écrivain qui s'aime
« Forme tous ses héros semblables à soi-même,
« Tout à l'humeur gasconne en un auteur Gascon. »
Les mots communs : « qui s'aime, soi-même » , sont souvent cause que les deux tirades s'unissent étroite-