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CHAPITRE X

L'imagination, «cette maîtresse d'erreur», n'est pas cependant sans employer souvent ses forces à la recherche de la vérité; si elle enfante les idées fausses, elle aide aussi à trouver les vérités qui finissent par les détruire. Comme la lance d'Achille, elle guérit les maux qu'elle a faits. Sans son secours, aucune recherche scientifique ne serait possible. On peut même assurer que, dans les sciences inductives, c'est elle qui joue le premier rôle. Comment, en effet, procèdent ces sciences? Elles partent d'une observation; cette observation suggère une' idée sur sa cause, une hypothèse, puis cette hypothèse est soumise au contrôle de l'expérience, c'est-à-dire d'une seconde observation qui décidera si l'hypothèse est vraie ou fausse. La méthode inductive comprend donc trois opérations successives, toutes trois indispensables : il faut une observation pour suggérer une hypothèse, et il faut une expérience pour la vérifier ; mais ne voit-on pas que la maîtresse partie et pour ainsi dire l'âme de

toute cette recherche, c'est l'hypothèse, puisqu'enfin c'est elle qui doit entrer dans la science une fois qu'elle aura justifié de ses titres à prendre le nom de loi ? L'observation est à peu près stérile tant qu'elle ne suggère point une idée sur sa cause; et il faut quelque chose qui détermine à tenter une expérience plutôt qu'une autre (i).

La nature ne répond qu'à celui qui l'interroge , et

(i) Le penchant aux théories est fécond par les recherches qu'il suscite. Les additions qu'il nous fait faire à la réalité, quand il nous la fait dépasser dans nos explications, sont le produit de notre travail intellectuel, notre œuvre personnelle, notre propriété, une partie de nous-mêmes, en laquelle nous mettons notre complaisance, que nous aimons, que nous désirons fortifier, étendre, protéger contre toute attaque. Nous en cherchons donc l'extension et la confirmation dans l'étude des phénomènes de tout ordre, dans la comparaison incessante avec les données de l'expérience fortuite, consultée, interrogée et provoquée ; enfin dans la discussion et la réfutation des théories différentes. Mais, au lieu de découvrir ce que nous cherchons, ce que nous nous ingénions à découvrir, des faits à l'appui de notre théorie, nous en trouvons souvent de tout autres, de nouveaux, d'imprévus, qui l'enferment, la contredisent, nous en démontrent l'imperfection, nous forcent à la modifier, à l'abandonner pour lui en substituer une autre qui corresponde à la réalité mieux connue. (A. Biéch)^ : V Induction, 74. Paris, Delagrave, 1869.)

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