CHAPITRE X
ne livre ses secrets qu'à l'audace heureuse qui les lui arrache à force d'importunités. La logique apprend seulement à interpréter ses réponses. C'est l'imagination qui suggère les questions dont; il convient de la presser. Il n'est pas d'autre recette pour trouver des idées neuves et fécondes ; elles naissent d'un heureux instinct et comme d'un secret pressentiment des lois, d'autant moins trompeur qu'il suit des observations plus exactes et une science plus étendue. Plus l*imagination suggère d'hypothèses, plus il y a de chances que quelqu'une enfin se trouve vraie, et toute erreur scientifique vient d'une stérilité d'esprit qui empêche de concevoir toutes les explications possibles d'un phénomène, comme toute erreur pratique vient de ce que Ton n'en prévoit pas toutes les suites. Ce n'est donc point pour avoir trop d'imagination que l'on se trompe, c'est pour en avoir trop peu ; et si bien des gens d'imagination tombent dans des erreurs ou des fautes , c'est qu'ils n'ont pas encore autant d'imagination qu'il faudrait.
L'hypothèse une fois conçue, l'imagination a-t-elle achevé sa tâche? Il le semble au premier abord. En
effet, la vérification est quelquefois si facile que la dé-
couverte est à vrai dire tout entière contenue dans l'hypothèse; il suflEit de penser que cela pourrait bien être, pour voir tout aussitôt que cela est. Dès qu'on se fut avisé que. l'air était peut-être pesant, on dut concevoir d'abord la suite des expériences propres à vérifier cette supposition. Le point était de concevoir une idée qui semblait démentie par le témoignage des sens, qui heurtait de front des autorités fort respectables, et la plus antique, la plus respectable de toutes, le sens commun. Une fois ce pas franchi, l'expérience se présentait d'elle-même et allait en quelque sorte au-devant de l'hypothèse. Mais il n'en est pas toujours ainsi, et bien souvent l'imagination ne trouve pas moins à s'exercer dans la conception dej'expérience que dans celle de l'hypothèse. On ne rencontre point tout d'un coup cet ensemble choisi de circonstances qui ne laissent plus à la vérité poursuivie de retraite où elle se puisse cacher. Vérifier une hypothèse, en effet, c'est en déduire une conséquence, prédire que cette conséquence arrivera dans un cas donné et voir si la prédiction est juste. Mais, parmi ces conséquences, les unes résultent de circonstances trop dilBBciles à réaliser; d'autres sont si éloignées, si indirectes, elles