‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 128 sur 150 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

ture, à la boisson et à tout le reste, vpus ne les regardez pas comme belles ? Est-ce que vous prétendez qu'il n'y a en elles absolument aucune volupté, aucun agrément, et que le plaisir se trouve seulement dans la vue et dans l'ouïe? Que répondrons-nous, Hippias?

«Nous reconnaîtrons, Socrate, qu'il y a de trèsgrands plaisirs même dans toutes les autres sensations.

« Mais quoi, dira-t-il, si ce sont aussi des plaisirs, voulez-vous donc leur ôter ce nom et les priver de ce caractère de beauté ? C'est, répondrons-nous, que le premier venu se moquerait de nous si nous disions qu'il e^t, non pas agréable, mais beau de manger; et qu'un parfum agréable offre non pas un agrément, mais une beauté. Nous dirons donc que ce qui est beau en fait de plaisirs, c'est uniquement celui que l'on ressent par la vue et par l'ouïe. Aurais-tu quelque chose à objecter à cette réponse, Hippias, et devons-nous parler autrement ?

• « C'est nécessairement, Socrate, la seule réponse que l'on puisse faire à sa question (i). »

Le Père André, auteur du premier ouvrage d'esthé-

(i) Platon : Premier Hippias.

tique qui ait été écrit en France, accepte cette doctrine sans hésitation.

« Il est certain, dit-il, que tous nos sens n'ont pas le privilège de connaître le beau : il y en a trois que la nature a exclus de cette noble fonction : le goût, l'odorat et le toucher, sens stupides et grossiers qui ne cherchent, comme les bêtes, que ce qui leur est bon, sans se mettre en peine du beau. La vue et l'ouïe sont les seules de nos facultés corporelles qui aient le don de le discerner. Qu'on ne m'en demande pas la raison ; je n'en connais point d'autre que la volonté du Créateur, qui fait comme il lui plaît le partage des talçnts (i).»

Dans son grand ouvrage sur la science du beau, M. Lévêque, au Ueu de se borner comme ses prédécesseurs à énoncer le fait, entreprend de le prouver.

«J'entre par une nuit profonde dans une chambre où règne la plus grande obscurité, et j'y respire une senteur enivrante qui m'est d'ailleurs inconnue. Du plaisir que me procure cette senteur, que puis-je conclure ? D'où s'exhale ce parfum ? Est-ce d'un fia-

(i) Le Père André : Essai sur le beau ; premier discours.

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