‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 134 sur 150 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

poètes ne manquent jamais de prêter aux arbres qu'ils décrivent, la sensibilité, l'instinct des animaux, quelquefois même l'intelligence prévoyante de l'homme.

« Voyez ce chêne solitaire « Dont le rocher s'est couronné, « Parlez à ce tronc séculaire, « Demandez comment il est né.

« Il vit, le géant des collines,

a Mais, avant de paraître au jour,

« Il se creuse avec ses racines

« Des fondements c«mme une tour.

a II sait quelle lutte s'apprête,

« Et qu'il doit contre la tempête

<( Chercher sous la terre un appui.

ce II sait que l'aquilon sonore •

«L'attend au jour; ou, s'il l'ignore,

« Quelqu'un du moins le sait pour lui.

« Son tronc que l'écorce protège,

« Fortifié par mille nœuds,

« Pour porter sa feuille ou sa neige

« S'élargit sur ses pieds noueux.

« Ses bras que le temps fortifie,

« Comme un lutteur qui se replie

« Pour mieux s'élancer en avant,

« Jetant leurs coudes en arrière,

<c Se recourbent dans la carrière

« Pour mieux porter le poids du vent. »

Rien ne serait plus aisé que d'étendre les mêmes

294 ^E l'imagination.

observations aux animaux et de montrer que ceux que nous admirons le plus sont les plus agiles, les plus forts, les plus intelligents.

La beauté des choses n'est donc achevée que lorsqu'elles possèdent à un degré éminent les quaUtés propres de leur espèce , et , tout ensemble , quelques signes d'autres attributs qui semblent le privilège d'une plus noble race et que l'on est étonné et ravi de rencontrer là où on ne les attendait pas.

La beauté morale elle-même est soumise à des conditions toutes semblables. Une belle action est celle qui parait l'œuvre d'une volonté, d'un courage, d'unt bonté plus qu'humaine; une belle vie, celle qui s'est dépensée tout entière à poursuivre une noble fin avec une persévérance, une abnégation qui élèvent, comme on dit, l'homme au-dessus de lui-même; une belle âme, celle en qui l'on rencontre le plus de ces traits qui, tout faibles et épars qu'ils sont, nous permettent cependant de concevoir quelque idée du Dieu dont nous sommes l'imparfaite image; l'intelligence, la justice, et surtout cette bonté qu'il a mise la première dans notre cœur, comme la marque de sa main bienfaisante.

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