‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 135 sur 150 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

L'étude des causes de la laideur fournirait par la contre-épreuve une confirmation intéressante de la théorie qui vient d'être exposée. Une chose est laide, en effet, lorsqu'elle ne présente qu'à un faible degré les qualités propres de son espèce, ou qu'elle en présente d'autres qui la rapprochent d'une espèce inférieure. L'homme est laid moralement quand il laisse prédominer dans son âme cet ensemble d'instincts qui lui sont communs avec les animaux. Il est laid physiquement quand son corps marque cette prédominance par des signes expressifs, vrais ou trompeurs. L'animal est laid lorsque la gaucherie et la lenteur des mouvements, les membres lourds et mal agencés semblent le condamner à la vie d'une plante et l'exclure des fonctions de relation qui sont le propre de sa race. La plante est laide quand ses formes épaisses, sa couleur terne et fausse la font ressembler à la matière inerte. Le minéral est laid lorsque rien n'avertit de la force secrète qui le soutient, l'ordonne et le fait durer en dépit des causes de destruction.

Il y a des gens qui, en donnant à un enfant quelque jouet magnifique, demeurent si pénétrés de l'importance de leur présent et se souviennent si bien du prix dont ils l'ont payé, qu'ils lui font très-expresse défense d'y toucher, lui octroyant du reste de le regarder tout à loisir. Ces bienfaiteurs malavisés ignorent sans doute que cette défense empoisonne toute la joie de l'enfant. Son inaction lui devient bien vite pesante et douloureuse. Il bâille, détourne les yeux de cette brillante et ennuyeuse idole, et cherche quelque autre jouet de moindre valeur qu'il puisse manier, arranger, briser même à son gré. Quoi, vous lui faites présent ■d'un cheval de bois, et vous ne voulez pas qu'il essaie quelle figure il aurait, réduit à ses seuls pieds de devant ; vous ne voulez pas qu'il tâche de lui ouvrir la bouche de force pour lui donner à manger, ni qu'il lui mette la tête dans l'eau pour le faire boire; vous trcftivez mauvais qu'il le frappe pour le décider à courir! Mais enfin que voulez-vous donc qu'il en fasse?

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