‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 139 sur 150 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

dépit de les trouver imparfaites et une noble ambition de les achever. Lorsqu'un spectacle l'émeut, il démêle bien vite les traits qui contribuent le plus à exciter cette émotion, et ceux aussi qui n'y servent pas ou même qui exciteraient plutôt une émotion contraire. Il tâche à faire ressortir ceux-là, ceux-ci il les efface ou les atténue de façon pourtant à conserver à son oeuvre la vérité et la vie ; puis une imagination heureuse lui suggère les traits nouveaux capables de rendre l'impression plus forte et plus pleine; et il répare les oublis de la nature après avoir corrigé ses fautes.

Comme il n'est point d'objet si vil qui ne puisse reluire dans un rayon de soleil, il n'en est pas aussi que l'idéal ne puisse embellir et transfigurer. Les magots même, qui choquaient si fort le noble goût de Louis XIV, ont une beauté qui vient du sentiment de calme, de bonheur domestique qu'ils expriment. C'est une belle chose, Xénophon se plaisait déjà à le faire remarquer, c'est une belle chose que des marmites bien rangées et bien luisantes; c'est une belle chose que des couvertures pliées avec soin, des meubles propres et commodes. Tout cek, disait-il

en vrai Grec qu'il était, tout cela semble véritablement former un chœur. N'est-ce donc pas aussi une belle chose que de bons Flamands tranquillement attablés autour d'un pot'de bière, calmes jusqu'au fond^de l'âme } Le feu qui gronde dans la haute cheminée, les spirales de fumée qui, des grandes pipes de porcelaine, s'élèvent au plafond noirci, les amples buffets chargés de vaisselle d'étain, les causeries des vieilles fileuses, le tic-tac de l'horloge, la chanson des chats endormis, tout cela ne forme-t-il pas une harmonie paisible, un chœur, comme disait l'homme d'Athènes ; et n'est-ce pas encore l'idéal, l'idéal au moins d'une vie dépourvue d'idéal ?

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