‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 141 sur 150 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

La perception n'est point un fait indivisible, comme on en jugerait au premier abord. L'analyse la plus inattentive y découvre bien vite deux éléments : l'un qui parait la conséquence immédiate de l'impression organique et que l'on appelle sensation, l'autre que l'esprit semble tirer de soi-même pour compléter et interpréter la sensation. C'est à ce second élément que j'ai donné un peu arbitrairement le nom d'idée.

Ces deux .éléments ont une importance fort inégale. En effet, l'âme, dans la perception, est bien plus active que passive. La sensation n'est que l'occasion ou plutôt le prétexte qui lui permet de déployer son activité toujours inquiète ; c'est un signe que l'intelligence interprète à son gré, le centre autour duquel les idées se groupent; quelque chose, s'il m'est permis d'employer une comparaison vulgaire, comme le fil auquel les cristaux viennent s'attacher.

Il faut remarquer que les groupes ainsi formés subsistent après que la sensation a cessé et qu'ils peuvent même se reformer spontanément à diverses reprises. Ils prennent alors le nom d'images, et ce

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sont ces images, restes 'd'anciennes perceptions, qui remplissent les intervalles des perceptions nouvelles.

Les sensations et les idées, unies ou séparées, forment donc toute la matière de la vie inj:ellectuelle; les images, en effet, sont des composés d'idées, et les perceptions sont des idées jointes à des sensations.

Il est assez naturel de se demander si la réduction ne pourrait pas être poussée plus loin, et si les idées et les sensations elles-mêmes ne seraient pas des modes diflPérents d'un même état de conscience. Jusqu'à présent, les recherches des physiologistes aussi bien que les observations des psychologues ne permettent point cette dernière simplification. La distinction des fonctions peut en effet se conclure à peu prè$ sûrement de la distinction des organes ; de sorte qu'en assignant aux sensations et aux idées des conditions organiques différentes, les physiologistes opposent une objection décisive à cette unité de composition de tous les phénomènes psychologiques qui n'a cessé de hanter l'esprit des philosophes.

Ce n'est point qu'il ne reste plus d'un doute sur

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