CHAPITRE XII
«tes sensations qui surviennent sans cesse du dehors ou qui résultent du travail intime des organes. Les divers états physiologiques ou pathologiques ont ainsi leur retentissement dans les rêves; et même durant la veille, les désordres graves et permanents entraînent rimagination à concevoir des causes capables d*expliquer les sensations étranges qui en sont la suite. On peut donc quelquefois déduire l'état du corps des pensées habituelles de l'âme, aussi bien que l'on conclut l'état de l'âme de l'expression du visage ou des gestes habituels du corps.
L'altération, et, pour ainsi dire, la direction des images par les sensations est le résultat le plus ordinaire du concours de ces deux états de conscience. Mais quelquefois une image opiniâtre repousse la sensation hostile ou même la modifie pour se l'ajuster et produire ce que l'on appelle une illusion, c'est-à-dire une hallucination superposée à une perception véritable.
Les images les plus fortes jouent à l'égard des plus faibles le même rôle que les sensations puissantes à l'égard des images. Elles les attirent et les rangent autour d'elles. L'homme est ainsi dominé à chaque
instant par une idée maîtresse qui tient toutes les autres sous sa dépendance^ et il suffit de savoir la suite des idées qui ont gouverné de cette façon un homme ou un peuple pour comprendre aisément son caractère et sa conduite.
Il ne faut point croire cependant que toutes les idées se courbent sous cette domination paisible : de là des conflits, des révoltes, qui affaiblissent l'idée maîtresse, et, enfin, lui en substituent une autre. Ces luttes sont pénibles, et le sage cherche à les éviter. Elles sont pourtant la sauvegarde de la raison et de la liberté, puisque seules elles empêchent l'idée dominante de devenir une idée fixe, et, pour lui donner son véritable nom, une manie.
Toutes les sensations, toutes les idées qui occupent l'esprit se composent à chaque instant en une résultante unique et forment un seul état de conscience, dont les éléments divers sont unis par une sorte d'affinité. Chacun de ces éléments, lorsqu'il reparaît dans l'esprit, tend à ramener les autres, et c'est le fait connu sous le nom d'association des idées.
L'association des idées suppose sans doute quelque relation correspondante entre les états nerveux qui