CHAPITRE XII
sont la condition de ces idées, mais les travaux des physiologistes ne nous ont encore rien appris de ces relations. Les psychologues ont donc pris ici une avance dont ils ont le droit d'être fiers.
L'association des idées a pour cause subjective leur présence simultanée dans l'esprit. Elle est d'autant plus forte que les idées elles-mêmes sont plus vives et qu'elles ont été plus souvent présentes ensemble. L'union est quelquefois si intime qu'il ne dépend plus de nous de la dissoudre. On peut citer, comme exemple, l'association qui se forme entre l'idée de l'étendue et l'idée de la couleur.
Beaucoup de psychologues anglais contemporains prétendent ramener à des associations de cette espèce les idées que la plupart des philosophes attribuent à la raison. Ils disent que le sentiment de la- nécessité, qui est le caractère le plus manifeste de ces idées, s'explique très-bien par l'impossibilité absolue de briser des liens que l'expérience quotidienne resserre et fortifie sans cesse. Ce n'est point qu'ils se refusent à reconnaître certaines tendances primitives, antérieures en un certain sens à l'expérience, le pur sensualiste, le fidèle disciple de Locke, devient, en effet, de jour
en jour plus rare et bientôt aura disparu tout à fait. Mais, à les en croire, si ces tendances innées sont les lois de Texpérience, elles sont aussi le résultat de l'expérience, non de la nôtre assurément, puisque cette expérience les suppose, mais de l'expérience des générations antérieures qui, peu à peu, ont façonné- à leur image l'esprit de l'homme et créé entre ses idées et les choses une correspondance de jour en jour plus parfaite. Aujourd'hui, à la vérité, l'expérience s'ajuste à la raison, mais c'est que la raison s'est d'abord ajustée à l'expérience, parlons-en mieux, c'est que cette raison est l'œuvre de l'expérience même.
Je ne sais si je me trompe, mais il me semble que cette explication recule la difficulté plus qu'elle ne la résout et •que la doctrine de la table rase se heurte aux mêmes objections, qu'on l'applique à l'individu ou qu'on l'étende à l'humanité tout entière. J'accorde pour un instant que toutes les tendances de l'âme soient le résultat de l'expérience ; mais cette âme, ne parlons pas d'âme si l'on veut, ce je ne sais quoi que l'expérience a modifié, façonné, transformé, c'était, après tout, quelque chose, quelque chose au moins