CHAPITRE XII
que l'on fait pour les altérer; celles, au contraire, qui se plient à tous nos caprices, paraissent de simples faits d'imagination.
La reconnaissance' est complète lorsque l'on retrouve dans le passé la place de l'image , c'est-à-dire les perceptions ou les images qui l'ont immédiatement précédée ou suivie.
Les lois de l'association des idées expliquent la formation des nouvelles images aussi bien que la conservation des anciennes. L'oubli, en effaçant inégalement les diverses idées, et surtout les plus faibles et les plus confuses, idéalise sans cesse les souvenirs. Il se forme aussi de nouvelles combinaisons grâce à l'adjonction, à une image déjà formée, de quelques idées étrangères. Enfin, le plus souvent les deux causes agissent à la fois.
C'est une question difficile de savoir si l'esprit peut créer de toutes pièces des idées originales, ou si toute son activité se borne * à ranger dans un ordre différent celles que la mémoire lui suggère. Il n'est pas impossible qu'en certains cas il crée la matière aussi bien que la forme de ses conceptions; cependant cela n'arrWe guère, et presque toujours
3i8 DE l'imagination.
l'image la plus neuve en apparence se résout sans peine en éléments abstraits d'autres images ou d'autres perceptions.
Les conceptions nouvelles se forment sans que la volonté ou la réflexion interviennent; elles naissent de l'énergie spontanée de l'esprit qui tend, comme toute autre force, à se développer et à agir. Lorsque l'une de ces conceptions paraît utile, belle ou bonne, on s'y arrête avec complaisance, on s'applique à la compléter, à l'améliorer, et, enfin, à la réaliser. L'imagination devient ainsi le principe des inventions et des arts, l'auxiliaire puissant de la science et de la morale.
Elle inspire au savant ces grandes hypothèses qu'il met toute son adresse, tout son génie, tout son orgueil à transformer en lois ; die lui offre à propos les vérités déjà connues, dont le rapprochement doit être fécond en conséquences nouvelles. Elle ouvre à l'artiste et au poëte les trésors du monde idéal, d'où il rapporte ces parfaits modèles qui lui servent à achever les beautés imparfaites du nôtre. Enfin, elle aide à créer dans les âmes le type accompli de la bonté et de la justice, et, les enchantant de cette