‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 15 sur 150 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

tion est donc l'occasion plus que la cause de la perception, et cela est si vrai qu'elle peut changer sans que la perception en soit sensiblement altérée. Que je voie un homme des pieds jusqu'à la tête, ou seulement à mi-corps, que j'aperçoive seulement une pièce de son vêtement, son chapeau si l'on veut, il n'importe : dans tous les cas je vois un homme. Bien plus, des sensations de nature tout à fait différente, une odeur, une couleur, une saveur, peuvent provoquer la même perception, par exemple celle d'une orange, pourvu que les idées qui se joignent à ces sensations diverses soient les mêmes dans tous les cas.

Je viens d'employer plusieurs fois le niot idée, et comme il n'en est guère qui ait reçu plus d'acceptions diverses, il faut dire le sens que j'entends ici lui donner. Je désigne par ce mot, dont j'étends le sens au delà de sa signification ordinaire, tout élément primitif autre qu'une sensation que l'analyse peut discerner dans un phénomène intellectuel quelconque.

Les idées^ entendues de cette façon, jouent donc en psychologie le même rôle à peu près que les corps simples en chimie. Ajoutons que la simplicité des unes comme des autres n'est que relative et provisoire, puisque l'analyse, longtemps impuissante, peut à la fin trouver son jour. Lorsque Davy décomposa la potasse, la soude, la baryte, etc., il les dégrada de la qualité de corps simples longtemps usurpée. Avec le même bonheur, un psychologue entreprenant et curieux peut résoudre en ses éléments un état d'esprit qui jusqu'alors avait paru primitif et irréductible.

Je rappelle pour mémoire qu'il y a deux sortes d'idées, les unes que l'âme trouve ou du moins semble trouver en elle-même (j'ajoute cette restriction pour ne contrarier personne et ne point soulever de question inopportune), les autres qui, à première vue, paraissent la reproduction plus ou moins affaiblie de sensations antérieures. Comme une tige élastique écartée de sa position d'équilibre n'y revient qu'après de nombreuses oscillations, l'âme une fois ébranlée par la sensation, garde longtemps le mouvement reçu et spontanément le renouvelle ; de là ces phénomènes qu'on appelle idées de couleurs, de sons, de

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