‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 16 sur 150 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

saveurs, etc., et qui se distixiguent ofdinairement des sensations correspondantes en ce qu^ils soat moins vifs et plus durables.

On se tromperait si, exagérant l'analogie indiquée plus hant^ on allait se figurer les idées subsistant à part ainsi que les corps simples. L'abstraction peut bien les démêler parmi les états complexes de l'esprit, mais non leur donner une existence distincte. On chercherait en vain à penser la couleur ou la saveur sans quelque autre qualité des objets sapides^ cm colorés ; à plus forte raison, les idées rationnelles ne sauraientelles jamais se séparer de la conception des phénomènes à propos desquels elles apparaissent^ l'idée d'e^ace, par exemple, de l'idée d'une certaine couleur, d'une certaine figure, etc. Les idées ne se présentent donc qu'en groupes plus ou moins complexes, et c'est un groupe de cette sorte qui. forme le second élément de la perception, le plus considérable comme on vient de le voir.

Ce second élément, qui se joint à la sensation et la complète, y adhère-t-il si fortement qu'il soit impos-

sible de l'en détacher ? Nullement : une fois formé, un groupe d'idées peut subsister longtemps encore après que la sensation a cessé. Il peut même se renouveler spontanément, alors qu'il a disparu pendant un temps plus ou moins long. C'est une combinaison qui survit à la cause qui l'a produite. Ces groupes d'idées devenus indépendants des sensations auxquelles ils étaient d'abord unis, s'appellent des images, et l'âme considérée dans le pouvoir qu'elle a de les conserver, de les reproduire, de les combiner, prend le nom d'imagination.

Les perceptions et les images se mêlent continuellement, de telle sorte que ni les unes ni les autres ne parviennent jamais à se rendre absolument maîtresses de l'âme. Alors même que les perceptions sont le plus vives, elles n'excluent pas tout à fait les idées appartenant à d'autres groupes ; et, tout de même, la plus profonde rêverie est sans cesse troublée par quelque perception. Les sensations en effet nous assaillent par trop d'endroits pour pouvoir jamais être complètement repoussées. Les perceptions et les images agissent donc continuellement les uiies sur les autres, mais non avec la même puissance. En général, les

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images n'ont qu'une médiocre influence sur les perceptions qui surgissent dans le même temps qu'elles ; les perceptions, au contraire, modifient presque toujours les images avec lesquelles elles . sont en concours.

Malgré la présence simultanée des images et des perceptions et l'action continuelle que celles-ci exercent sur celles-là, on n'a point de peine à les distinguer ; c'est-à-dite que, parmi les idées qui occupent à chaque instant l'esprit, on fait très-aisément la part de celles qui sont l'efFet de la sensation présente et de celles qui en sont indépendantes. L'objet de l'image a beau être le même que l'objet de la perception, celle-ci a beau être très-faible et celle-là très-forte, tout cela ne saurait me tromper. Voici une maison que j'entrevois à peine parmi les arbres qui lui font un couvert ; il ne me semble pourtant pas l'imaginer. Au contraire, j'en imagine très-clairement une autre, je m'en représente le toit, les cheminées, les fenêtres; je serais capable d'en dessiner un croquis fort exact : tout cela ne

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fait pas que je pense ia voir réellement. A la vérité, la distinction n*est pas toujours aussi prompte et aussi facile, puisqu'il y a 4es fous et des hallucinés; 4aax% vme demi-obscurité, les gens sensés eux-mêmes ont peine à démêler ce qu'ils voient de ce qu'ils pensent.

« Aut videt, aut vidisse putat per nubila lunam. »

Il est pins difficile eocore de décider d'un son trèsfaible si on i'entend ou si on l'imagine seulement, et le plus sage peut être un instant la dupe d'une conception très-vive ; mais ce sont là des surprises qui «e durent guère et 4ont îa raison prend d'abord sa revanche. Rien n'est plus fréquent au théâtre et dans les romans que ces expressions : « Suis-je bien éveillé ? est-ce un rêve ? n'est-ce point un vain transport qui m'agite ? » Rien n'est plus rare dans la vie que les sentiments qu'expriment ces métaphores. Ce sont façons de parler en usage chez les poètes, lorsqu'ils veulent marquer qu'ils sont fort surpris. Au reste, personne ne s'y trompe; et en somme, la plupart des gens, dans la plupart des cas, distinguent fort bien ce qu'ils imaginent de ce qu'ils perçoivent.

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