‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 18 sur 150 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

images, prises dans leur ensemble, peuvent précéder les perceptions correspondantes, il est aisé de reconnaître, en les décomposant en leiyrs éléments primitifs, que chacun de ces éléments reproduit une perception antérieure. De plus, entre une perception et l'image qui lui succède, on n'aperçoit pas d'intermédiaire; celle-ci semble suivre celle-là spontanément; au contraire, lorsque la perception vient après l'image, elle n'en paraît pas la conséquence naturelle. Le peintre ne juge pas que la vue de son tableau soit l'effet immédiat de sa conception ; il sait à quel travail préliminaire il lui a fallu s'appliquer, quelle série compliquée d'actes il a dû exécuter pour produire la perception ; et de même, quand un événement prévu s'accomplit, on n'estime pas que la prévision en soit la cause.

2° Puisque les perceptions sont des idées groupées autour d'une sensation, puisque, de leur côté, les sensations dépendent d'ime cause extérieure, c'est donc aussi, en dernière analyse, cette cause qui provoque les perceptions; la loi suivant laquelle elles se succèdent doit donc être cherchée dans les choses, non dans l'âme. Leurs antécédents nous sont inconnus; ou, si nous les connaissons, c'est seulement à la suite

d'une inférence ultérieure. Rien dans l'âme n'avertit de la perception qui va suivre, rien ne l'introduit. L'audition d'un bruit, par exemple, ne se rattache en aucune façon à l'état mental précédent. Les images, au contraire, ont presque toujours, soit dans les perceptions antérieures, soit dans d'autres images, des antécédents qu'il est facile de reconnaître ; on en a, en quelque sorte, le pressentiment. Leur apparition s'explique presque toujours par certaines lois dites d'association des idées, qui tiennent à la constitution même de l'esprit. Elles sont presque toutes plus ou moins sous la dépendance de la volonté, qui peut à son gré les évoquer ou les écarter, à tout le moins les fortifier ou les affaiblir; il ne dépend pas de nous, au contraire, d'avoir ou de n'avoir pas une perception. Aucun eflFort de notre part ne saurait l'appeler ou la retenir. Nous sommes en sa présence comme des spectateurs qui regardent le spectacle sans y pouvoir rien changer.

3° La sensation, tout le temps qu'elle dure, conserve intacte la combinaison d'idées qu'elle a d'abord provoquée. Le même lien qui a formé le faisceau l'empêche de se dissoudre. Il en résulte que la cohé-

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