CHAPITRE n
sion des parties est bien autrement forte dans les perœptions que dans les images. Les diverses idées qui composent la perception d'un arbre forment un tout si solide et dont les éléments ont entre eux des relations tellement fixes, que nul travail d'esprit ne peut les changer. Il est fort malaisé de distraire ces idées de l'ensemble auquel elles appartiennent pour les engager dans une autre combinaison. Les différentes parties des images sont bien moins étroitement associées. Lorsqu'on a conçu l'image d'un arbre, on peut, sans rencontrer une grande résistance, la modifier à sa guise, ajouter, retrancher ce que l'on veut, et en détacher des matériaux pour les faire servir à des constructions nouvelles.
4® Enfin, un procédé à peu près infaillible pour déterminer , parmi les idées, celles qui sont amenées par la sensation présente, c'est de modifier cette sensation, et d'observer les idées qui disparaissent alors ou subissent un notable affaiblissement. Elles sont à coup sûr la part de la perception, le reste appartient aux images. Ce dernier critérium est d'une si grande efficace, qu'il s'applique même au cas où les images *sont assez vives pour qu'on puisse les confondre avec
des perceptions; si, lorsqu'on ferme les yeux, une vision demeure aussi vive que précédemment, c'est à coup sûr une hallucination; de même, si quelque bruit ne diminue point lorsqu'on applique les mains sur les oreilles, il ne faut pas hésiter à le considérer comme un phénomène purement subjectif. On use ici du mode d'induction que Stuart Mill appelle méthode des variations concomitantes, et qui convient toutes les fois qu'il s'agit de déterminer, au milieu d'un grand nombre de phénomènes, ceux qui sont l'effet d'une cause toujours agissante, ce qui est le cas delà sensation; on fait alors varier cette cause, et on lui attribue pour effets tous les phénomènes que cette variation affecte. Malheureusement, ces images si vives supposent un trouble d'esprit qui ne permet guère un raisonnement suivi. La même fermeté d'esprit qui le rendrait possible, le rendrait sans doute inutile, et c'est un remède dont on ne peut user à moins d'être déjà bien portant.