CHAPITRE III
lectuel au précédent. C'est dans la couche optique que les images sont produites (il ne faut pas prendre ici le mot dans son sens ordinaire), que les objets sont photographiés, que les vibrations sonore s son t transformées en sons, que les effluves des corps odorants deviennent des odeurs, que les ébranlements du contact direct deviennent pour la conscience une impression de tact. Là, le fait sensoriel est accompli, et le cerveau n'a plus qu'à discuter, à raisonner, à interpréter ces images, ce son, cette odeur, ce toucher (i). » ' .
Les couches optiques occupent le centre même du cerveau ; des faisceaux de fibres blanches les mettent en relation avec la couche corticale des lobes cérébraux. On y distingue quatre petits noyaux isolés de substance rougeâtre, placés à la file, d'avant en arrière, et constituant autant de centres distincts affectés (à ce que l'on croit) aux diverses sensations. Le noyau antérieur semble réservé aux sensations de l'odorat ; le suivant, qui est le plus volumineux de tous, aux sensations optiques ; le troisième, plus central que les
(i) Poincaré : Leçons sur la physiologie du système nerveux, XXXIIIe leçon.
autres, aux sensations organiques ; le dernier, enfin, aux sensations acoustiques (i).
Le docteur Fournie est parvenu à injecter, dans les diverses parties des couches optiques, du chlorure de zinc, qui désorganise les tissus en les durcissant; il a vu les diverses sensations disparaître, suivant la partie qu'il détruisait, les sensations opaques par exemple, lorsque le second noyau était atteint (2).
Tel est à peu près aujourd'hui l'état de la question. Du reste, quelle que soit la solution définitive, un fait est désormais acquis sans conteste, c'est que les sensations ont dans le système nerveux un siège spécial diflférent du cerveau proprement dit. Si, en effet, on retranche les hémisphères cérébraux en laissant le reste intact, on supprime toute manifestation intellectuelle, mais les sensations persistent. L'animal mutilé, destitué de toute intelligence, ne laisse pas de voir la lumière, et si l'on fait un brusque mouvement
(i) Voir Luys : Recherches anatomiques, physiologiques et pathologiques sur les centres nerveux. Du même auteur, le Cerveau (Revue scientifique, 13 mars 1875).
Ritti : Théorie physiologique de r hallucination. Paris, 1875.
(2) Fournie : Recherches expérimentales sur le fonctionnement du cerveau. Paris, 1873.