CHAPITRE III
vers lui, il détourne la tête comme pour éviter un danger (i); il sent une saveur amère et cherche à s'en déUvrer par des mouvements brusques de mastication (2); il sursaute lorsqu'on frappe dans les mains (3); il crie quand on le pique ou qu'on le pince (4). Enfin, il accompUt tous les mouvements qui ne supposent aucun acte d'intelligence joint à la sensation.
Les lobes cérébraux, ou plus exactement les portions de substance grise de ces lobes, sont l'organe de l'âme pour toutes les opérations intellectuelles. Ne saurait-on concevoir qu'elle use d'un autre ou même qu'elle se passe tout à fait d'organe ? Il n'y a à cela nulle impossibilité. Quand on songe combien ce que nous connaissons est peu de chose au prix de ce qui est ; quand on se représente le petit espace faiblement éclairé par notre science, et tout autour la grande
(i) Vulpian, p. 557.
(2) Longet : Traité de physiologie, t. II, p. 243.
(3) Vulpian, p. 548; Longet, 241.
(4) Vulpian, p. 541.
6o DE l'imagination.
nuit qui l'environne j quand on comprend que cet espace ne saurait s'étendre sans toucher par plus de points à l'inconnu qui l'enserre de tous côtés ; quand on se rappelle les cruels démentis que l'expérience inflige chaque jour à ceux qui veulent trop rapprocher les bornes du possible; quand on voit de grands esprits, comme Stuart Mill, par une défiance excessive de la raison, se demander si les lois mathématiques ellesmêmes ne perdent point leur vertu dans quelque nébuleuse lointaine, on s'étonne de rencontrer des philosophes assez sûrs d'eux-mêmes, assez avant dans le secret des choses, assez bien informés de ce qui se peut et de ce qui ne se peut pas, disons mieux, assez présomptueux ou assez naïfs, pour affirmer : qu'en dehors des conditions actuelles nulle existence n'est possible, que la destruction des organes est le terme fatal de la vie, et que c'est la même chose de briser l'outil ou de tuer l'ouvrier. Ne soyons point si témér raires, et constatons ce qui est sans prétendre en faire la mesure de ce qui peut être, car c'est une grande folie.
Les recherches physiologiques, en fixant dans les lobes cérébraux (qui sont la partie supérieure et la