‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 26 sur 150 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

la question. Veut-on savoir seulement si chaque partie du cerveau a un rôle particulier ? Je pense que tout le monde est d'accord là-dessus. La division du travail physiologique est l'essence même de tout organisme- Otez cette spécialité d'organes, le cerveau ne sera plus qu'une masse confuse et inerte. L'esprit, du reste, se refuse à croire que les circonvolutions du cerveau, si constantes en général dans leur position et leur forme, soient de simples découpures, sans raison d'être particulière, des jeux de la nature.

Maintenant quelle est cette raison d'être? Voilà le point.

« Schiflf, dans des expériences récentes aussi ingénieusement conçues que délicatement exécutées, est arrivé à démontrer d'une façon précise .que, sur des animaux en expérience, la substance cérébrale s'échaufiFait localement suivant qu'elle était ébranlée successivement par telle ou telle catégorie d'impressions sensorielles, et qu'ainsi, dans le cerveau d'un chien auquel on faisait entendre des bruits inopinés, c'était telle ou telle région de sa substance qui s'échauffait, et que chez tel autre dont on exaltait la sensibilité gustative, c'étaient pareillement d'autres régions du

cerveau qui entraient en éréthisme et s'échauffaient isolément (i). »

Ce qui parait bien démontré, c'est que ces localisations n'ont rien de commun avec ce que l'on appelle les opérations de l'entendement, telles que la comparaison, l'abstraction, etc.

De quel principe rationnel sont partis Gall et ses disciples lorsqu'ils ont* entrepris de localiser ces diverses opérations? Sur quelles expériences ont-ils fondé leur doctrine } Il n'est pas aisé de le dire. Leur songe semblait si séduisant, que, sans doute, ils ne pouvaient se résigner à le croire un mensonge, et ne craignaient rien tant que le réveil. Les psychologues leur reprochèrent tout de suite de séparer des facultés intimement unies (2); mais ce furent les physiologistes qui leur portèrent les plus rudes coups. Ils y mirent

(i) Luys : Revue scientifique, 13 mars 1875.

SchifF : Archives de physiologie, 1870. — Je ne puis cependant m'empêcher de songer au sujet de ces expériences qu'il n'est guère de science où les illusions soient plus faciles qu'en physiologie, et où l'on voie plus facilement ce que l'on veut voir ou ce que l'on s'attend à voir.

(2) Par exemple, ils crurent difficilement que l'âme eût tout justement vingt-sept facultés,- ainsi que le prétendait Gall, pas une de plus, pas une de moins.

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