CHAPITRE III
ua acharnement véritable; et leur joie fut entière le jour où ils trouvèrent l'organe de la vénération chez le loup, et l'organe du meurtre chez le mouton, dont pourtant tout le monde parle comme d'un animal qui n'a point de méchanceté.
Cependant on peut dire que, à tbut prendre, Gall a beaucoup contribué à l'avancement de la physiologie du système nerveux. C'est, en effet, une loi de l'histoire des sciences qu'une erreur ingénieuse et séduisante a toujours été l'avant-courrière de grands progrès. Elle imprime aux esprits une secousse qui les réveille. Elle ramène l'attention vers de^ questions longtemps négligées; de toutes parts surgissent les expériences nouvelles. Parmi les savants qui travaillent à réfuter cette opinign ou à la défendre, quelques-uns rencontrent, chemin faisant, des vérités inespérées capables de les consoler de celles qu'ils poursuivent sans les atteindre. Ainsi, les fils du laboureur cherchèrent en vain le trésor promis par leur père, mais de beaux épis s'élevèrent des sillons longtemps tourmentés.
On connaît les célèbres expériences de Flourens et les conclusions qu'il en tira :
« i*" L'on peut retrancher, soit par devant, soit par derrière, soit en haut, soit par côté, une portion assez étendue des lobes cérébraux sans que leurs fonctions soient perdues ; une portion assez restreinte de ces lobes suffit donc à l'exercice de leurs fonctions.
« 2° A mesure que ce retranchement s'opère, toutes les fonctions s'affaiblissent et s'éteignent graduellement, et passé certaines limites elles sont tout à fait éteintes. Les lobes cérébraux concourent donc, par tout leurensemble, à l'exercice plein et entier de leurs fonctions.
« 3° Enfin, dès qu'une faculté est perdue, toutes le sont; dès qu'une faculté disparaît, toutes disparaissent. Il n'y a donc point de sièges divers, ni pour les diverses facultés, ni pour les diverses perceptions ; la faculté de percevoir, de juger, de vouloir une chose, réside dans le même lieu que celle d'en percevoir, d'en juger, d'en vouloir une autre, et conséquemment cette faculté, essentiellement une, réside essentiellement dans un seul organe (i).
« Le siège de l'intelligence peut donc, pourvu que
(i) Flourens, ouvrage cité, p. 99-100.