‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 28 sur 150 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

la lésion ne dépasse pas certaines limites, être attaqué sur presque tous les points, sans perdre ses fonctions, quel que soit le point attaqué ; au contraire, si la lésion dépasse certaines limites, toutes les fonctions sont perdues. La conservation ou la perte de ces fonctions dépend donc non pas précisément de tel ou tel point donné des lobes cérébraux, mais du degré de Taltération de ces lobes, quel que soit d'ailleurs le point ou les points attaqués (i). »

Che2; l'homme et les animaux supérieurs, le retranchement ne saurait impunément être poussé fort loin. Mais les pertes de substance cérébrale, si grandes qu'elles soient, n'entraînent la suppression d'aucune faculté déterminée, toutes ensemble sont affaiblies; un des lobes peut même faire complètement défaut, l'autre accomplit à lui seul la fonction des deux (2). On remarque, seulement, dans ce cas, que les malades ont moins de force pour le travail intellectuel, s'épui-

(i) Flourens, ouvrage cité, p. 263-264.

(2) Cruveilhier cite le cas d*ua homme de quarante-deux ans, jouissant de toutes ses facultés intellectuelles, dont le lobe gauche du cerveau fut trouvé atrophié en entier. On peut consulter, pour les faits de ce genre, Nélaton : Pathologie externe, t. III, p. 570 et suivantes.

sent vite et sont contraints de dormir souvent. La perte de substance cérébrale semble donc influer sur la quantité des opérations intellectuelles plus que sur la qualité.

Il ne reste guère de doute que pour la faculté du langage, ou pour mieux dire la mémoire des mots. Beaucoup de physiologistes, M. Broca entre autres, veulent qu'elle soit localisée dans la troisième circonvolution frontale gauche. D'après eux, l'aphasie commence aussitôt que cette partie du cerveau est attaquée. Mais d'abord, y a-t-il une faculté spéciale du langage ? La parole n'est-elle pas au contraire un phénomène prodigieusement complexe et qui exige le concours de toutes les puissances de l'âme } Ensuite n'at-on pas vu quelquefois l'aphasie survenir également, le lobe frontal du côté droit étant seul malade (i)?

De plus, il est bien malaisé de distinguer nettement la perte de la mémoire des mots d'avec les autres troubles d'intelligence qui peuvent, par contre-coup, rendre la parole impossible. L'aphasie est souvent une difiiculté insurmontable d'articuler plus qu'une perte

(i) Wundt : Physiologie, p. 581 de la traduction française.

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