‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 3 sur 150 · INTRODUCTION. II · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. II

souvent question de nerfs, d'hémisphères cérébraux, de tubercules, etc. La chose aujourd'hui ne surprendra personne ; tout le monde, il y a cinquante ans, l'eût trouvée étrange ; ce qui montre combien , durant ces derniers temps, les relations des psychologues avec les physiologistes se sont améliorées.

Certes, il ne viendrait aujourd'hui à l'esprit d'aucun physiologiste de déplorer l'intolérance et la tyrannie des philosophes ; tout au plus gémissent-ils de leur aveuglement et de leurs préjugés. Mais il n'en était pas ainsi vers 1830, et pour s'en convaincre il suffit de^ relire Broussais. Une colère mal contenue contre les psychologues éclate à chaque page, puis disparaît pour faire place à la résignation et a l'enthousiasme d'un martyr. A défaut d'autres documents , les historiens des âges futurs ne manqueront pas de conter que les physiologistes ont eu à traverser des temps

bien difficiles. Il s'en trouvera pour supposer que le trône de France était occupé au xix*" siècle par un psychologue fort méchant, menaçant les physiologistes de la prison ou de l'échafaud, et les contraignant de chercher Tombre des catacombes, lorsqu'ils voulaient disséquer le plus petit cerveau. Dieu soit loué ! si la physiologie a eu de mauvais jours, ils sont passés, et depuis longtemps le triomphe l'a récompensée de la persécution ; même on a pu craindre un moment de voir les rôles intervertis, et une intolérance réelle succéder à une intolérance imaginaire. Les prétentions exagérées des physiologistes, ne tendant à rien moins qu'à s'attribuer la science de l'âme tout entière, ont effrayé les psychologues, qui se sont tenus à l'écart, gémissant un peu, et ne voulant à aucun prix d'un associé qui se faisait à ce. point la part du lion. Mais c'était là une ambition bien pardonnable à

Page 1