INTRODUCTION. I
une jeune science qui essaye ses forces et se berce volontiers de longs espoirs; maintenant que la physiologie, arrivée à l'âge viril, est devenue moins intolérante en devenant moins hardie, rien n'empêche son ancienne rivale de lui tendre la main. Nulle vérité n'en saurait contredire une autre, et, si les savants se querellent souvent, les sciences sont toujours d'accord. Personne ne doit donc avoir peur des vérités dont une science voisine peut s'enrichir; les erreurs seules ont raison de craindre la lumière, qui les fait mourir. Si nul spiritualiste ne sent ses convictions ébranlées par ce fait incontestable que les sensations ont leurs organes dans le corps, d où vient que l'on éprouverait quelque répugnance à ^admettre qu'il en est de même pour les autres faits psychologiques ? Les beaux travaux des Flourens, des Magendie, des Millier, des Leuret, des Gratiolet, des Claude Ber-
nard, des Vulpian, des Luys, nont rien qui puisse eftayer les philosophes. Bien plus, ceux-ci doivent y applaudir, et la meiUeure manière d y applaudir c'est d en profiter. Descartes, Malebranche, Bossuet en ont usé ainsi avec les physiologistes du xvn* siècle; leur exemple est encore bon à suivre. Par cela seul en effet que la psychologie et la physiologie ont un objet commun, Thomme, elles ont. beau le regarder par des côtés différents, elles ne sauraient demeurer complètement étrangères lune à Tautre; leurs limites ne sont pas si bien tracées qu'il ne soit quelquefois difficile de les reconnaître et souvent utile de les franchir. U faut bien accorder que lame ne réside pas dans le corps comnie un pilote dans un navire, mais, qu'elle forme avec le corps un tout naturel dont toutes les parties ont entre elles, comme dit Bossuet, une parfaite et nécessaire corn-
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tnunîcation (i). Comment dés lors ne pas faire des vœux pour que la science du corps et celle de Tâme lient entre elles des relations de bon voisinage, unissent leurs efforts pour des recherches communes, et marchent ensemble à la conquête de vérités qui les intéressent toutes deux ; seulement, pour que cette union soit durable et féconde, il ne faut point qu'elle cache une arrière- pensée d'envahissement et de conquête. Les deux alliés doivent demeurer bien persuadés qu'une annexion n'est pas une alliance. Les phénomènes qu'ils étudient sont d'ordre différent, bien que ces phénomènes puissent être les antécédents les uns des autres. Les deux sciences qui s'occupent d'objets si divers ne font donc point double emploi, quoiqu'il
(i) «Je suis conjoint à mon corps très-étroitement, disait aussi Descartes, et tellement confondu et mêlé que je compose comme un seul tout avec lui, »
i6 DB l'imagination.
soit peut-être vrai de dire qu'elles ne peuvent guère être bien comprises Tune sans l'autre.
On a remarqué mille fois qu'en supposant même démontré que chaque état de conscience est toujours précédé ou accompagné .
ou suivi d'une modification déterminée dans l'état du système nerveux, le fait de conscience n'en serait pas moins irréductible au phénomène physiologique correspondant. Celui-ci, les yeux aidés de bons instruments peuvent .le Surprendre ; celui-là, la loupe et le scalpel n'y peuvent rien ; il y faut la conscience.
' L'admiration, je le veux, résulte d'un mouvement vibratoire dans un des lobes du cerveau, l'admiration n'en conserve pas moins sa nature propre, et il n'est perfectionnement du microscope qui puisse faire qu'un sentiment et un mouvement soient la même chose ; cela est aussitôt prouvé que dit. J'ajoute que, dans l'œuvre commune, la part des psycho-
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logues restera toujours la plus grande. Car enfin la science de la pensée a son prix alors même qu on la sépare de la science de ses conditions organiques ; cette dernière étude, au contraire, n a d'intérêt qu'autant qu'elle contribue à l'étude de la pensée. Mais les philosophes seraient bien vains s'ils en concevaient de l'orgueil, ou les physiologistes du dépit.