‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 30 sur 150 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

I. Nouvelles preuves de la ressemblance des perceptions et des images. — IL Mouvements provoqués indifféremment par celles-ci ou par celles-là. — III. Effets physiologiques. — IV. Interprétation de ces phénomènes.

L'analyse physiologique confirme donc les résultats de l'observation intérieure, ou du moins n'y contredit pas. Les idées, qu'elles appartiennent aux perceptions ou aux images, ont le même siège organique, et qui est distinct du siège des sensations. La seule difFérence essentielle entre l'image et la perception est que dans la perception les deux séries d'organes entrent en jeu à la fois ; ce qui n'arrive pas dans l'image.

Il suit immédiatement de là une conséquence fort importante que l'on peut formuler ainsi : une image

ressemble d'autant plus à la perception originale, que la sensation qui a provoqué cette perception y entrait pour une moindre part.

Or, on conçoit deux causes capables de réduire la part de la sensation ; ces deux causes sont ou la faiblesse de la sensation elle-même, ou bien le nombre et la force des idées qui l'accompagnent; ce sont donc aussi les causes qui rapprochent l'image de la perception.

C'est à cause de la faiblesse de la sensation, que voir un objet éloigné et faiblement éclairé est presque la même chose que l'imaginer, tandis que la vue actuelle d'un corps étendu, brillant et rapproché, est fort difFérepte de spn image.

De même, la perception çt la pensép d'u^ poQ faible se ressemblent telleipeni: qu'il est quelquefois difficile de décider si l'on entend ce son pu bien $i on l'imagine, hésitation impossible pour un bruit éclatant.

L'influence du nombre ou de la vivacité des idées n'est pas moins évidente. Un homme d'une iniagi-r nation puissante, c'est-à-dire qui conçoit beaucoup d'idées, et avec force, peut aller jusqu'à faire bon

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marché de Pafes^ricé de la sensation. L'image s'empare de lui avec autant d^e force que ferait une perception véritable ;. quelquefois même, elle neutralise l'efFet des sensations qui tendraient à provoquer des perceptions- Nouvelles ; elle remplit en quelque sorte toute la capacité de l'âme, si bien que rien d'étranger n'y Saurait plus trouver place. C'est ce qui arrive, par exemple, lorsqu'un récit intéressant captive l'attention; taiil qu'il dure, toutes les sensations glissent sur l'âme sans y enfoncer, et Témotion de l'auditeur marque bien que les images qui l'occupent ont pour lui une valeur objective presque égale à celle des perceptions originales. Oii peut expliquer ainsi le goût singulier que les peuples intelligents, mais crédules et naïfs, montrent tous pour les contes.

(^ Qu'on s'embarque sur le Tigre ou sur le Nil, dit M. de Hammer, qu'on parcoure les déserts de l'Irak au les^ plaines de la- Syrie, qu'on visite les vallées du Hedjaz ou les solitudes délicieuses du Yémen, partout on trouve des conteurs dont les récits font le jdus grand charme des habitants de ces contrées ; on k^ reticontre dans la cabane du fellah, dans les cafés ' des simples villages, comme dans les bazars des plus

riches cités. Lorsque la chaleur excessive du midi force la caravane à faire une halte, les voyageurs se rassemblent sous un arbre pour prêter une oreille attentive aux récits d'un conteur, qui après avoir su exciter pendant plusieurs' heures Tétonnement et la curiosité de ses auditeurs, s'interrompt tout à coup à l'endroit le plus intéressant pour reprendre la suite de son histoire quand la fraîcheur du soir est arrivée; mais il nt la termine pas alors ; il en ajourne la conclusion au lendemain, ou il commence en même temps un nouveau récit.

« Il faut avoir vu ces enfants du désert quand ils écoutent leurs contes favoris ; comme ils s'agitent, comme ils se calment, comme leur œil étincelle sur leur visage basané ! comme la colère succède à des sentiments tendres,et des rires bruyants à leurs pleurs ! comme ils perdent et retrouvent tour à tour la respiration ! comme, ils partagent toutes les émotions du héros et s'associent à ses joies et à ses peines ! C'est un véritable drame dont les spectateurs sont aussi les acteurs. Les poètes de l'Europe, avec tous les moyens dont ils disposent, le prestige des beaux vers, le charme de la musique, la magie des décors, ne pro-

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