‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 31 sur 150 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

duisent pas sur les âmes engourdies des Occidentaux h centième partie des impressions que produit ce conteur à demi sauvage^ Le héros de l'histoire est-il menacé d'un danger imminent, les auditeurs frémissent et s'écrient : « Non, non. Dieu l'en préserve ! » Est-il au sein de la mêlée combattant avec son glaive les troupes de son ennemi, ils saisissent leurs sabres comme s'ils voulaient voler à son secours. Est-il enveloppé dans les pièges de la trahison, leur front se contracte péniblement, et ils s'écrient : « Malédiction aux traîtres ! » A-t-il succombé sous le nombre de ses adversaires, un profond soupir s'échappe de leur poitrine, suivi des bénédictions ordinaires pour les morts. « Que Dieu le reçoive dans sa miséricorde, qu'il repose en paix ! » Que si, au contraire, il revient triomphant et vainqueur, l'air retentit des bruyantes acclamations : « Gloire au Dieu des armées ! » Les descriptions des beautés de la nature, et surtout celles du printemps, sont accueillies avec des cris répétés de : «,Taïb ! Taïb ! (bien ! bien !) »

Mais pourquoi chercher si loin nos exemples, quand, sous nos yeux, se renouvelle et refleurit sans cesse un peuple plus naïf et crédule que les riverains de l'Eu-

phrate et du TigreJ je veux dire les enfants. C'est dans: leur âme que l'imagination remporte ses plvis belles victoires. Un en&nt de cinq ou six ans est déjà ass^ riche d'expérience pour ne pas manquer de matériaux à mettre en œuvre, mais ridée accablante des lois immuables du monde ne s'est pas encore présentée à son esprit, et la défiance qui nait du désen-* chantement lui est inconnue. Rien ne ralentit donc son vol dans les espaces sans Bn^iteç du rêve ; son goût pour le merveilleux se déploie sans obstacle ; ignorant tout, il juge tout également- probable ; aussi, tout ce qu'il imagiiie ou tout ce qu'on lui suggère l'afFecte-t-il presque autant que la réalité. La curiosité passionnée avec laquelle les petits enfents écou-* tent des récits qui nous semblent absolument dépourvus d'intérêt, tient à la vivacité des images que ces récits excitent en eux ; vous leur faites voir réellement tout ce que vous leur contez* Gardez-vous de croire qu'il faille, pour les charmer, chercher quelque sujet singulier ou suspendre adroitement l'intérêt par d'ingénieuses péripéties ; prenez pour votre héros un enfant de leur âge ; placez-le dans telles circonstances qu'il vous plaira; tâchez qu'il y ait. dans votre récit

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quelque bète de sa. conpaissanoe, un chien, un dbtt^ un mseau cm u«i> hannetoaî; Eûtes parieif totts vos person^sageS) Imez^jv^oias à V'mspixxAon ia moment sans vous soucier: de lavpaîseoibl^ce et sans craindre les r.edites ; mettez avec cela qiinelque chaleur dans le débita animez- vos récits- de tons vifs et Êunilier-s-: vo«is êtes^ sûr d^exciter* un intérêt aussi polissant qu'Héro^ dote contant aux Grecs, ces éternels eix&ivts^ les merveilles de rÉgypte ou de l'Asie. Vous pouvez, sans risque de les emouyer ^ recommencer souventlia; même histoire ; mais prenez garde d'y rien changer, vous détruiriez l'illusion qu'ils aiment, et leurs observacions vous, prouveraient bien vite* qu'ils n'ont rien oublié de votre première version. C'est aussi grâce à cette force d'imagination vraiment prodigieuse que les. enfants montrent dans leurs amusements tant d'ardeur et un esprit si inventif; tout leur sert de jouet^ parce que ce qu'ils voient j c'est bien moins la chose elle-mêtne que l'image qu'elle excite. Il ne faut pas être en peine de leurs plaisirs, ils .en inventent assez d'eux-mêmes, et un enfant s'amusera toujours moins de jouets coûteux et compliqués que de ceux qu'il aura choisis. Livresrle, à. sa faniai$ie> il s'en fora qui. le. satisieroat

pleinement : tout lui est bon pour fixer sa conception. Veut-il un sabre^ tout, entre ses mains, devient sabre, une baguette, une pierre, un ruban; pourvu que l'objet ait une forme quelque peu allongée, il le tient pour sabre, et le voilà content. Que le lendemain le goût des canons ou des vaisseaux vienne à succéder, le même objet sera canon ou vaisseau sans la moindre difficulté. Regardez un petit enfant qui commence à crayonner. Ce qui vous semble un assemblage informe de lignes capricieuses, est pour lui un tableau plein de naturel et de vie ; il l'achève avec une attention profonde et contemple son œuvre avec ravissement. Ce qui l'enchante, c'est sa pensée et non la figure grossière par laquelle sa main malhabile a cherché à l'exprimer (i).

(i) Les enfants ont déjà de leur âme Timâgination et la mémoire, c'est-à-dire ce que les vieillards n*ont plus, et ils en tirent un merveilleux usage pour leurs petits jeux et pour tous leurs amusements ; c'est par elle qu'ils répètent ce qu'ils ont entendu dire ; qu'ils contrefont ce qu'ils ont vu faire ; qu'ils sont de tous métiers, soit qu'ils s'occupent en effet à mille petits ouvrages, soit qu'ils imitent les divers artisans par le mouvement et par le geste ; qu'ils se trouvent à un grand festin et y font bonne chère ; qu'ils se transportent dans des palais et des lieux enchantés ; que bien que seuls ils se voient un riche

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