CHAPITRE V
I. Des hallucinations. Ce sont de véritables perceptions. — II. Les sensations qui en font partie sont provoquées par les idées.
Si certaines images ont la propriété singulière d'exciter des sensations, cela doit surtout paraître dans les perceptions qui en résultent. En efFet, tant que ces sortes de sensations ne parviennent pas jusqu'à la conscience, et se manifestent seulement par un petit mouvement réflexe ou une légère altération dans les organes, il peut rester quelque doute sur l'interprétation de pareils phénomènes, et qui sait si les idées toutes seules ne sufiisent pas à le^ expliquer ? Mais le doute disparaît quand on voit, à la suite des idées, les sensations surgir avec autant de force qu'a-
près les excitations extérieures, et les perceptions résultantes le disputer en netteté et en vivacité aux perceptions ordinaires. Les perceptions sans objet extérieur, les hallucinations, comme on les appelle, fournissent donc l'expérience décisive, la preuve sans réplique, du pouvoir des images de provoquer des sensations.
Les hallucinations sont extrêmement rares, et si je ne craignais de paraître avancer un paradoxe, j'en donnerais volontiers pour preuve ce fait même que tous les traités de physiologie, tous les livres spéciaux concernant les maladies mentales en rapportent un très-grand nombre. Je le demande en effet, l'empressèment même que les médecins ont toujours mis à recueillir ces sortes de faits, le soin curieux avec lequel ils les décrivent, ne font-ils pas assez voir qu'ils les considèrent comme quelque chose de rare et dont il vaut la peine de tenir registre ? Cette remarque n'est peut-être point hors de propos, parce que l'on est toujours tenté de s'exagérer la fréquence et l'importance de ces sortes d'événements.
Quand on parcourt les recueils de Brierre de Boismont ou de BaiUarger, on se persuade aisément qu'ils