CHAPITRE V
ment dans la voiture^ mais à peine avions-nous fait une demi-lieue , qu'il pousse des cris affreux ; il dit qu'on l'insulte, qu'il veut en avoir raison ; il appelle le conducteur et fait arrêter la voiture; il monte avec précipitation sur l'impériale, où il croit entendre la voix d'un nommé Pouzet, avec lequel il a eu des démêlés au régiment; il le cherche partout; ne le trouvant pas, il rentre dans la diligence, toujours dans le même état d'agitation. Il continue d'entendre la voix de cet individu qui l'injurie, qui lui dit qu'il est destitué; il s'emporte et veut absolument se battre avec lui. Arrivé à Meximieux à minuit, pendant qu'on change les chevaux, ce malheureux officier descend, tire son épée, et s'écrie : « Pouzet, sortez de l'endroit où vous êtes caché, venez vous battre; ces messieurs seront nos témoins. Si vous ne vous montrez pas, et si je vous assassine, on ne pourra s'en prendre qu'à votre lâcheté. » Comme Pouzet ne descendait pas, l'officier monte sur l'impériale, enfonce à plusieurs reprises son épée dans les ballots avec l'intention de percer son ennemi. « Mais où se cache-t-il donc? disait* il. Je l'entends, le lâche, il m'insulte, et je ne puis le trouver. » Enfin il remonte en voiture, mais son état
d*agitation et de fureur persiste jusqu'à notre arrivée à Bourg, où nous descendons pour déjeuner. L'ecclésiastique qui était avec nous cherche à le calmer, l'engage à oublier les injures et à pardonner à son ennemi. «7'y consens, monsieur l'abbé, dit l'officier, soyez notre médiateur, qu'il se montre, qu'il avoue ses torts, qu'il cesse de m'insulter; mais ne l'entendezvous pas, le lâche? il continue de m'injurier, il dit que j'ai été destitué ; c'est faux, j'ai seulement changé de régiment. Pouzet, montrez-vous donc, venez donc vous battre. Si vous ne le faites pas, je dirai partout que vous êtes un misérable, on vous crachera à la figure, on vous arrachera vos épaulettes. » Nous lui offrîmes à déjeuner, il ne voulut rien accepter. Cet état d'agitation persista jusqu'à Lons-le-Saulnier, où il fut conduit à l'hôpital (i). »
(( Pendant mon séjour à Técole, dit M, H..., je m'étais lié avec un enfant que j'appellerai D... La folle conduite de son père amena la ruine de sa famille, qui tomba dans le dernier degré de misère. Depuis un grand nombre d'années j'avais perdu de vue cet Infor-
(i) Baillarger : Des Hallucinations, 297^ 298.