‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 40 sur 150 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

tuné qu'on avait embarqué pour s'en débarrasser, lorsque j'appris qu'il était de retour et en proie à une phthisie assez avancée ; il fut soigné pendant sa maladie par le docteur C..., et mourut trois mois ^près son retour. Je fus demandé pour faire l'examen de son cadavre, et on concevra sans peine combien furent tristes les réflexions que fit naitre en moi un tel spectacle. Trois mois après, le souvenir de cet événement se présenta à mon esprit dans les circonstances suivantes :

« Un soir, je lisais la Vie de Chrichton, par Tittler ; ma famille s'était retirée depuis longtemps, et je me proposais, après avoir fini mon Kvre, d'aller me coucher, quand j'aperçus sur ma table un billet de faire-part pour assister aux funérailles de la mère de D... Cette nouvelle donna naturellement une couleur sombre à mes pensées; je me couchai et je venais d'éteindre la bougie, lorsque je sentis qu'on me saisissait le bras au-dessous de l'épaule, et qu'on le pressait avec force contre le flanc. Je luttai pour me débarrasser et m'écriai : «Laissez mon bras.» J'entendis alors distinctement ces paroles prononcées à voix basse : «Ne soyez pas effrayé.» Je répliquai soudain : « Permettez-moi

d'allumer la chandelle. » Alors on me lâcha le bras; je me dirigeai aussitôt vers un coin de l'appartement pour allumer la lumière, ne doutant pas qu'il n'y eût quelqu'un dans la chambre. J'éprouvai en cet instant ' un malaise, un étourdissement qui furent sur le point de m'accabler. Je réussis cependant à allumer la chandelle, et me retournant vers la porte, je contemplai la figure de l'infortuné D...; la forme n'en était pas bien saisissable, on aurait dit qu'une gaze était interposée entre nous deux. Par une impulsion dont je ne puis me rendre compte, je m'avançai vers l'apparition; elle reculait à mesure et descendit l'escalier jusqu'à ce que nous fussions arrivés à la porte, où elle s'arrêta. Je passai près d'elle et j'ouvris la porte de la rue ; mais en ce moment j'eus un tel étourdissement, que je tombai sur une chaise et laissai échapper le flambeau de mes mains» Je ne puis dire combien de temps je restai dans cet état; en revenant à moi, j'éprouvais une violente douleur au-dessous des sourcils, je distinguais difiicilement les objets; j'eus la fièvre et de l'insomnie pendant toute la nuit, et le jour suivant je ressentis du malaise. Quoique la figure n'eût pas été très-visible, je distinguais les différentes

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