‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 5 sur 150 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

I. Les modifîca,tions de l'univers sont en général indépendantes de celles de Tâme. — IL Au contraire, les modifications de Tâme dépendent souvent de celles de Tunivers. — Définition de la perception. — III. La perception n'est pas une ressemblance de l'état mental et du phénomène extérieur. — IV. Rôle du corps dans la perception.

Posons d*abord le redoutable problème qui, de tout temps, a paru au sens commun indigne d'occuper même les loisirs d'un homme sérieux, et qui, de tout temps aussi, a fait pâlir les philosophes et pen- -cher le front des sages.

Que le lecteur s'arrête un instant à considérer, abstraction faite de rhomme, ce vaste ensemble de forces entrelacées qu'on appelle le monde. Chacune obéit à sa loi , et toutes concourent à l'harmonie commune. Nul hasard ne déconcerte ce prodigieux accord, dont les dissonances mêmes sont réglées. Les astres parcourent leurs orbites, les saisons se succèdent, l'Océan se soulève et retombe, les fleuves coulent suivant leur pente, les plantes et les animaux naissent, vivent et meurent, sans que rien vienne déranger « ce train toujours égal dont marche l'univers ». Dans quelques rencontres seulement, celui qui a ordonné ce bel ensemble y porte un instant la main, comme pour marquer qu'il est resté en dehors et au-dessus de son ouvrage.

Voici maintenant l'homme égaré , pour parler comme Pascal, dans ce canton détourné de la nature. Il n'a pas besoin, pour connaître sa faiblesse, d'enfler ses conceptions jusqu'à ces mondes que son regard n'atteint pas ; il est inutile même qu'il considère les astres plus voisins, qui pourtant échappent si bien à ses prises, qu'il ne saurait hâter ou ralentir leur course, ne fût-ce que d'un instant; il n'a qu'à regarder au-

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